Ver solitaire: près de 1% des bovins atteints de cysticercose

Le 12 décembre 2012 par Romain Loury
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La proportion de cas réellement dépistés est de 0,15%.
La proportion de cas réellement dépistés est de 0,15%.

La cysticercose bovine, à l’origine du «ver solitaire» chez l’homme, pourrait être présente chez 0,88% des bovins en abattoir, selon une note de service publiée le 6 décembre au Bulletin officiel du ministère de l’agriculture.

Une vie bien aventureuse que celle du cestode: sous sa forme larvaire («cysticerque»), ce ver s’invite dans le muscle des bovins, avant de devenir adulte, sous forme de ver solitaire (Tænia saginata), dans l’intestin grêle de la personne ayant consommé de la viande crue ou mal cuite. Une fois pondus, ses œufs se retrouvent dans les boues d’épuration, puis sur des terres agricoles, où quelques-uns auront la chance d’être broutés par des bovins. Asymptomatique chez le bœuf, le cestode, dont l’adulte peut atteindre une longueur de 10 mètres, entraîne divers troubles digestifs chez l’homme, généralement sans gravité. Non traité, il peut vivre jusqu’à 30 ans dans l’intestin [1].

Au total, la prévalence de la tæniase ne dépasserait pas 0,3% chez l’homme. La cysticercose a en revanche «un impact économique sur la filière bovine suite à la saisie ou à la congélation de carcasses contaminées. Elle influence également la confiance du consommateur dans son alimentation», indique la Direction générale de l’alimentation (DGAL) dans sa note de service.

A l’origine de ce document, une thèse de doctorat vétérinaire soutenue en 2011 à l’université Claude Bernard (Lyon) par Claire Morlot. Selon ces travaux menés sur 185 des 227 abattoirs français, la cysticercose bovine serait d’une «prévalence probable» de 0,88%. Comprendre: la proportion de cas réellement dépistés était de 0,15%, mais seules 17% des carcasses infestées sont détectées comme telles lors de l’inspection post mortem –soit 83% d’entre elles qui passent inaperçues selon une estimation faite lors de précédents travaux.

Selon ces résultats, une carcasse porteuse de cysticerques vivants, soit 9,4% de celles atteintes de cysticercose, contaminerait 9,6 personnes en moyenne. Lorsqu’elles sont hébergées par le muscle bovin, les larves restent en vie de 9 à 12 mois, avant de se calcifier et de mourir. Toute la France semble touchée, à l’exception du sud («les œufs résistent mal en milieu chaud et sec», selon la DGAL) et de la Bretagne, région où domine l’élevage intensif, avec des bovins rarement menés à l’extérieur –et donc sans contact avec les œufs.

Chez les animaux atteints, les cysticerques se trouvent en premier lieu dans la tête (67%) et le cœur (29%), fortement irrigués par le sang. Selon la législation européenne, toute carcasse présentant une cysticercose généralisée doit être retirée du circuit. Si elle est faiblement infestée (cysticercose «discrète»), les parties non porteuses de lésions doivent être congelées, jusqu’à 3 semaines, afin de tuer les éventuels cysticerques.

[1] A ne pas confondre avec une autre tæniase, liée au Tænia solium de la viande de porc: potentiellement plus dangereuse, avec des formes neurologiques pouvant être mortelles, elle n’existerait plus en France.



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