Victimes des essais nucléaires: un projet de décret insuffisant

Le 07 juillet 2016 par Stéphanie Senet
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50 ans après le premier essai à Moruroa, les associations réclament toujours justice
50 ans après le premier essai à Moruroa, les associations réclament toujours justice

Cinquante ans après le premier essai nucléaire à Moruroa, en Polynésie française, les associations de victimes dressent un bilan calamiteux de la loi Morin du 5 janvier 2010. Le projet de décret présenté le 6 juillet ne réglera pas le problème.

 

Le 2 juillet 1966, la première bombe explosait à Moruroa. Cinquante ans et 193 bombes plus tard, 20 cas seulement ont été indemnisés sur 1.059 demandes déposées auprès du Civen[1]. En cause, le principe de «risque négligeable», consacré par l’article 4 de la loi Morin, qui bloque 97% des demandes. Il est en effet stipulé que «l’intéressé bénéficie d’une présomption de causalité à moins qu’au regard de la nature de la maladie et des conditions de son exposition, le risque attribuable aux essais nucléaires puisse être considéré comme négligeable». Pour être indemnisée, une victime doit donc répondre à une longue série de critères, et notamment «avoir été exposée aux essais à tel endroit à telle période et être victime d’une des 21 maladies recensées par la loi Morin», décrypte Patrice Bouveret, directeur de l’observatoire des armements.

 

Un seuil de probabilité abaissé de 1% à 0,3%

 

Alors que les associations de victimes, dont «Moruroa e tatou» et «193», demandent une véritable réforme de l’indemnisation, c’est une toute petite modification qui devrait y être apportée. Un projet de décret, présenté le 6 juillet par la ministre de la santé Marisol Touraine à la réunion de la commission en charge du suivi de l’application de la loi Morin, abaisse en effet le seuil de probabilité au-delà duquel le risque ne peut être considéré comme négligeable de 1% à 0,3%.

 

Une «mascarade»

 

«Cette réunion est une mascarade», a réagi Roland Oldham, président de Moruroa e tatou, lors d’une conférence de presse organisée par la sénatrice écologiste de Seine-Saint-Denis Aline Archimbaud. Selon lui, le projet de décret devrait augmenter de 20 à 40 le nombre de personnes indemnisées. «C’est toujours une injustice», a-t-il ajouté.

Même réaction de la parlementaire, qui demande l’application sans conditions du principe de présomption de causalité, «afin que les milliers de victimes des essais nucléaires accèdent à leurs droits».

Selon une étude de la caisse de prévoyance de Polynésie, citée par le père Auguste de l’association 193, plus de 7.000 Polynésiens ont été touchés, entre 1992 et 2012, par l’une des 21 maladies recensées par la loi Morin.

Selon d’autres recherches, menées par le professeur Parmentier en 2006, les femmes polynésiennes sont 3 fois plus sujettes au cancer de la thyroïde que les autres. En cinquante ans, aucune étude épidémiologique n’a en revanche été lancée par le gouvernement français.



[1] Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires

 



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