Vigne: les cépages résistants au mildiou le sont moins

Le 18 mai 2016 par Romain Loury
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Le mildiou
Le mildiou

Les cépages résistants au mildiou cultivés en Allemagne, dont certains depuis les années 1990, suscitent l’apparition de nouvelles souches de ce champignon, démontre une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) publiée dans la revue Evolutionary Applications. Quel risque pour les futurs cépages français, dont les quatre premiers seront inscrits au catalogue en 2017?

C’est l’une des principales pistes explorées afin de réduire le recours aux pesticides dans les vignes: les cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, maladies liées aux champignons Plasmopara viticola et Erysiphe necator. En France, les quatre premiers, mis au point au centre Inra de Colmar, devraient être inscrits en 2017 au catalogue officiel des cépages.

Or certains de ces cépages peuvent engendrer des résistances chez les champignons responsables de ces maladies, au risque de compromettre progressivement leur efficacité. S’il était connu, le phénomène est décrit plus avant par Chloé Delmas, de l’unité mixte de recherche (UMR) «Santé et agroécologie du vignoble» (Inra, Bordeaux), et ses collègues: les chercheurs se sont penchés sur trois cépages d’origine allemande, le Regent, le Bronner et le Prior, respectivement inscrits au catalogue de ce pays en 1995, 1999 et 2008, tous résistants à l’oïdium et au mildiou.

La résistance s’émousse

L’équipe a prélevé sur le terrain (Allemagne et Suisse germanophone) 103 souches de Plasmopora viticola isolées sur des vignes sensibles ou résistantes au mildiou, puis ont comparé leurs caractéristiques de croissance (nombre de spores produites, dynamique de production des spores) sur les cépages résistants allemands, ainsi que sur un cépage susceptible, le Cabernet sauvignon.

Les résultats révèlent une érosion de la résistance dans les trois cépages: pour le Regent et le Prior, la résistance était en baisse de 26% pour une souche de mildiou résistante par rapport à une souche sensible, alors qu’elle était de 7% pour le cépage Bronner. Et ces souches résistantes semblent plus agressives que les sensibles, avec une sporulation plus abondante et plus rapide, du moins sur les cépages sensibles.

Tel n’est pas le cas sur le cépage sensible, le Cabernet sauvignon: les chercheurs montrent qu’il n’y a pas d’écart d’agressivité selon les souches. Exit la crainte d’un «supermildiou», à savoir un champignon qui aurait été rendu plus agressif par l’exposition à des cépages résistants. Il n’y a donc pas de conséquence sur les actuels cépages, un résultat qui reste toutefois à confirmer par d’autres expérimentations.

Des variétés «pyramidées»

Quel enseignement tirer pour les futurs cépages résistants français? Leurs caractéristiques sont différentes des cépages allemands: à la différence de ceux-ci, qui ne portent qu’un facteur de résistance aussi bien pour l’oïdium que pour le mildiou, les cépages français portent deux facteurs de résistance pour chacune des maladies. Des variétés dites «pyramidées», obtenues par le croisement de cépages portant chacun un facteur de résistance.

Si l’on ne dispose pas encore de données sur l’éventuelle émergence de résistances à ces cépages pyramidés, celle-ci est théoriquement bien moins probable, explique François Delmotte, co-auteur de l’étude, au JDLE. «C’est un énorme espoir afin de réduire les intrants dans les vignes, une innovation qui pourrait réduire de 90% l’emploi de fongicides. Mais ce que montre notre article, c’est qu’il faudra préserver cette ressource, en la combinant avec d’autres méthodes», y compris par des pesticides (conventionnels ou bio), ajoute le chercheur.

Fin avril, le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), Bernard Farges, annonçait avoir «pour objectif la diminution forte, voire la sortie de l’usage de pesticides », dans les «cinq à dix ans» à venir. Parmi ses espoirs, l’arrivée prochaine de cépages résistants. Interrogé à ce sujet, François Delmotte juge que «c’est bien d’en parler», et voit aussi derrière ces nouveaux cépages «un changement de paradigme». «Le challenge est ambitieux, même sans être dans l’immédiateté, car changer de plantes, ce n’est pas anodin», conclut-il.



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