Viande de cheval : la Commission hésite sur l’étiquetage de l’origine

Le 14 février 2013 par Romain Loury
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La Commission européenne a demandé mercredi aux pays membres de l’UE de pratiquer des tests ADN sur les plats préparés à base de bœuf, mais se montre réservée sur un éventuel étiquetage de l’origine de la viande transformée.

Que de chemin parcouru depuis les premières traces de viande de cheval, retrouvées mi-janvier dans des steaks hachés irlandais… Après avoir été cantonnée à l’outre-Manche, l’affaire a explosé vendredi dernier en France, touchant d’abord plusieurs plats cuisinés de Findus (lasagnes, hachis parmentier, moussaka), puis des marques de distributeurs. Et pas qu’à l’état de traces : dans les plats de Findus incriminés, 60% à 100% de la viande se trouve être du cheval.

Après le Royaume-Uni et la France, l’affaire s’étend progressivement à l’Europe entière, avec des plats cuisinés retirés du marché en Suède, aux Pays-Bas, en Norvège et en Suisse. Point commun à l’ensemble des marques touchées : le même fournisseur, la société Comigel (basée à Metz), qui approvisionne 16 pays européens.

Au terme de près d’une semaine d’inspections, la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) rend publiques ses conclusions jeudi en fin d’après-midi. Une enquête très attendue, qui devrait permettre d’y voir plus clair quant aux responsabilités respectives des nombreux intermédiaires: abattoirs roumains, traders chypriote et néerlandais, acheteur français (A la table de Spanghero), fabricant des plats (Comigel) ou distributeurs.

Mercredi après-midi, les ministres de l’agriculture européens ont tenu une réunion informelle à la Commission européenne. Principal point de cet échange, le commissaire à la santé, Tonio Borg, a demandé aux Etats-membres de pratiquer des tests ADN sur tous les plats cuisinés censés être à base de bœuf, afin de mieux cerner l’étendue de la fraude.

Selon le plan de contrôle européen, qui sera discuté vendredi au Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (CPCASA) de la Commission, les tests ADN auront lieu tout au long du mois de mars, avec des résultats communiqués le 15 avril par les Etats.

Ils devront aussi analyser la présence éventuelle de phénylbutazone, médicament utilisé chez le cheval mais interdit dans la chaîne alimentaire. Tant qu’il ne s’y avère pas présent, les différentes autorités, nationales et européennes, campent sur la même position : il ne s’agit que d’un problème de traçabilité, en aucun cas de santé publique.

Quant à l’étiquetage de l’origine de la viande, qui n’est obligatoire uniquement que pour la non-transformée [1], la Commission semble hésiter. Après s’être montré très réticent en début de semaine, Tonio Borg a toutefois annoncé, peu avant la réunion de mercredi, «ne pas fermer la porte» à une telle mesure. «Certains pays sont pour, d'autres pensent que c'est compliqué. Nous allons voir si ça peut se faire, si ça peut être imposé, si ce sera compliqué», a-t-il ajouté, cité par l’Agence France Presse.

Reste que pour lui, le scandale actuel relève avant tout d’ une question d'étiquetage frauduleux: de la viande a été étiquetée comme étant du bœuf alors qu'il s'agit de cheval (…). "Ne donnons pas l'impression que cet incident s'est produit en raison d'un manque de législation d'étiquetage. Il y a une loi et quelqu'un ne l'a pas respectée».

Parmi les pays très favorables, la France, dont les ministres concernés ont porté la demande mercredi à Bruxelles [2], rejoignant en cela une revendication de longue date des professionnels français de la viande de bœuf. Mais pas seulement : la Fédération nationale porcine (FNP) s’est invitée au bal, en déplorant lundi le «manque de clarté» de l’étiquetage européen.

Les consommateurs seraient assez favorables à un meilleur étiquetage de l’origine, si l’on en croit le sondage publié fin janvier par le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC). Selon ces résultats, environ 6 Européens sur 10 (53% parmi les Français) veulent voir l’origine de la viande mentionnée sur l’étiquette. Un sondage certes visionnaire, mais ayant peut-être dépassé la date de péremption.

[1] L’obligation européenne d’étiquetage de l’origine de la viande transformée date de 2002, la France ayant instauré un label « Viande bovine française » (logo VBF) dès 1996.

[2] Deux ministres étaient présents à Bruxelles : Stéphane Le Foll (alimentation et agriculture) et Benoît Hamon (consommation).



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