Vélo : 14 ans de réflexion

Le 14 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
L'une des priorité du plan vélo sera de mettre un peu de cohérence dans les réseaux de pistes cyclables.
L'une des priorité du plan vélo sera de mettre un peu de cohérence dans les réseaux de pistes cyclables.

Le gouvernement a présenté, ce vendredi 14 septembre, le premier plan vélo dûment financé. Un programme apprécié par la plupart des défenseurs de la bicyclette.


Dire que l’État se désintéresse de l’essor du vélo, c’est un peu fort ! Il y a plus de 15 ans, le premier ministre d’alors, Jean-Pierre Raffarin, passe commande à Brigitte Le Brethon d’une étude sur le développement de la bicyclette en France.

Le rapport est rendu début mars 2004. Il sera, comme de coutume, rapidement enfermé dans un tiroir. Mais ses idées finiront par s’en échapper. Que proposait la députée du Calvados? De faciliter l’utilisation urbaine de la petite reine, en multipliant les zones 30, en généralisant les contresens cyclables, en facilitant l’usage combiné du vélo et des transports collectifs, en équipant immeubles collectifs, rues piétonnes et zones commerciales de racks ou de garages sécurisés.

20.000 km de pistes cyclables

Le document préconisait aussi de sensibiliser les usagers de la route au partage de la voirie et de «relancer la réalisation du schéma national des vélos routes et voies vertes.» Un programme de 20.000 km de pistes, adopté lors du Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire du …15 décembre 1998.

Last but not least, l’ancienne maire de Caen proposait aussi de laisser aux entreprises la possibilité d’indemniser leurs salariés qui préféraient le vélo à la voiture, moyennant un petit coup de pouce fiscal. On n’appelait pas encore cela l’indemnité kilométrique vélo (IKV), finalement mise en œuvre en février 2016.

héritage «ségolénien»

Cet héritage «ségolénien» n'aura d'ailleurs pas duré longtemps. Car l’une des premières mesures du plan vélo, présenté ce vendredi 14 septembre, par le premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre chargée des transports, Élisabeth Borne, vise, précisément, à réformer l’IKV. Jugée trop complexe à mettre en œuvre par Matignon, elle laisse la place à un «forfait mobilité durable» (FMD). Les employeurs privés pourront verser jusqu’à 400 € par an aux salariés qui choisiront la petite reine. Pas question de cumul avec le versement transports.

Le cycle moins cher que l'auto

Dès 2020, l’État fera de même pour ses agents, mais le plafond sera moitié moindre que pour le privé. À ceux qui trouveraient la mesure un peu chère, son coût est bien moisn élevé que celui de la niche fiscale «frais réels» des déplacements en voiture : 2 milliards d’euros par an, contre moins de 400 M€ pour une hypothétique généralisation du FMD dans le secteur privé.

Tout aussi important : la création d’un fonds vélo, doté de 350 millions d’euros sur sept ans. Il financera non pas la construction de nouvelles pistes cyclables mais la «réduction de discontinuités» entre pistes et les franchissements par des passerelles de routes dangereuses.

généralisation des sas vélo

Dans les villes, le double sens cyclable sera étendu à toutes les rues des villes, «lorsque bien entendu le maire considère que ce n’est pas dangereux», indique le premier ministre, dans un entretien accordé au Courrier de l’Ouest. Les sas vélo seront généralisés en amont des feux rouges. Ils seront obligatoires dès l’an prochain pour les nouveaux équipements. Autre obligation: l’imposition sur tous les cycles, neufs ou pas, d’une plaque infalsifiable d’identification. Le seul moyen qu’a trouvé le gouvernement pour réduire le nombre de vols, estimé à 300.000 par an.

Education et rail

La formation des usagers n’est pas oubliée. Le gouvernement va demander à l’Éducation nationale d’apprendre à pédaler à tous les collégiens: l’objectif premier du programme «Savoir Rouler». La SNCF sera, elle aussi, mise à contribution. Pour réduire l’encombrement de la voirie et les vols, le transporteur devra mettre à disposition plus d’emplacements sécurisés pour les petites reines, aux abords de ses gares. Comme c’est le cas en Suisse, on serait tenté de lui conseiller d’y adjoindre un mécanicien, chargé d’assurer les petites réparations et le gardiennage.

l'important, c'est la durée

Curieusement, le plan ne fait pas l’unanimité chez les cyclistes. Interrogé par le JDLE, le président de la fédération des usagers de la bicyclette (FUV), se montre plutôt enthousiaste : «c’est la première fois dans l’histoire que l’État prend ses responsabilités, avec la création du fonds vélo, le forfait mobilité durable (FMD) et le programme dans les collèges.» Mais Olivier Schneider n’est pas naïf: «c’est sur la durée que l’on verra si l’État impulse véritablement une dynamique.»

Rédacteur d’un rapport sur la généralisation de l’IKV, Matthieu Orphelin n’est pas mécontent. Sur Twitter, le député (LREM) du Maine-et-Loire estime qu’en mettant 50 M€ par an rien que pour les infrastructures «plus le coût des 24 autres mesures», l’administration Philippe est dans les clous.

pas d'aide pour le vélo électrique

Une opinion qui n’est pas partagée au Réseau Action Climat (RAC). Dans un communiqué, le RAC fustige, justement, la faiblesse des moyens financiers annoncés : 350 M€ sur 7 ans, contre 200 M€/an préconisés par les associations. «0,7€ par habitant par an, c’est donc quatre fois moins que les besoins annuels réels pour résorber notre retard, et deux fois moins que les recommandations du Conseil d’orientation des infrastructures.» L’ONG regrette aussi le caractère facultatif du FMD pour les entreprises et l’abandon définitif de l’aide d’État pour l’achat d’un vélo électrique.

Quel objectif?

Ce nouveau plan vélo est-il suffisamment gréé pour tenir son objectif ? Question difficile, tant cet objectif fait l’objet de discussions. Le gouvernement prévoit de tripler l’usage de la bicyclette. En 2024, 9% des déplacements du quotidien se feraient à coup de pédales, contre 3% aujourd’hui, rappelle-t-on dans les couloirs de l’Hôtel de Matignon. Or, l’INSEE indique que seuls 2% des actifs ayant un emploi vont travailler à vélo. En Europe, la moyenne est de 7%. 

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus