Une tribu amérindienne victime des HAP

Le 25 mai 2011 par Romain Loury
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La présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans l’alimentation aurait entraîné une chute de l’état sanitaire des Indiens Chumash au fil des millénaires, selon une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives.
 
Vivant dans le sud de la Californie, notamment dans les Channel Islands au large de Los Angeles, cette tribu recourait largement au bitume naturel [1]. Ce matériau adhésif et imperméabilisant était utilisé dans la construction des habitats, des routes et des armes, mais aussi à des fins médicinales et rituelles, comme peinture corporelle. A priori un bienfait de la Nature… qui aurait peu à peu rongé la santé des Indiens.
 
Selon l’analyse menée sur 269 crânes par l’anthropologue Sebastian Wärmländer, de l’University of California à Santa Barbara, la taille aurait fortement chuté avec le temps. De 3.370 centimètres cubes lors de la période précoce (de 6500 à 600 av. J.-C.), le volume crânien moyen des hommes vivant sur l’île de Santa Cruz est passé à 3.180 cm3 pour la période tardive (de 1150 à 1782 ap. J.-C.). Cette baisse était aussi observée chez les femmes (de 3.180 cm3 à 2.980 cm3), ainsi que sur l’île voisine de Santa Rosa.
 
Deux raisons à cela: une utilisation de plus en plus courante du bitume, ainsi qu’une alimentation qui s’est progressivement enrichie en poissons, fortement imprégnés des HAP suintant dans la mer. Les Indiens se sont donc trouvés de plus en plus exposés à ces polluants, qui réduisent la taille du nouveau-né.
 
Mais les HAP sont avant tout connus pour leur effet cancérigène. Un impact qu’il est difficile de mesurer, selon les auteurs: l’examen d’un squelette ne permet pas de déterminer la présence d’un cancer, et les méthodes d’estimation de l’âge au décès restent imprécises.
 
«Il s’agit désormais de trouver des techniques permettant d’évaluer le niveau de HAP dans les squelettes anciens, ce qui ouvrira de nouvelles pistes de recherche sur les populations préhistoriques, mais aussi sur les effets à long terme de l’exposition humaine à ces substances», concluent les chercheurs.
 
Avant les HAP, un autre agent toxique, le plomb, a été impliqué dans la chute d’une civilisation, celle de l’Empire romain. Ce métal lourd y était très utilisé, notamment dans la tuyauterie, dans la coloration des céramiques et dans la fabrication des fards.
 
[1] Le canal de Santa Barbara, qui sépare la côte californienne des Channel Islands, est une zone riche en hydrocarbures. Le bitume utilisé par les Indiens provenait de deux sources, terrestre et marine. Dans ce dernier cas, il s’agissait de boules de goudron formées par des écoulements en profondeur, puis rejetées sur la plage.


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