Vers une dépollution du transport maritime

Le 24 octobre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La marine marchande émet 2% des gaz à effet de serre.
La marine marchande émet 2% des gaz à effet de serre.
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L’Organisation maritime internationale pourrait encadrer les émissions de CO2 et de soufre des grands navires de commerce.

Comme l’aviation commerciale, le transport maritime est l’un des trous dans la raquette de l’Accord de Paris. A l’origine de plus de 2% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, la marine marchande est aussi source de graves pollutions locales.

Depuis ce lundi matin 24 octobre, pollutions globales et locales sont sur le tapis vert de l’Organisation maritime internationale (OMI). Réuni à Londres, le 70e comité de la protection du milieu marin (MEPC) de l’OMI doit trancher sur deux questions importantes.

Mesurer et publier

L’institution onusienne pourrait adopter une réglementation obligeant les propriétaires des dizaines de milliers de navires de plus de 5.000 tonnes de déplacement à mesurer et déclarer à l’Etat du pavillon et à l’OMI leur consommation de combustible et leurs émissions de CO2. Il s’agit là d’un premier pas. Lors de sa dernière réunion, en avril dernier, le MEPC a confirmé la nécessité pour le transport maritime de prendre en compte l’Accord de Paris. L’OMI envisage d’adopter une convention obligeant le secteur à alléger son empreinte carbone. Convention dont le calendrier pourrait être adopté dans le courant de la semaine.

Limiter le soufre

Les 171 pays membres de l’OMI devront aussi s’accorder sur la date d’entrée en vigueur du taux réduit de soufre dans les combustibles de soute. Adoptée en 1997, l’annexe VI de la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (Marpol) prévoit de limiter à 0,5% la teneur maximale en soufre du fioul lourd consommé par les chaudières des navires dès 2020.

60.000 morts par an

Actuellement, ce taux est limité à 3,5%, faisant du transport maritime le plus gros émetteur mondial d’oxydes de soufre[1]. En 1999, l’équipe de Kevin Capaldo (université Carnegie Mellon) estimait que 5 à 30% de la concentration en sulfate de l’air des régions côtières était imputable aux navires de commerce. Néfastes pour l’environnement marin et terrestre, ces particules sont nuisibles pour la santé. En 2007, James Corbett (université du Delaware) leur attribuait déjà plus de 60.000 morts prématurées par an, en Europe et en Asie. Un chiffre appelé à progresser de 40% d’ici 2012, pronostiquait-il à l’époque, dans un célèbre article publié par Environmental Science and Technology.

Opposition des raffineurs

Problème: les raffineurs sont vent debout contre cette régulation. A fortiori, si elle s’applique aussi tôt. Réduire la teneur en soufre les obligera en effet à adapter leur outil de production. Des investissements qui se chiffreront en milliards de dollars. Toute la question portera sur le fait de savoir si les pétroliers seront capables d’approvisionner la marine marchande en fioul désulfuré dès 2020. Ce que suggère le cabinet de consultance CE Delft. Dans le cas contraire, les compagnies pétrolières et une partie des armateurs préconisent de décaler à 2025 la date d’entrée en vigueur de l’annexe VI de la convention Marpol.

Un détail: les Îles Cook qui ont beaucoup œuvré pour durcir l’Accord de Paris sont l’un des pays les plus opposés à l’imposition d’une contrainte carbone sur le transport maritime.



[1] Sauf dans les zones ECA (Amérique du Nord et nord de l’Europe) où cette teneur est limitée à 0,1%.

 



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