Vers une industrie chimique verte?

Le 25 mai 2005 par Christine Sévillano
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L'industrie chimique se plaint d'une mauvaise image et d'une situation économique difficile. La chimie verte semble être un moyen de sortir de cette impasse, tout en étant plus innovante et respectueuse de l'environnement.

La conférence de l'Union de l'industrie chimique (UIC) a été l'occasion lundi dernier de présenter les conclusions du groupe de travail sur l'avenir de l'industrie chimique en France d'ici 2015. Le rapporteur Daniel Garrigue, député-maire de Bergerac (Dordogne), a exposé ses 29 propositions pour l'amélioration du secteur, dont certaines concernent plus précisément la réglementation qui fait toujours craindre une perte de compétitivité. Il demande notamment que les Directions régionales de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) interprètent les textes pour avoir une doctrine. Il souhaite aussi avoir un regroupement des textes dans un corpus unique et des études d'impact pour chacune des réglementations. Enfin, Daniel Garrigue s'est arrêté sur la directive Reach (registration, evaluation, authorisation of chemicals) martelant de nouveau les revendications des industriels: les coûts, les faiblesses de l'expertise éco-toxicologique, les droits à verser pour l'enregistrement, la propriété industrielle et les conditions d'application aux produits importés.

Pourtant, la conférence n'a pas été seulement un lieu de constats et de revendications, puisque la thématique de la chimie verte s'est posée comme un apport à l'industrie, voire comme une alternative à terme. Cette évolution ne se fera pas sans la recherche qui est le sujet d'une autre proposition de Daniel Garrigue: «Nous devons innover en matière de chimie durable et prendre en compte, dès la conception de nos produits, les aspects environnement et santé publique». Ainsi Philippe Jaeger, président du CFE-CGC, distingue plusieurs grands domaines dans lesquels la chimie peut innover et devancer ses concurrents asiatiques et ce tout en respectant l'environnement: la catalyse et ses procédés qui manquent encore d'applications pour la chimie fine, la chimie analytique, les biotechnologies industrielles, les nanotechnologies et l'éco-toxicologie.

Les autres pays ne s'y sont pas trompés: les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Japon ont tous investi environ 79 millions d'euros dans la chimie durable. Entre 1994 et 2004, le groupement Agriculture pour la chimie et l'industrie (Agrice) en France a financé des projets de bioproduits à hauteur de deux millions et demi d'euros seulement par an en moyenne. «Pourtant tout concourt à nous faire prendre cette voie, entre l'impératif de diminution des gaz à effet de serre et l'augmentation des matières premières. Les plantes comme ressources peuvent être une source d'innovation industrielle et de nouveaux produits», explique Maurice Dohy, directeur d'Agrice, qui rappelle que l'abandon de la carbochimie pour la pétrochimie avait déjà permis la création de produits. Ainsi les tensio-actifs, qui représentent 100.000 tonnes en France, permettent déjà la fabrication de lubrifiants, de solvants et de produits intermédiaires, et les biomatériaux donnent naissance à des polymères et des agromatériaux. L'éthanol et le méthanol peuvent être envisagés comme des bases intéressantes pour des produits à base d'éthylène, et de formaldéhyde. «Le potentiel est important puisque l'on dispose de 30 millions de tonnes équivalents pétrole (Mtep), contre 8 Mtep pour la pétrochimie et 42 Mtep pour les carburants», poursuit Maurice Dohy. Il table sur un approvisionnement du végétal dans la chimie organique de l'ordre de 30% entre 2030 et 2050 selon les prix du pétrole et les progrès de la recherche.

Des industriels se sont déjà engagés dans la brèche comme Arkéma qui fabrique des polymères biodégradables et se penche actuellement sur d'autres substances comme le glucose, le glycérol, les solvants verts ou la bioraffinerie. «Lorsque le glucose sera à 250 euros la tonne, il deviendra vraiment intéressant, notamment pour le sorbitol et les tensioactifs utilisés par la cosmétologie», explique Denis Bortzmeyer, du département recherche-développement d'Arkéma. Les industriels peuvent aussi mettre l'accent sur des procédés économes en énergies comme les micro-réacteurs, développés chez Arkéma. «N'oublions pas que créer des matériaux plus légers est également un acte de développement durable: une voiture qui pèse 100 kilogrammes de moins permet une économie de 0,6 litre pour 100 kilomètres», conclut Denis Bortzmeyer. Problème : les voitures pèsent chaque année davantage pour tenir compte des standards en matière de sécurité.




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