Viande, produits laitiers: une industrie peu engagée contre le réchauffement

Le 19 juillet 2018 par Romain Loury
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Un poids croissant dans les émissions de GES
Un poids croissant dans les émissions de GES
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L’industrie de la viande et des produits laitiers constitue une part importante des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES). Obsédées par leur croissance, ses entreprises semblent totalement déconnectées de la lutte contre le réchauffement, selon un rapport publié mercredi 18 juillet par l’Institute of Agricultural and Trade Policy (IATP) et l’ONG GRAIN.

Avec le développement de la classe moyenne des pays émergents, la consommation de viande et de produits laitiers ne cesse d’augmenter à travers le monde. Et cette hausse devrait se poursuivre dans les prochaines décennies: numéro un mondial de la viande, le géant brésilien JBS prévoit ainsi une hausse de 30% de la consommation mondiale de viande par habitant entre 1999 (37 kg/an) et 2030 (48 kg/an).

Un poids croissant dans les émissions

Or une telle fringale de protéines animales semble incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. A ce rythme de consommation, les émissions du secteur de la viande et des produits laitiers pourraient s’élever à 10,53 milliards de tonnes équivalent CO2 (GTeqCO2), soit 81% du budget annuel nécessaire pour restreindre la hausse thermique à +1,5°C –contre 14% des émissions de 2016.

A elles seules, les 5 plus grandes entreprises mondiales de l’élevage (JBS, Tyson Foods, Cargill, Dairy Farmers of America et Fonterra) émettent déjà 578,3 mégatonnes équivalent CO2 (MTeqCO2), soit plus qu’Exxon-Mobil (577 MTeqCO2), Shell (508 MTeqCO2) ou British Petroleum (448 MTeqCO2).A la différence des grandes entreprises pétrolières, celles de la viande semblent assez peu concernées par les efforts d’atténuation.

Signe qui ne trompe pas, rares sont celles qui font preuve de transparence sur le sujet: parmi les 35 plus grandes au niveau mondial, seules quatre, à savoir NH Foods (Japon), Nestlé (Suisse), FrieslandCampina (Pays-Bas) et Danone (France), publient des estimations «complètes et crédibles», estiment l’IATP et GRAIN.

L’atténuation, une rare priorité

En matière d’atténuation, 14 de ces 35 grandes entreprises ont annoncé des objectifs de réduction de leurs émissions. Parmi elles, seules 6 évoquent une atténuation des émissions sur la chaîne d’approvisionnement. Pour les 8 autres, les objectifs de réduction «semblent se limiter aux émissions liées à leurs activités directes, comme les bureaux, les usines de transformation, les véhicules de société ou d'autres activités commerciales, mais n'intègrent pas les animaux ou la production d'aliments pour bétail», indiquent l’IATP et GRAIN.

Seules deux groupes européens, en l’occurrence Nestlé et Danone, ont pris des engagements fermes d’atténuation: -50% des émissions absolues d’ici à 2050 pour la première, «zéro émissions nettes» d’ici à 2050 pour la seconde, moyennant un recours à la compensation. Même pour ces deux entreprises, le chemin à parcourir semble pour l’instant peu clair, notamment pour Danone qui vise en même temps une hausse de sa production.

«Plutôt que de prendre directement des actions lui-même, Danone semble chercher à faire porter le fardeau financier et les risques d'investissement de cette réduction à ses fournisseurs agriculteurs. Ces agriculteurs devront réduire leurs émissions par litre de lait, ce qui réduira l'intensité des émissions mais pas nécessairement les émissions absolues s'ils continuent à produire plus de lait avec de plus en plus de bétail», constatent les auteurs.

Une production concentrée

La production des 35 plus grosses entreprises du secteur est fortement concentrée, avec plus de 60% des émissions aux Etats-Unis, dans l’Union européenne, au Canada, au Brésil, en Argentine, en Nouvelle-Zélande et en Chine. Ces pays présentent un niveau de consommation de protéines animales (viande et produits laitiers) deux fois supérieur au reste du monde.



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