Vers la fin des antibiotiques?

Le 03 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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«Les antibiotiques, c’est pas automatique». Souvenez-vous de cette campagne publicitaire lancée en 2001 puis ressassée 6 hivers consécutifs par les autorités sanitaires et l’assurance maladie. Cette rengaine a porté ses fruits puisque la consommation d’antibiotiques aurait nettement diminué depuis. Mais est-elle suffisante ?

La Caisse primaire d’assurance maladie du Val de Marne qui a fait un état des lieux de la consommation d’antibiotiques à partir des données collectées auprès des médecins du Val de Marne, souhaite aller plus loin. Changer de slogan, pour un message plus percutant, comme : « Les antibiotiques, c’est vraiment problématique 

Outre le coût pour la société d'une utilisation inappropriée des antibiotiques, le but de la campagne de 2001 était de prévenir l'apparition de souches résistantes. Une étude publiée en juin 2009 dans la revue Plos Medicine a fait un premier bilan des conséquences de cette opération de communication. Elle montre qu'entre les deux hivers qui ont précédé le lancement de la campagne de sensibilisation en 2001 et les 5 ans qui ont suivi, les prescriptions d'antibiotique ont chuté de 26,5 %, ce qui est au-delà de l'objectif de 25 % que s'étaient fixé les autorités. La plus importante décrue des prescriptions a été observée chez les enfants de 6 à 15 ans (-35,8 %).

Mais en 2009, 157 millions de boîtes d’antibiotiques ont encore été vendues en France, 87% de ces ventes ont été réalisées dans des cabinets. Si la diminution des ventes entre 1999 et 2009 est la plus importante observée en Europe, la France reste nettement au-dessus de la moyenne européenne  et se classe parmi les pays avec la plus forte consommation au niveau mondial. Les médecins du Val de Marne souhaitent donc aller plus loin.

Les praticiens se montrent, en effet, inquiets de la résistance grandissante de certaines bactéries. Le phénomène est connu mais fait peur. La prise régulière d’antibiotiques peut provoquer des mutations génétiques des bactéries qui s’habituent alors aux traitements et deviennent de plus en plus résistantes. Seuls des antibiotiques à large spectre réussissent à en venir à bout.

«La résistance bactérienne des antibiotiques est préoccupante» déclare les médecins du Val de Marne dans leur état des lieux présenté aujourd’hui 3 novembre à la presse. Selon eux, le choix d’antibiotiques efficaces est rendu difficile voire impossible dans certaines infections lorsque les bactéries sont devenues totalement résistantes. Ils citent l’exemple de la bactérie Escherichia coli NDM-1 - la super bactérie New Delhi métallo-beta-lactamase-, originaire du sous-continent indien et qui serait arrivée en région parisienne en 2009-2010, probablement à la faveur d’Indiens ayant migré vers le Royaume-Uni (voir JDLE). Ainsi une trentaine de cas ont été recensés en Ile-de-France en 2009-2010. Autre fait inquiétant, le nombre de substances actives d’antibiotiques disponibles diminue régulièrement tandis que l’arrivée de nouvelles molécules reste très faible.

Les médecins font un autre constat : les infections virales (bronchite, angine, rhinopharyngite) représentent encore près du quart des prescriptions alors que les antibiotiques n’agissent pas sur les virus. De plus, seul 33% des praticiens du Val de Marne ont commandé des tests de diagnostics rapides (TDR) entre juin 2010 et fin mai 2011, alors qu’ils les ont tous reçu gratuitement il y a 5 ans. Or ces tests permettent d’identifier l’origine bactérienne ou virale de la maladie.

«Il faut maintenant soigner le patient en tenant compte de l’ensemble de la population. Réserver les antibiotiques les plus puissants, les plus forts aux infections les plus graves.» En d’autres termes, la prescription d’antibiotique pour rassurer le patient devient dangereuse à long terme pour la santé publique. «J’ai peur de recevoir un jour une personne polyrésistante et que je ne pourrai plus traiter» déclare un des médecins du Val de Marne.

La CPAM du Val de Marne a donc décidé d’organiser les 8 et 9 novembre prochains à Créteil et à Choisy le Roi, des rencontres avec médecins libéraux du département. Elle souhaite les informer sur les risques d’antibiorésistance. Et les manières d’adapter leur pratique face à ce risque.

 
 


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