Usine de méthanisation de Romainville: le débat s’ouvre enfin

Le 10 janvier 2012 par Stéphanie Senet
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Le projet de l’usine de méthanisation de Romainville (Seine-Saint-Denis), qui doit être lancé en mars prochain par l’Espagnol Urbaser Environnement, accumule les critiques. Les riverains dénoncent des risques sous-estimés, tandis que le Syctom, porteur du projet, ne cache pas ses craintes d’une rallonge budgétaire et de garanties au rabais. Un exemple révélateur du retard français en matière de méthanisation?

A l’origine de ce projet, le Syctom de l’agglomération parisienne souhaite transformer l’actuel centre de transfert des déchets de Romainville en un centre de tri mécano-biologique (TMB) et de méthanisation. «Aujourd’hui, 360.000 tonnes de déchets issus de 22 communes de Seine-Saint-Denis transitent par ce centre avant de partir pour moitié à l’incinération et pour moitié en décharge», argumente François Dagnaud, président du Syctom et adjoint au maire de Paris. Selon l’élu, le choix de la méthanisation s’est donc imposé afin de réduire ces traitements au profit d’une meilleure valorisation des déchets par production de compost et de biogaz. Une décision dans la droite ligne de la loi Grenelle II, qui limite à 60% le pourcentage de déchets incinérés ou mis en décharge par rapport au volume de déchets produits sur un territoire.

 
En juin 2008, le Syctom a donc conclu un marché avec la société espagnole Urbaser Environnement, filiale du groupe de travaux publics ACS, prévoyant la conception, la construction et l’exploitation d’un centre multi-filières (1), comprenant le centre de tri-méthanisation controversé. Ce dernier est prévu pour avaler 322.500 tonnes de déchets par an, avec un coût d’investissement de 240 millions d’euros dont 10 M€ sont versés par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
 
L’idée, belle sur le papier, rencontre toutefois plusieurs problèmes que recense l’association des riverains de l’usine de méthanisation de Romainville (Arivem), qui demande l’abandon pur et simple du projet. Pour François Mouthon, son président, le plus grand risque, c’est une explosion. «Cela s’est déjà produit à l’usine espagnole de La Corogne, où un digesteur a explosé, ainsi qu’en Allemagne», s’inquiète cet habitant de Noisy-le-Sec, situé à 50 mètres de l’emplacement de la future installation. Moins dangereux mais plus fréquent, le risque d’incendie serait également élevé. L’usine de Montpellier en aurait déclaré une vingtaine en deux ans d’exercice à cause des frottements des trémies et des tapis roulants. «Dans son étude d’accidentologie, Urbaser s’est limité aux exemples français, ce qui restreint bien sûr le taux d’accidents mais ne révèle pas la réalité», poursuit-il.
 
Autres griefs: les nuisances olfactives, que l’association a pu constater autour de l’usine de Varennes-Jarcy (Essonne), également exploitée par Urbaser, qui méthanise des biodéchets. Or l’usine de Romainville sera implantée en plein cœur d’un centre urbain. Enfin, Arivem estime que le «digestat», la matière qui résulte, avec le biogaz, du procédé de méthanisation, n’aura pas de débouchés, compte tenu de sa mauvaise qualité. «Contrairement aux annonces, les chambres d’agriculture de l’Eure ne sont pas intéressées et elles vont bientôt l’écrire publiquement», lance François Mouthon. Il s’agit d’une critique récurrente, depuis le développement du TMB en France, à cause de la présence de plastiques et de verre résiduels dans le digestat. Pour un compost de meilleure qualité, la collecte séparative des biodéchets (2) est recommandée par les associations environnementales ou encore le Cercle national du recyclage (voir JDLE). Pour l’heure, elle n’est obligatoire que pour les plus gros producteurs, comme les hypermarchés (voir JDLE).
 
Le Syctom ne semble pas dépourvu d’inquiétudes, puisqu’il a mis en demeure Urbaser, début décembre, de lui garantir les engagements pris lors de la passation de marché. «Nous souhaitons en effet plusieurs confirmations, avant d’entamer la construction, et en vue d’éviter tout contentieux» explique François Dagnaud, ajoutant: «Nous avons eu le sentiment, au fur et à mesure, de devoir choisir entre les performances environnementales, comme la qualité du compost, et le montant de l’enveloppe budgétaire. Nous n’accepterons aucun dépassement.»
 
Quant au TMB, l’élu estime à demi-mots qu’il s’agit de la moins pire des solutions. «Je ne suis pas un forcené du TMB. Mais la seule alternative est la collecte séparative. Or ce n’est pas de la compétence du Syctom, mais des communes. C’est compliqué et cela coûte cher. Honnêtement, on ne peut pas claquer des doigts. Toutefois, le principe de réversibilité s’appliquera à Romainville. Lorsque la collecte séparative sera possible, l’usine fera moins de TMB.»
 
De son côté, l’entreprise Urbaser revoie sa copie pour le 12 janvier. Selon Bertrand Hyllaire, son directeur commercial, le document rappelle les engagements pris en 2008, et en particulier «le traitement de l’ensemble des nuisances olfactives, grâce à des bâtiments clos et hermétiques, leur mise en dépression avec des aspirateurs fonctionnant 24 heures sur 24 et le traitement de l’air intérieur». Par ailleurs, la qualité du compost sera conforme à la norme française NF U 44-051, et «chaque lot fera l’objet d’un suivi et d’une traçabilité mensuels».
 
Le débat, en tout cas, est bel et bien lancé sur la place publique. Le Syctom organisera une réunion publique au début du mois de février, tout comme Arivem, «très prochainement». Soit une enquête publique après coup. Celle-ci s’est en effet déroulée en mai-juin 2010, avec seulement 7 personnes présentes à la réunion, selon François Mouthon.
 
(1) Le projet comprend aussi un centre de tri des ordures des collectes sélectives, un centre de tri des encombrants, une déchetterie. Il est détaillé sur le site du Syctom: http://www.syctom-paris.fr/edi/comm/proj/methanisation/romainvillebobigny/presentation.htm
(2) Au lieu d’être triés mécaniquement, les déchets organiques font alors l’objet d’une collecte sélective.
 


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