Une transition énergétique incertaine

Le 25 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
A Cestas, la Nouvelle-Aquitaine abrite la plus grande centrale PV d'Europe.
A Cestas, la Nouvelle-Aquitaine abrite la plus grande centrale PV d'Europe.
Neoen

Le recours au nucléaire et à l’énergie bois s’annonce d’ores et déjà compromis.

 

C’était l’une des lacunes de l’édition 2013 de l’étude d’AcclimaTerra. Elle est aujourd’hui comblée. En compulsant le volumineux opus, publié le 1er juin dernier, décideurs de tous ordres disposeront enfin de quelques données agglomérées sur l’énergie en Nouvelle-Aquitaine. De quoi préparer la transition, actuellement en débat.

Charbon, gaz et pétrole

Des décennies durant, l’économie régionale s’est grandement assise sur les énergies fossiles. A Decazeville et Carmaux (aujourd’hui situées en Occitanie), 10.000 mineurs sortaient plus de 2 millions de tonnes de charbon par an: plus que n’en pouvaient absorber les industries et les locomotives régionales. Coïncidence, à mesure que s’épuisaient les veines de charbon des Houillères d’Aquitaine s’ouvrait un nouvel avenir énergétique en Béarn.

Plus gros gisement de gaz naturel de l’Hexagone, Lacq est mis en exploitation en 1957. Après avoir produit jusqu’à 20 millions de mètres cubes par jour, il ferme définitivement ses vannes en 2013. La même année que celui de Meillon, qui aura récupéré 58 Mdm3 en un demi-siècle: 20% du volume extrait à Lacq.

Des lacs de brut

Même s’ils ont mangé leur pain blanc, les fossiles persistent. Dans les lacs côtiers de Sanguinet-Cazaux et de Biscarosse, de petites compagnies continuent d’extraire du pétrole. En 2016, note le rapport, la Nouvelle-Aquitaine a produit le tiers du brut hexagonal, soit environ 0,3% de la consommation nationale. Marginale, cette production est vouée à disparaître avec la loi Hulot sur les hydrocarbures. Cela ne suffira pas pour engager la transition énergétique aquitaine.

Ensemble, les énergies renouvelables régionales produisent 36.000 gigawattheures par an: l’équivalent de 19% de l’énergie finale consommée dans la région en 2015. Côté énergies décarbonées, c’est le nucléaire qui fait la course en tête: les centrales du Blayais et de Civaux injectent environ 40.000 GWh/an: un peu plus que toutes les énergies renouvelables réunies[1].

Réacteurs hydrophiles

Ces 6 réacteurs produisent deux fois plus d’électricité que n’en consommait l’ancienne Aquitaine. Ce ne sera pas toujours le cas. Rien ne dit, en effet, que la centrale du Blayais pourra fonctionner encore très longtemps, elle qui aborde sa 4e décennie de fonctionnement. Ce n’est pas tout. Sous l’effet du réchauffement, la ressource en eau va s’amenuiser considérablement. Or les deux centrales ont besoin de volumes d’eau considérables pour assurer leur refroidissement: 116 Mm3/an pour les deux tranches de Civaux.

Il est possible que la Vienne ne fournisse plus pareil volume dans les prochaines années. «La centrale de Civaux pourrait voir sa capacité de production à l’horizon 2040 diminuer», souligne le rapport d’AcclimaTerra. La question se pose aussi pour les centrales hydroélectriques qui représentent 1.763 mégawatts (MW), soit l’équivalent du quart des capacités nucléaires. Autre écueil: la préservation de l’écosystème lacustre. Pour ne pas (trop) perturber la faune et la flore de la Vienne et de la Gironde, la réglementation interdit aux rejets d’effluents liquides de porter la température de l’eau des fleuves au-delà de 25°C. Pas simple si ces eaux se réchauffent de près de 0,03°C par an sous l’effet du changement climatique.

Quid du bois?

Avec sa première forêt de métropole, l’Aquitaine peut aussi compter sur l’énergie bois. Sous ces différentes formes, le bois génère 22.000 GWh/an. L’exploiter davantage n’est pas sans conséquence. «L’augmentation des prélèvements de bois ne doit pas réduire le stock forestier au risque de limiter les effets de la filière sur les émissions de gaz à effet de serre (GES).» Les experts d’AcclimaTerra rappellent que 55.000 familles de Nouvelle-Aquitaine se chauffent au bois, en utilisant des poêles ou des inserts peu performants. Résultat: on consomme beaucoup de bois pour ne produire «qu’une part infime de la production d’énergie».

Liberté Oléron

Peut-on s’appuyer sur d’autres énergies vertes? Le photovoltaïque a le vent en poupe. A quelques encablures de Bordeaux, Cestas (Gironde) accueille déjà l’une des plus importantes centrales photovoltaïques d’Europe (300 MWc). Les massifs forestiers dévastés par les tempêtes de 1999 ou de 2009 pourraient accueillir d’autres installations du même type, comme à Ychoux (Landes).

L’avenir de l’éolien s’annonce plus problématique. La Nouvelle-Aquitaine compte une soixantaine de fermes éoliennes, toutes situées dans l’ancien Poitou-Charentes. Devant les réactions de rejet observées dans la partie méridionale de la région, les experts font valoir les atouts de l’éolien marin. S’il finit par être mis en service, le parc offshore de l’île d’Oléron offrira 500 MW de capacités éoliennes à la Nouvelle-Aquitaine: une fois et demie la puissance déjà installée.



[1] La production des énergies renouvelables de Nouvelle-Aquitaine s’établit à environ 35.000 GWh/an: un niveau stable depuis 2010.

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus