Viande transformée: l’origine géographique, une indication coûteuse

Le 18 décembre 2013 par Romain Loury
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L'origine géographique ne sera pas mentionnée sur l'étiquette.
L'origine géographique ne sera pas mentionnée sur l'étiquette.
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Pour la Commission européenne, imposer la mention de l’origine géographique de la viande utilisée comme ingrédient dans les plats cuisinés entraînerait un surcoût pouvant aller jusqu’à 50%, un prix que le consommateur ne sera jamais prêt à payer, estime-t-elle dans un rapport publié mardi.

Déjà prévu par le règlement UE n°1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (règlement «Inco»), ce rapport s’est retrouvé au centre de nouvelles attentes, après l’affaire de la viande de cheval survenue en février. Bien que cet épisode de tromperie commerciale n’ait rien à voir avec l’origine géographique, il aura offert un argument aux partisans de l’étiquetage, dont la France: celui d’une meilleure information du consommateur.

A l’inverse, la Commission européenne ne se montre toujours pas plus enchantée par l’indication du pays d’origine, selon le rapport qu’elle a publié mardi 17 décembre, après deux mois de retard (voir le JDSA). Et ce notamment parce qu’elle engendrerait des coûts supplémentaires de fabrication, compris entre «+15-20% et 50%».

Car l’indication de l’origine ne se limite pas «au coût d’un peu d’encre supplémentaire pour l’impression»: une telle mesure entraînera «une adaptation des pratiques d’approvisionnement», «des changements éventuels dans l’éventail des fournisseurs», «l’adaptation du processus de production pour obtenir une séparation selon l’origine dans les locaux», et surtout une remise à plat du système de traçabilité.

A ce jour, ce système se borne au principe «juste avant-juste après»: le long de la chaîne alimentaire, les entreprises ne sont le plus souvent en mesure d’identifier que celles intervenant immédiatement en amont ou en aval. Dès lors, passer à une «traçabilité cumulée aux fins de la détermination de l’origine» pourrait accroître les coûts de production de 3% à 10%, estime la Commission.

 

Un prix qui augmente, une envie qui baisse

Or il y a fort à parier que les consommateurs européens, dont 90% se disent favorables à l’indication du pays d’origine, y seraient un peu moins attachés si le prix venait à s’envoler. Selon une étude menée par le Consortium d’évaluation de la chaîne alimentaire (FCEC) pour le compte de la Commission, l’augmenter de 5% à 9% diminuerait de 60% à 80% l’envie du consommateur de le payer.

Dès lors, «si l’indication obligatoire de l’origine sur l’étiquette entraîne une augmentation des prix pour les consommateurs, la consommation de denrées alimentaires contenant de la viande comme ingrédient pourrait diminuer», un effet contreproductif, craint la Commission.

L’idée que le coût augmente nécessairement ne fait toutefois pas l’unanimité: début décembre, l’association UCF-Que choisir indiquait que chez les fabricants français ayant affiché, de manière volontaire, cette information sur le produit, le prix n’aurait augmenté que de 0,7% en moyenne. Bien loin des 15% minimaux projetés par la Commission. «Nos chiffres font mentir les Cassandre», estimait alors l’association.

La démonstration semble toutefois un peu rapide: d’une part, il ne s’agissait là que d’un affichage volontaire, pratiqué par quelques entreprises sur certains de leurs produits; d’autre part, la viande était toujours d’origine française dans les produits concernés. Il y a donc fort à parier qu’aucune de ces entreprises n’aurait affiché de pays d’origine si le coût avait été trop élevé…

 

La Commission pour une mesure entre-deux

Plutôt qu’une indication par pays d’origine, la Commission penche plutôt pour une solution intermédiaire, celle d’un affichage «UE/non-UE» ou «UE/pays tiers», dont elle estime les coûts supplémentaires «allant d’un taux négligeable à 25%».

Selon elle, les trois scénarios (statut quo, affichage du pays ou «origine UE») doivent «faire l’objet d’un large débat au Conseil et au Parlement européen». Le tout pourrait déboucher sur une «proposition législative»: promise en accompagnement du rapport (initialement prévu pour octobre), elle avait finalement été laissée de côté en raison de désaccords au sein de la Commission, et ce au grand dam de la France.

Dans l’UE, la mention du pays d’origine n’est actuellement obligatoire que pour la viande bovine fraîche (non transformée) et les produits à base de viande bovine (comme la viande hachée), la viande de volaille importée pré-emballée, le miel, les fruits et légumes, le poisson et l’huile d’olive.

A partir du 1er avril 2015, elle le sera pour les viandes fraîches porcine, de volaille, ovine et caprine. D’ici le 13 décembre 2014, date d’entrée en vigueur du règlement Inco, la Commission doit publier d’autres rapports similaires, notamment sur le lait, les produits à un seul ingrédient et ceux comprenant plus de 50% d’un seul ingrédient.

Pays d’origine ou pas, la traçabilité de la viande a encore du chemin devant elle, comme le démontre une nouvelle affaire de viande de cheval qui a éclaté en début de semaine. Cette fois, il s’agit d’un réseau d’achat de chevaux, notamment auprès du laboratoire Sanofi, qui les utilisait pour la fabrication de sérums antirabiques, antitétaniques et antivenimeux. S’il n’y a aucune preuve d’un quelconque risque sanitaire, de tels animaux sont interdits à la consommation. Sont notamment mouillés 4 vétérinaires, qui avaient réalisé de faux certificats.

 



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