Vautours: le diclofénac bientôt fixé sur son sort

Le 18 décembre 2014 par Romain Loury
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28.000 vautours fauves en Espagne
28.000 vautours fauves en Espagne
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L’usage vétérinaire du diclofénac restera-t-il autorisé en Europe? Le sort de ce médicament, accusé d’empoisonner les vautours, dépend désormais de la Commission européenne, éclairée par un rapport de l’Agence européenne du médicament (EMA).

En Inde, au Pakistan, au Népal et au Bangladesh, le diclofénac est à l’origine de l’une des plus grandes hécatombes animales de tous les temps: la mort, dans les années 1990, de plus de 95% de leurs abondantes populations de vautours, dont Gyps bengalensis. Utilisé chez les bovins, cet anti-inflammatoire non stéroïdien, également prescrit en médecine humaine, frappe ces oiseaux d’une insuffisance rénale foudroyante.

Depuis son interdiction en 2006 par les quatre pays, le Gyps bengalensis aurait quelques chances de s’en remettre. Mais qu’en est-il en Europe? Commercialisé par le laboratoire italien Fatro, le produit a été autorisé en 1993 dans ce pays pour les porcs, les bovins et les chevaux non destinés à la consommation humaine. Depuis, quatre autres pays en disposent, dont la République tchèque, la Lettonie, l’Estonie et depuis 2013, l’Espagne.

Or cette dernière compte environ 95% des populations européennes de vautours, tous protégés [1]. D’où l’inquiétude de nombreuses associations, récemment soutenues par des scientifiques dans la revue Science, qui demandent son interdiction totale du sol européen (voir le JDLE). En août dernier, la Commission européenne a saisi l’EMA afin de rendre un avis sur la question.

Aucun doute sur le risque

Publié le 12 décembre, celui-ci est sans appel: oui, le diclofénac constitue bien une menace pour les vautours européens. D’autant que moins de 1% de carcasses contaminées par le diclofénac auraient suffi à provoquer le désastre survenu dans le sous-continent indien. Reste à mieux cerner le risque, et dans quelles situations il survient.

Selon l’EMA, le risque d’empoisonnement survient lorsque l’éleveur dépose les carcasses de ses animaux sur les placettes de nourrissage destinées aux vautours, ou lorsque des animaux d’élevages extensifs décèdent dans la nature.

Les experts excluent en revanche un risque lié aux déchets d’abattoirs déposés sur les placettes de nourrissage: pour des raisons de sécurité des aliments, les porcs ne doivent pas être abattus avant un délai de 12 jours après administration du diclofénac, les bovins avant 15 jours. Ce qui laisse largement le temps au produit de disparaître de l’organisme.

Interdiction ou encadrement plus strict?

Sans trancher, l’agence livre plusieurs moyens de prévention, notamment un encadrement plus strict de l’administration du médicament, un avertissement sur l’emballage, ou un contrôle accru des élevages dont les animaux décèdent dans la nature. Ou, plus simplement, une interdiction du produit, tout à fait réaliste puisqu’il existe des alternatives au diclofénac.

Selon l’EMA, on en sait encore peu sur la toxicité pour les vautours de ces autres produits. En 2012, un vautour retrouvé mort en Espagne, de la même maladie que ses cousins indiens, s’est avéré intoxiqué par de la flunixine, un autre anti-inflammatoire. Tandis que, et c’est la ligne de défense de Fabro, aucun cas de vautour empoisonné par le diclofénac n’a été recensé en Europe à ce jour.

Pour l’association suisse Vulture Conservation Foundation (VCF), «il existe une alternative non toxique pour les vautours, peu chère et déjà présente sur le marché», en l’occurrence le meloxicam, qui a remplacé avec succès le diclofénac dans les 4 pays asiatiques.

«Pourquoi risquer un impact sur les vautours par de coûteux processus [contrôles accrus des élevages, de la prescription, etc.], alors qu’il est plus simple d’interdire une fois pour toutes ce médicament, qui n’aurait jamais dû apparaître sur le marché?», s’interroge l’association.

[1] Parmi eux, le vautour fauve (Gyps fulvus), le vautour moine (Aegypius monachus), le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) et le percnoptère (Neophron percnopterus). Tous sont également présents en France, en bien moindres effectifs.



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