Vers un retour en grâce du sel ?

Le 11 mai 2011 par Romain Loury
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Le sel pourrait ne pas être si néfaste pour la santé cardiovasculaire, et serait même lié à une baisse de la mortalité, affirme une équipe belge dans le Journal of the American Medical Association (Jama).
 
Hausse de la pression artérielle, maladies cardiovasculaires, ostéoporose… autant de maladies invoquées par les autorités publiques pour inciter à une moindre consommation de sel. Et c’est l’un des objectifs du Programme national pour l’alimentation (PNA), lancé en septembre 2010 par le gouvernement.
 
Face à un consensus quasi général, les résultats de Jan Staessen, de l’université de Louvain, semblent presque incongrus [2]. Car non seulement ils ne montrent aucun effet du sel sur l’hypertension, mais suggèrent même un effet bénéfique sur la mortalité. Contre toute attente, les personnes consommant le moins de sel avaient en effet 56% plus de risques de décéder d’une maladie cardiovasculaire que celles en ingérant le plus.
 
Une hausse de la pression artérielle est bien observée à consommation élevée, mais elle ne concerne que la pression systolique [3]. Ce phénomène n’a toutefois été retrouvé que dans l’une des deux cohortes incluses dans l’essai, jetant un doute sur ce résultat.
 
«Notre étude n’apporte aucun soutien aux recommandations actuelles, qui prônent une réduction généralisée, sans exception, de la consommation de sel», commentent les chercheurs. «Elle ne remet pas en cause l’intérêt d’un tel régime pour abaisser la pression artérielle chez les hypertendus», reconnaissent-ils.
 
En l’absence d’hypertension, le lien entre pression artérielle et consommation de sel reposait jusqu’alors sur des études épidémiologiques, dont aucune de nature prospective, et sur des essais randomisés, tous de courte durée. Deux obstacles que l’étude belge a su franchir… ce qui ne suffit pas à convaincre tous les experts.
 
Interviewé par le New York Times, le directeur médical du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC selon l’acronyme anglais), Peter Briss, a souligné plusieurs faiblesses de ces travaux. Notamment le jeune âge des participants (40 ans) et le faible nombre de décès, qui amoindrit la puissance statistique de l’étude.
 
Quant au Salt Institute, association regroupant plusieurs industriels américains du sel, il n’hésite pas à pousser son avantage. «Nous savons désormais de manière certaine que la guerre menée par le gouvernement des Etats-Unis contre le sel causera du mal à la population», lance son président Lori Roman dans un communiqué.
 
[1] Selon la plupart des experts, une consommation de 4 grammes par jour est suffisante pour combler les besoins d'un adulte. L’apport moyen, qui semble à la baisse, était de 7,7 g/jour en 2007, indique l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur son site internet.
[2] L’étude a porté sur deux cohortes recrutées dans la population générale belge, Flemengho et Epogh, pour un total de 3.681 personnes suivies pendant 8 ans. Les chercheurs ont mesuré leur excrétion urinaire de sodium, marqueur fiable de la consommation de sel.
[3] La systole est la période de contraction du cœur, la diastole est celle du relâchement qui s’ensuit.


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