Vers un outil contraignant pour gérer les forêts européennes

Le 16 juin 2011 par Célia Fontaine
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Un accord contraignant sur la gestion des forêts d'Europe serait une avancée historique.
Un accord contraignant sur la gestion des forêts d'Europe serait une avancée historique.

La conférence ministérielle sur les forêts d'Europe qui s’est tenue cette semaine à Oslo (Norvège) s’achève sur une note positive. D’ici 2013, une convention juridiquement contraignante devrait voir le jour afin de mieux gérer les forêts d’Europe, aujourd’hui fragilisées par un morcellement très prononcé.

La conférence ministérielle pour la protection des forêts en Europe (Forest Europe) réunit depuis 1990 les ministres responsables des forêts de 46 pays du territoire européen (y compris la Norvège, la Turquie, la Russie et l’Ukraine et les pays de l’Union européenne). Objectif: aborder les questions les plus importantes du point de vue politique et social qui concernent les forêts et l'économie forestière et adopter des recommandations en faveur de la protection et de la gestion durable des forêts en Europe.
 
Après Varsovie (Pologne) en 2007, les ministres[1] se sont réunis en Norvège du 14 au 16 juin, afin d’ouvrir des négociations sur un instrument juridiquement contraignant (LBA en anglais, Legally Binding Agreement) pour la région paneuropéenne.
 
Jusqu’à présent, les Etats membres de Forest Europe pouvaient décider de mettre en place volontairement des critères de gestion durable des forêts, des certifications volontaires. Mais rien n’était obligatoire. Si aujourd’hui près de la moitié des 72,5 millions d’hectares de forêts et surfaces boisées de l’Union européenne est certifiée, l’autre ne l’est pas, et souffre d’un manque d’encadrement étatique. Résultat, 66% des habitats forestiers européens sont en mauvais état de conservation. Un outil plus contraignant s’avère donc nécessaire.
 
«Le seul fait de tomber d'accord pour ouvrir des négociations constitue un progrès significatif», voire une «avancée historique dans le domaine de la politique forestière internationale», a indiqué le ministre norvégien de l'agriculture, Lars Peder Brekk, dans un communiqué. Les ministres européens des forêts ont également adopté les «Objectifs européens 2020 pour les forêts». Il s’agit de buts stratégiques, cibles mesurables et actions prioritaires prises au niveau national et international, afin de renforcer la gestion durable des forêts. «Cela prépare aussi le terrain à la reconnaissance accrue du rôle des forêts et leur gestion durable dans une économie future, durable et pauvre en carbone», indique le communiqué.
 
Les négociations autour de l’instrument contraignant devraient officiellement débuter le 31 décembre au plus tard, pour s'achever d'ici le 30 juin 2013. Les ministres des Etats membres devront se réunir à nouveau dans les 6 mois suivant cette date.
 
«Mettre en place un tel instrument juridiquement contraignant ne va pas être facile, notamment en raison des réticences de certains pays, comme la Suède ou la Finlande, qui veulent continuer à gérer leurs forêts comme ils l’entendent. La Russie pour sa part ne sait pas ce qu’elle veut», nous explique Eglantine Goux, chargée de mission Forêt internationale à France Nature Environnement (FNE).
«Mais avec l’accord trouvé aujourd’hui, ces pays semblent s’être ralliés à la majorité, et on peut espérer que les discussions mènent à la rédaction d’une future directive-cadre qui harmoniserait la politique forestière européenne et influencerait ses voisins non-membres de l’UE», poursuit-elle.
 
Il est vrai que l’on peut se poser la question de savoir pourquoi il n’existe pas encore de directive contraignante sur les forêts, comme c’est le cas pour la directive Oiseaux de 1979. «Il y a beaucoup plus d’enjeux économiques autour de la forêt, notamment avec l’essor que prend la filière bois-énergie», explique Eglantine Goux.
 
Le Parlement européen a déjà pris de l’avance sur la question en votant au mois de mai dernier, à la quasi-unanimité, une proposition de résolution pour que la Commission européenne rende obligatoire la gestion durable des forêts au sein de l’Union européenne.
 
Les forêts d’Europe fournissent une multitude de services écologiques: épuration de l’eau, réserve de biodiversité, réservoir de carbone, mais aussi espace de loisir, qualité de vie… Or une forêt dont les fonctions écologiques et sociales sont préservées est une forêt qui résiste mieux au dérèglement climatique, estiment les députés. Ils ont donc proposé de mettre en place des mesures juridiquement contraignantes pour la gestion des forêts des pays européens, ainsi qu’une définition de la forêt qui «différencie les forêts natives des plantations de monocultures» dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Les forêts anciennes captent et stockent mieux le carbone que les plantations humaines récentes peu diversifiées.
 
Mettre en place une règlementation contraignante pour la gestion durable et la protection des forêts européennes permettrait enfin de remédier aux problèmes de fragmentation, récemment soulignés par le rapport «L’état des forêts 2011» présenté le 31 mai par le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) (dans le JDLE). Le rapport insiste sur la nécessité de créer des corridors verts pour reconnecter entre elles les forêts européennes mises à mal par les abattages, tempêtes, incendies, conversions de terres à l’agriculture et autre tourisme de masse…


[1] Etaient également présents 6 pays observateurs non européens, 29 ONG, ainsi que des propriétaires privés et des industriels
 
 


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