Vers des cacahuètes hypoallergéniques

Le 28 mars 2012 par Romain Loury
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500000 Français sont allergiques à la cacahuètes, sous toutes ses formes.
500000 Français sont allergiques à la cacahuètes, sous toutes ses formes.

Une équipe toulousaine a mis au point un procédé permettant d’éliminer les allergènes des cacahuètes, technique qui pourrait déboucher sur des produits sans risque pour les personnes allergiques.

Menés en collaboration avec le groupe Soficor -dont la marque Menguy’s est numéro 2 des cacahuètes en France-, ces travaux ont permis d’éliminer «90 à 95%» des trois principaux allergènes (AraH1, AraH2 et AraH3) présents dans les cacahuètes, explique Annick Barre, chef d’équipe au laboratoire PharmaDev (IRD/université Paul-Sabatier).

Principe de cette technique: soumettre un broyat de cacahuètes à de très hautes pressions afin de libérer les allergènes des corps protéiques qui les protègent; puis ajouter des probiotiques, présents dans les yaourts, dont les protéases vont dégrader les allergènes.

Selon des expériences conduites sur des sérums de personnes allergiques et sur des cellules en culture, les allergènes ne peuvent ainsi plus se fixer aux immunoglobulines de type E (IgE), anticorps responsables de la réaction allergique.

La chercheure compte maintenant perfectionner cette méthode: «notre but, c’est d’arriver à ce qu’il n’y ait plus du tout de réactivité» avec les IgE, à savoir 100% d’allergènes éliminés. Etape suivante, tester le produit chez l’homme: des essais cliniques sont prévus, reste à trouver un hôpital participant.

Ce domaine de recherche n’est pas sans concurrence: aux Etats-Unis, une équipe de La Nouvelle-Orléans (Louisiane) vient de publier une étude montrant la possibilité de bloquer les allergènes de cacahuètes en ajoutant au broyat de l’acide tannique [1]. «Leur procédé ne peut pas être commercialisé», réagit Annick Barre, qui défend sa technique «sans produit toxique et sans acide».

Chimiques ou non, ces méthodes n’auront d’utilité que pour les produits dérivés, dont le beurre de cacahuète -très populaire aux Etats-Unis-, pas pour les graines entières. Explorée par d’autres équipes, la piste OGM présente des difficultés: il faudrait inactiver les divers gènes codant pour un allergène, et les OGM posent «un problème d’acceptation», rappelle Annick Barre.

Selon la chercheure, 500.000 Français sont concernés par cette allergie, la première d’ordre alimentaire chez les enfants de trois ans.

[1] Présent dans l’écorce de chêne, l’acide tannique est un tanin utilisé pour la clarification des vins, comme antidiarrhéique en médecine, comme colorant alimentaire, etc.

 



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