Une pollution inattendue dans les eaux allemandes

Le 06 novembre 2006 par Claire Avignon
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moehne_talsperre_400q
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Outre-Rhin, des substances chimiques soupçonnées d’être reprotoxiques et cancérogènes ont été retrouvées à des concentrations très importantes dans deux rivières. Une grande surprise pour les scientifiques à l’origine de la découverte, mais aussi un scandale sanitaire.

Ils sont persistants dans l'environnement, mobiles, toxiques et bioaccumulatifs. Des tests chez les animaux concluent à leur caractère reprotoxique et cancérogène. Utilisés dans de nombreuses industries (textile, ustensiles de cuisine, mousses anti-incendie etc.), ces agents de surface perfluorés -dont l'acide perfluorooctanoïque (APFO) et le sulfonate de perfluorooctane (SPFO)-, n'ont rien à faire dans les cours d'eau. Ils ont pourtant été retrouvés, en mai dernier, à des concentrations dépassant 4.000 nanogrammes par litre (ng/l) dans la rivière Möhne, dans le nord-ouest de l'Allemagne, et 500 ng/l dans l'eau potable de bâtiments publics de la Rhénanie du Nord-Westphalie, région où coulent le Rhin et la Ruhr. Car les techniques actuelles de traitement des usines d'eau potable ne permettent pas d'éliminer totalement ces produits.

Les autorités locales ont aussitôt pris des mesures en fournissant de l'eau en bouteille aux familles avec des nourrissons ou des femmes enceintes. De son côté, le ministère allemand en charge de l'environnement a travaillé à la mise en place de normes d'eau potable concernant ces agents de surface perfluorés, jusqu'ici non réglementés.

Ce sont des chercheurs de Bonn qui ont fait cette découverte et qui en ont trouvé l'origine. La contamination provient de champs traités avec un engrais contenant des boues d'épuration de l'industrie agroalimentaire. En fait, le producteur d'engrais n'aurait pas utilisé ces boues, mais celles provenant de déchets du nettoyage de navires. L'enquête, toujours en cours, impliquerait un fournisseur belge de la société productrice d'engrais nommé GW Umwelt –Umwelt signifiant «environnement».

Ce n'est pas la première fois que les SPFO et les APFO font parler d'eux. Les institutions européennes sont en train de limiter la production des premiers (1). Mais, étant donné leur caractère persistant, cette mesure ne réglera qu'en partie le problème de pollution. Quant aux seconds, ils sont au centre d'une bataille juridique entre Dupont et l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) (2). Le géant de la chimie qui utilise les APFO pour sa production de téflon est accusé d'avoir caché des informations sur les impacts sanitaires et environnementaux de la molécule.

En France, l'agence de l'eau Rhin-Meuse, qui partage la gestion de plusieurs cours d'eau avec l'Allemagne, avoue ne pas rechercher ces molécules. «L'année dernière, les agences de l'eau ont organisé une grande campagne de mesures sur 200 molécules, indique Claire Riou, chargée d'études en santé publique à l'agence de l'eau Rhin-Meuse. Mais les agents de surface perfluorés n'en faisaient pas partie.»



(1) Voir l'article du JDLE intitulé «Accord entre le Conseil et le Parlement sur les SPFO»

(2) voir les articles «Amende record contre Dupont aux Etats-Unis» et «Bataille juridique entre l'EPA et Dupont»





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