Vers un maxi black-out en 2016?

Le 09 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les renouvelables ? Pas suffisant pour pallier le manque de capacités de production classiques.
Les renouvelables ? Pas suffisant pour pallier le manque de capacités de production classiques.

Pour toute une série de raisons, la France pourrait manquer de capacités de production d'électricité dès l'hiver 2016. C'est du moins ce qu'affirme RTE, dans une étude publiée ce matin. Explications.

Le système électrique français passera-t-il l’hiver… 2016?

Question saugrenue? Pas si sûr. Ce mardi 9 juillet, les dirigeants du Réseau de Transports d’Electricité (RTE, le gestionnaire du réseau de lignes à haute tension ou GRT) ont publié une nouvelle mouture du «Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France».

Didactique, cette étude annuelle présente l’état du système électrique et évalue sa capacité à satisfaire la demande pour les 5 années à venir. Et cela n’est pas gagné. Le rapport montre, en effet, qu’à l’horizon 2016-2017, le système électrique hexagonal pourrait ne plus être en mesure d’assurer l’alimentation en électricité du pays en cas d’hiver rigoureux. Plusieurs phénomènes nourrissent cette inquiétude.

L’application de la directive IED (Industrial Emission Directive de 2010) va contraindre des exploitants à fermer six groupes au fioul et une douzaine de centrales au charbon, trop anciens pour être équipés de dispositif anti-pollution. Au total, 7.700 MW pourraient être arrêtés d’ici à 2016.

A cela, il faut ajouter l’une des conséquences du boom des gaz de schiste américains: l’accroissement des exportations de charbon US. Désormais abondant en Europe, ce charbon plombe la rentabilité du business model des centrales au gaz. Au printemps, GDF Suez a déjà annoncé l’arrêt temporaire de trois de ses quatre centrales à cycle combiné tricolore. Et voilà un gros millier de MW dont la disponibilité n’est plus assurée.

Bercy n’ayant pas voulu prolonger leur contrat avec obligation d’achat? Résultat, les cogénérateurs vont aussi lever le pied. Selon les estimations de RTE, la moitié des installations d’une puissance supérieure à 12 MW pourrait être stoppées. Le tout pour une puissance cumulée voisine de 1.000 MW.

Les renouvelables? Pas suffisant et pas sûr. L’an passé, éoliennes et fermes photovoltaïques ont certes produit 18,5 TWh, pour 11.000 MW de capacités cumulées. Mais, ces installations injectent du courant moins de 2.000 heures par an, et pas toujours au moment souhaité. De plus, crise économique oblige, la mise en service de nouvelles installations se poursuit, à vitesse petit V. Au rythme actuel, prédit RTE, la France comptera 12.000 MW éoliens et 8.300 MW solaires en 2018. Très insuffisant pour remplacer les installations classiques fermées ou mises sous cocon.

La fin annoncée des tarifs réglementés, pour 2016, entraîne de facto celle des contrats EJP et Tempo. Proposés par EDF depuis les années 1990, ces dispositifs rémunèrent des industriels énergivores lorsque ceux-ci cessent de soutirer du courant sur le réseau public durant les périodes fortes consommation. Ce sont ainsi plus de 1.000 MW de capacités «effaçables» qui consommeront par tous les temps.

Si le paysage des prochaines années n’évolue pas rapidement, nous risquons le black out dès 2016. A supposer qu’une vague de froid, comparable à celle de février 2012, frappe l’hexagone le parc de production ne serait plus capable d’assurer la fourniture d’électricité, dont 40% sert alors au chauffage électrique. Conséquence: le déséquilibre entre la demande et l’offre pourrait, de façon quasi certaine, plonger le pays dans le noir pendant «une quarantaine d’heures».

Pessimiste RTE? Pas vraiment. Le GRT n’imagine d‘ailleurs pas que nous sortions rapidement de notre marasme économique. Selon ses prévisions, la consommation d’électrons ne devrait pas progresser de plus de 2%, entre 2012 et 2017, essentiellement à cause du tertiaire et des consommateurs, dont l’appétit en équipements informatiques et de loisirs ne semble pas se tarir. Un redémarrage plus rapide de l’activité industrielle (25% de la consommation d’électricité en France) pourrait noircir un peu plus le tableau.

Des solutions existent cependant. Comme le développement de la rémunération des clients qui «s’effaceront» en période de pointe. Pour le moment, les mécanismes mis en place, tant au plan national, qu’en Bretagne et en PACA, concernent quelques centaines de MW. On peut aussi envisager d'accroître les capacités des interconnexions avec les pays voisins. En 2017, la capacité maximale d’importation ne devrait pas excéder 9.000 MW.

Ne pas oublier non plus les mesures «incitant» les consommateurs à réduire leur demande. En vigueur depuis le 1er juillet, l’extinction obligatoire des publicités et des enseignes commerciales lumineuses devrait réduire la consommation nationale de 2 TWh, soit 0,4%. La suite dans la loi sur la transition énergétique?



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