Vers une refonte totale du vignoble français

Le 07 juin 2017 par Romain Loury
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Jean-Pierre van Ruyskensvelde
Jean-Pierre van Ruyskensvelde

Fin avril, trois premiers cépages de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), résistants à l’oïdium et au mildiou et nécessitant donc moins de fongicides, ont obtenu un classement temporaire. Quels changements pour la filière vin? Le point avec Jean-Pierre van Ruyskensvelde, directeur général de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV).

Obtenus par croisement avec des variétés naturellement résistantes (ce ne sont donc pas des OGM), ces cépages, appelés Bouquet ou ResDur (selon le type de croisement), pourraient permettre de réduire l’usage de fongicide de 80% à 90%, estime l’Inra. Pas négligeable, alors que les vignes, qui ne représentent que 3% des surfaces cultivées en France, emploient 20% des produits phytosanitaires.

Suite à un arrêté publié fin avril au Journal officiel, trois cépages résistants créés par l’Inra, et bientôt un quatrième, ont obtenu un classement temporaire, ce qui ouvre la voie à une plantation limitée à 3 ou 20 hectares –selon l’état d’avancement du dossier- par bassin, sur les 20 régions viticoles que compte la France. Attendue pour janvier 2018, l’inscription au catalogue des cépages permettra la commercialisation. Et bien d’autres devraient suivre dans les prochaines années.

JDLE: Comment ces cépages vont-il s’intégrer dans la filière viticole française ?

Jean-Pierre van Ruyskensvelde: Les cépages ont un rôle très important pour la viticulture française. Ils sont constitutifs de l’identité des régions viticoles, avec des cépages propres par région. C’est un enjeu qui doit forcément être pris en compte lorsqu’on aborde la question du renouvellement de l’encépagement français.

Pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux balbutiements, mais nous sommes partis pour un processus relativement long. Il s’agit d’abord de trouver des variétés nouvelles qui seront les plus proches, en termes de profil sensoriel, de celles qui sont actuellement cultivées. Les premiers développements se feront sans doute par des vins d’assemblage. Puis il y aura tout un travail de caractérisation dans les diverses régions, de manière à ne pas bouleverser le profil sensoriel des vins.

JDLE: Combien de temps cela va-t-il prendre?

Jean-Pierre van Ruyskensvelde: Ce sera au minimum le temps d’une génération, de 30 ans à 35 ans, pour renouveler l’ensemble du vignoble. Mais c’est un processus inéluctable. Nous avons déjà signé des conventions avec la filière dans plusieurs régions (Bourgogne, Alsace, Bordeaux, Champagne, etc.), où il s’agira d’abord d’identifier puis de proposer de nouvelles créations variétales qui pourront se substituer aux grands cépages actuels. Quant aux cépages ResDur [premiers à obtenir un classement temporaire, ils ont fait l’objet, mi-mai, de conventions d’engagement avec des interprofessions du Sud], ce sont des variétés tout à fait intéressantes d’un point de vue de l’arome et du rendement. Il s’agit de les mettre le plus rapidement possible dans les mains des vignerons, mais plutôt pour des vins d’assemblage.

JDLE: Quel intérêt pour les viticulteurs de s’engager vers ces nouveaux cépages?

Jean-Pierre van Ruyskensvelde: La profession est forcément très mobilisée sur le sujet. La vigne, ce n’est pas comme le colza: il y a une question plus forte de relation avec la terre, c’est une notion très forte dans cette filière. Et la question des phytos est d’autant plus prégnante qu’elle est liée à celle des pratiques.

En moyenne, traiter une vigne revient entre 400 et 500 euros par an et par hectare, c’est un coût très important pour le vigneron. Ces cépages vont permettre de réduire la fréquence de traitements, mais nous conseillons de les réduire à un minimum de deux traitements annuels, afin d’empêcher les contournements de résistance [comme cela est arrivé à l’étranger, dont l’Allemagne, pour des variétés monogéniques, les ResDur étant quant à eux résistants polygéniques]. Certains sites pourraient être particulièrement adaptés à ces nouveaux cépages, par exemple les parcelles situées à proximité des habitations, qui constituent des surfaces importantes dans certaines régions.



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