Villes africaines: des émissions de polluants très sous-estimées

Le 27 septembre 2019 par Romain Loury
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Les villes africaines, parmi les plus polluées au monde
Les villes africaines, parmi les plus polluées au monde

Les émissions de polluants atmosphériques sont très largement sous-estimées en Afrique occidentale, révèle une étude publiée dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics. Rien qu’en Côte d’Ivoire, les émissions de composés organiques volatiles d’origine anthropique seraient 3 à 6 fois plus élevées que celles de toute l’Europe.

Région mondiale à la plus forte croissance démographique, avec cinq fois plus d’habitants qu’en 1950, l’Afrique de l’ouest est aussi l’une de celles où l’air urbain est le plus vicié. En cause, de nombreux deux-roues (palliant un transport public largement absent), la combustion domestique de biomasse (bois, charbon de bois) et des incinérations de décharge à ciel ouvert.

Dans une étude menée à Abidjan, Pamela Dominutti, du Laboratoire de météorologie physique (LaMP) de Clermont-Ferrand[i], et ses collègues révèlent que les émissions de composés organiques volatils (COV) y sont particulièrement élevées. Parmi eux, certains sont très nocifs pour la santé (benzène, 1,3-butadiène, etc.), tandis que d’autres sont oxydés pour former de l’ozone ou des aérosols organiques secondaires, évoluant eux-mêmes en particules fines.

1,2 million de tonnes de COV par an

Les chercheurs ont mesuré les émissions à la source (échappement des véhicules, près des foyers de combustion domestique). Selon leurs calculs, ces émissions, extrapolées à la Côte-d’Ivoire, s’élèveraient à 1,2 million de tonnes par an de COV à l’échelle du pays, soit 3 à 6 fois plus que l’ensemble des émissions européennes de COV anthropiques.

Surtout, ces estimations s’avèrent 100 à 160 plus élevées que celles estimées, pour la Côte d’Ivoire, à partir des inventaires mondiaux d’émissions. Pour cette région, «il n’existe pas d’inventaire spécifique qui s’appuie sur les usages locaux. Les inventaires mondiaux ne reflètent pas forcément les spécificités régionales», explique Agnès Borbon, chargée de recherche au LaMP et co-auteure de l’étude.

Des niveaux similaires à ceux de Paris

Malgré ces émissions très élevées, les mesures ambiantes, effectuées sur neuf sites d’Abidjan, montrent que les niveaux de COV ne sont au final pas si éloignés de ceux mesurés à Paris ou Sao Paulo (Brésil). Pour plusieurs COV, ils sont même bien inférieurs à ceux de Karachi (Pakistan). En cause, la situation côtière d’Abidjan, où un entrejeu de brises terrestres et marines chasse rapidement ces COV.

«La pollution est assez rapidement diluée», observe Agnès Borbon, résultat déjà mis en évidence, toujours à Abidjan, pour les oxydes d’azote, les particules fines et l’ozone. D’autres études sont en cours afin d’estimer l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique sur la population.



[i] Outre le LaMP (université Clermont Auvergne/CNRS), ont participé à cette étude des chercheurs du Laboratoire d’aérologie (université Toulouse-III-Paul-Sabatier/CNRS), de l’université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo (Côte d’Ivoire), de l’université Felix Houphouët-Boigny (Abidjan), de l’université de York (Royaume-Uni) et de l’Institut Mines Télécom Lille Douai.

 


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