Vènerie sous terre: la capture par les chiens bientôt interdite

Le 15 février 2019 par Romain Loury
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Le blaireau, principal animal chassé avec le renard
Le blaireau, principal animal chassé avec le renard

Au motif du bien-être animal, la pratique consistant à faire mordre les animaux chassés (blaireaux, renards) par les chiens avant la mise à mort, ainsi que la capture directe par les chiens, vont être interdites dans la vènerie sous terre, selon un projet d’arrêté mis en consultation par le ministère de la transition écologique.

Portant principalement sur les renards et les blaireaux, la vènerie sous terre est une «pratique ancienne [qui] trouve sa justification dans la nécessité de réguler les populations d’une espèce qui peut occasionner des dégâts voire représenter un risque sanitaire pour le bétail, mais dont le comportement nocturne et le mode de vie ne permettent pas facilement les opérations de régulation», rappelle le ministère dans la présentation de son arrêté, en consultation depuis lundi 11 février, jusqu’au lundi 4 mars.

Un mode de chasse «particulièrement cruel»

Ce type de chasse est vivement critiqué par de nombreuses associations de défense de la faune sauvage, qui demandent son interdiction pure et simple. Raison principale, la souffrance et l’anxiété de l’animal traqué dans son terrier par des fox-terriers ou des Jack Russell, dont témoignent de nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux.

«La vènerie sous terre est un mode de chasse particulièrement cruel (…) Les animaux endurent des heures de stress, terrorisés au fond de leur terrier, mordus par les chiens, parfois même déchiquetés vivants pour les petits, pendant que les chasseurs creusent pour les atteindre. Ils sont ensuite extraits brutalement du terrier avec des pinces métalliques, puis, s’ils n’ont pas été tués par les chiens, exécutés avec un fusil ou une arme blanche», rappelle l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) dans une analyse du projet d’arrêté.

«Si la seule finalité de l’arrêté c’est d’arrêter la souffrance animale, le mieux est encore d’interdire cette pratique», estime sa directrice, Madline Rubin, contactée par le JDLE.

Interdiction de faire mordre avant la mise à mort

L’arrêté en consultation modifie l’arrêté du 18 mars 1982 relatif à l’exercice de la vènerie, en particulier son article 3 relatif à la chasse sous terre. Il est désormais «interdit d’exposer un animal pris aux abois ou à la morsure des chiens avant sa mise à mort», et l’arrêté de 1982 ne mentionnera plus la possibilité de faire capturer l’animal par les chiens eux-mêmes dans le terrier.

Après de premières modifications en 2014, qui interdisaient notamment l’emploi de pinces ulcérantes (blessant l’animal) pour déterrer l’animal, il demeurait «quelques éléments qui laissaient le droit de s’attaquer à l’animal, y compris après la prise», par exemple à laisser les chiens le tuer une fois hors du terrier, rappelle Jean Masson, président de l’Association française des équipages de vènerie sous terre (AFEVST), contacté par le JDLE.

L’association «prône depuis très longtemps un certain nombre de règles pour avoir une vènerie sous terre pratiquée proprement, dans le respect de l’animal de chasse», explique-t-il, soulignant un «rapport de chasse plus culturel, plus respectueux» vis-à-vis de l’animal que celui qui prévaut dans les campagnes massives d’abattage de blaireaux menées au Royaume-Uni pour contrôler la tuberculose bovine.

«Mesure inapplicable» vs «sélection des chiens»

Toutefois, comment s’assurer que le chien, une fois sous terre, ne mordra pas le blaireau, comme le prévoit l’arrêté? Selon l’Aspas, c’est une mesure «inapplicable»: «les chasseurs n’ont aucune maîtrise des chiens une fois introduits dans les galeries, ils ne peuvent que suivre la progression des chiens sous terre au son de leurs aboiements. Il est alors illusoire de croire que les animaux acculés ne se livreront pas à un combat avec les chiens, et que les petits ne seront pas déchiquetés».

Selon Madline Rubin, «ces chiens ont été éduqués pour être attirés par l’animal. Impossible de s’interposer, ils sont dans un état d’excitation qui n’est pas gérable. La souffrance de l’animal est alors inévitable».

Interrogé à ce sujet, Jean Masson y voit avant une question de «sélection des chiens»: «s’ils mordent, on ne les fait pas de reproduire. En France, on chasse à l’oreille. Un chien qui mord, c’est un chien qui aboie peu. Et si vous voulez localiser votre chien, il faut qu’il aboie».

Mais que fait la police?

Déplorant des «infractions évidentes» chez certains équipages, Jean Masson reconnaît que «la réglementation c’est bien, l’exercice de la police de la chasse c’est mieux. Nous espérons que les autorités prendront des décisions à l’égard des contrevenants (…) Il y en a peut-être [des infractions punies, ndlr], mais je n’en ai pas connaissance». Contacté par le JDLE en vue d’un bilan des infractions constatées, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) n’a pas donné suite.

Selon l’AFEVST, la France compterait 1.500 équipages certifiés, dont 1.200 actifs. La vènerie sous terre est principalement pratiquée en Picardie, dans le nord-ouest de la France (Normandie, Bretagne), dans le Massif central et en Saône-et-Loire, indique Jean Masson.



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