Une nouvelle dose d’iode pour les 2 millions de riverains des centrales nucléaires

Le 11 janvier 2016 par Yves Leers
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Les comprimés d'iodure de potassium sont fabriqués par la pharmacie centrale des armées.
Les comprimés d'iodure de potassium sont fabriqués par la pharmacie centrale des armées.
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Pour la 5e fois en France, une campagne de distribution de pastilles d’iode va se dérouler pour les quelque 2 millions de personnes vivant à proximité des 19 centrales nucléaires et leurs 58 réacteurs.

Cette campagne, organisée à l’initiative de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et financée par EDF, démarrera début février et concernera 430.000 foyers, 70.000 entreprises et 2.000 établissements recevant du public dans 500 communes situées dans un périmètre de 10 kilomètres autour des centrales, –c’est-à-dire la zone des plans particuliers d’intervention (PPI). Une telle opération, doublée d’une campagne d’information sur le risque nucléaire qui a déjà commencé, mobilisera de nombreux acteurs: les pouvoirs publics (ministères de l’intérieur et de la santé), les communes elles-mêmes, les pharmaciens et les médecins, les commissions locales d’information (CLI), et bien sûr l’opérateur des centrales, EDF.

pharmacie et réunions d'information

Les personnes concernées seront invitées par courrier à venir retirer en pharmacie des boîtes de comprimés. Des réunions d'information seront aussi organisées par les pouvoirs publics en relation avec les CLI et les maires pour permettre des échanges avec la population et apprendre les bonnes réactions en cas d'accident nucléaire: prendre deux comprimés (un pour les enfants), ne pas sortir, rester confiné chez soi, prendre une douche, préférer les aliments secs ou en conserve en attendant une éventuelle évacuation décidée par les autorités. Des stocks de pastilles d’iode seront aussi constitués au-delà de la zone des PPI des 10 km, dans chaque département concerné.

Site dédié

La distribution des pastilles a été précédée par la création d’un comité de pilotage en 2014 tandis qu’un «gros travail d’information» a été mené en novembre et décembre auprès des maires et des professionnels de santé, «relais pertinents» de la campagne, selon l’ASN. Le mois de janvier est consacré à des réunions publiques qui précèderont la distribution proprement dite. Un site dédié -«Alerte nucléaire, je sais quoi faire»- a été créé et un numéro vert opérationnel mis en place: 0800 96 00 20.

La dernière campagne de ce type s’était déroulée en 2009, les comprimés d’iode stable (iodure de potassium dosé à 65 milligrammes) étant périmés au bout de 7 ans. La toute première remonte à 1997, alors que le premier réacteur nucléaire français a commencé à fonctionner en 1963. Près de 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl et 5 ans après celle de Fukushima, la prise de conscience d’un danger potentiel lié au nucléaire civil en France a beaucoup évolué. Alors que toute possibilité d’accident majeur a longtemps été niée par les autorités, l’objectif affirmé de l’ASN est de « développer la culture de la radioprotection » en France. Ainsi, le directeur général adjoint de l’ASN, Alain Delmestre, juge «possible» qu'un accident nucléaire se produise en France, «même si ce n'est pas quelque chose de probable». L’ASN, dit-il, souhaite «faire progresser la conscience du risque dans l'opinion publique, en tout cas pour les populations qui vivent à côté des centrales nucléaires».

un moyen simple et efficace

Dans un tel contexte, la question se pose de savoir pourquoi les PPI sont limités à un périmètre de 10 km. Ainsi, en Suisse, à la suite de la catastrophe de Fukushima, les comprimés d’iode sont distribués depuis 2014 dans un périmètre de 50 km (contre 20 km auparavant), à une population de 4,6 millions de personnes alors que le pays compte 8 millions d’habitants.

En cas d'accident nucléaire, de l'iode radioactif peut être rejeté dans l'atmosphère, pouvant entraîner des cancers de la thyroïde en cas d’ingestion ou d’inhalation. Pour l’ASN, l'ingestion d'iodure de potassium est considérée comme un moyen «simple et efficace» de protéger la thyroïde contre les effets de l'iode radioactif. L'iode stable sature la glande qui ne peut plus fixer l'iode radioactif. 530.000 boîtes de comprimés avaient été distribuées en 2009. Les comprimés d’iode sont produits par la pharmacie centrale des armées située à Chanteau, près d’Orléans.

En 2013 et pour la première fois, des pastilles d'iode avaient été distribuées aux riverains de la base navale de Brest, port d'entretien et d'escale des sous-marins et navires militaires nucléaires français. Dans le cas de l’opération de 2016, les bases navales (Brest, Cherbourg et Toulon) sont gérées indépendamment, par l’Autorité de sûreté nucléaire de la défense (ASND). Le risque « iode » est exclu pour les autres sites nucléaires comme ceux d’Areva. Enfin, les riverains de quatre réacteurs de recherche (deux à Saclay, un à Cadarache et un à Grenoble) seront concernés par une distribution d’iode fin 2016.



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