Une stratégie agricole écolo

Le 29 mai 2020 par Stéphanie Senet
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Une stratégie conçue par le Réseau action climat
Une stratégie conçue par le Réseau action climat

Le Réseau Action Climat a publié, le 28 mai, un plan de relance pour un système agricole et alimentaire solidaire, bon pour la santé et l’environnement et résilient face aux crises. Une stratégie de la fourche à la fourchette made in France.

Pas besoin d’états généraux, ni même d’un Grenelle de l’agriculture et de l’alimentation. Pour orienter le système agricole et alimentaire français avec les grands enjeux sanitaires, climatiques et sociaux, la fédération d’ONG propose avant tout d’actionner et de financer des organismes et des outils existants.

Le secteur de la santé dans la boucle

A commencer par le Plan national nutrition santé (PNNS) que le RAC souhaite doter d’un budget supplémentaire, ainsi que les agences régionales de santé (ARS) et les programmes de prévention des caisses primaires d’assurance maladie, des centres de PMI[1] et des CCAS[2]. Objectif: sensibiliser les médecins, puériculteurs, sages-femmes, infirmiers, assistants sociaux et personnels des cantines sur l’alimentation saine et durable. Soit une alimentation plus végétale, meilleure pour la santé et plus résiliente face au changement climatique.

Des sodas privés de pub

Dans cette perspective, des moyens accrus permettraient aussi à France Santé Publique de développer sa campagne en faveur des légumes secs et des céréales complètes en fonction des publics (adolescent, étudiants, femmes enceintes). Au contraire, l’alimentation et les boissons riches en sucre, sel et/ou matières grasses devrait être interdite de publicité et de promotion pour les jeunes de moins de 16 ans. A noter que dans un rapport également publié le 28 mai, des parlementaires proposent de taxer les produits les plus néfastes à la santé et l’environnement. Et pour éviter que le débat ne soit réservé au secteur sanitaire, le RAC suggère d’ouvrir les chambres d’agriculture à la société civile.

Circuits courts toujours

Ensuite, au tour des collectivités de le mettre en musique. Si les circuits courts ont été plébiscités pendant le confinement, les filières locales doivent être structurées pour que ce nouvel appétit reste vif. Cela pourrait se traduire par un fonds spécifique permettant aux collectivités d’accompagner la transformation, conserveries, plateformes d’achat, distribution, animation territoriale et formation. Une prime à l’investissement pourrait soutenir la transition alimentaire des cantines en faveur d’une cuisine favorisant les végétaux et les produits bruts et luttant contre le gaspillage.

Stratégies nationales

Logiquement, une stratégie sur les protéines végétales doit favoriser la production de légumineuses dans les champs. Reporté à l’automne prochain par le ministère de l’agriculture, ce plan doit inclure des critères environnementaux: diversification des espèces, baisse du recours aux pesticides, exclusion des OGM et développement de la recherche agronomique et variétale.

Plus largement, l’agro-écologie sera favorisée par un plan stratégique national[3] respectant les objectifs environnementaux (division par deux des pesticides en 2025) et climatiques de la France (division par 2 des émissions de gaz à effet de serre entre 2015 et 2030), revalorisant les métiers agricoles et tirant les leçons de la crise actuelle. Une mission impossible sans l’appui d’une politique agricole commune (PAC) post 2020 réellement verdie par une réorientation durable des financements (vers les pratiques agro-écologiques pour 50% au moins). Autre défi ardu, les associations demandent l’exclusion de la comptabilisation du carbone stocké dans les sols, de l’agriculture de précision et des technologies à fort usage de biomasse (BECCSS) ainsi que l’interdiction de la compensation dans le cadre du label bas-carbone.

Loi, fiscalité et traités

La loi est par ailleurs requise pour lutter contre l’artificialisation croissante des sols en instaurant un moratoire avant fin 2021. Autre projet difficile: instaurer une fiscalité cohérente avec les enjeux climatiques, environnementaux, sanitaires et sociaux. A commencer par une hausse de la TGAP[4] Air et une nouvelle redevance sur l’utilisation d’engrais azotés de synthèse. Des fonds qui pourraient financer un bonus sur la diversification des cultures, le développement des prairies permanentes et les surfaces d’intérêt écologique proposées par France Stratégie en octobre dernier.

Dans les rayons, les produits locaux ne seront mis en avant que si la grande distribution y est obligée par la législation, estime le RAC. Une obligation complétée par une limitation de la création et de l’extension des centres commerciaux (dans les SCoT[5]).

Au niveau international, enfin, ce plan de relance inclut une exemption de l’agriculture des règles de l’OMC[6] et des accords de libre-échange comme c’est déjà le cas pour les biens culturels. Et réclame bien sûr une suspension du CETA et du MERCOSUR. Des soutiens dans le cadre de l’aide publique au développement cibleraient alors les productions pénalisées par la relocalisation de productions en France.



[1] Protection maternelle et infantile

[2] Centres communaux d’action sociale

[3] Un plan que doit remettre la France à Bruxelles dans le cadre de la PAC post 2020 en cours de négociation

[4] Taxe générale sur les activités polluantes

[5] Schémas de cohérence territoriale

[6] Organisation mondiale du commerce