Une mobilité pas très propre

Le 15 décembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
L'autocar toujours promis à un brillant avenir.
L'autocar toujours promis à un brillant avenir.

En exclusivité, le Journal de l’Environnement dévoile le projet de «stratégie de mobilité propre», présenté, ce mardi, par le gouvernement. Prévu par la loi de transition énergétique, cet exercice sectoriel de planification vise à faire baisser de 20% les émissions de GES du transport. Pas convaincant.

 

En signant l’accord de Paris, les représentants des 195 Etats se rendaient-ils compte de ce à quoi ils s’engageaient? Pas sûr, ont immédiatement répondu quelques scientifiques. On serait tenté de se poser la même question au vu de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. Laquelle fixe un budget carbone par période de 5 ans et par secteur d’activité. Entre 1990 et 2028, les émissions françaises de gaz à effet de serre (GES) devront ainsi passer de 552 à 358 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt éqCO2) par an.

Pour abattre ainsi de 36% le bilan carbone tricolore, les efforts seront plus ou moins partagés: un quart de moins pour la gestion des déchets, moitié moins pour l’industrie ou le résidentiel-tertiaire, mais seulement -20% pour le secteur des transports. Pas exceptionnel. D’autant que l’on se demande comment réduire les émissions alors que la demande de transport de voyageurs a cru de 1,2%/an entre 1990 et 2008 et que le transport de marchandises a vu son activité augmenter d’un tiers ces 15 dernières années.

115 pages…

Pour tenter de répondre à cette épineuse question, le gouvernement a présenté, mardi 15 décembre, sa stratégie pour le développement de la mobilité propre. Epais d’une centaine de pages, ce document sera annexé à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), comme prévu par l’article 40 de la loi Royal.

Achevée en pleine COP 21, cette ébauche de stratégie[1] rappelle la situation. Difficile si l’on entend vraiment en alléger l’empreinte carbone. La mobilité consomme 35% de l’énergie française et est à l’origine de 27% des émissions de GES. Ses rejets de polluants atmosphériques emportent prématurément 42.000 personnes par an. Le seul coût sanitaire des particules fines oscille entre 20 et 30 milliards d’euros par an. D’un autre côté, les transports sont une activité vitale pour l’économie: elle apporte 18% du PIB et emploie 1,3 million de salariés. Alors que la demande ne cesse de croître et que le pétrole (qui apporte la quasi-totalité de l’énergie consommée par les transports) devrait rester abondant et peu cher, comment engager la décarbonation du secteur?

Bonne question. A laquelle le projet de stratégie gouvernementale ne répond pas vraiment.

… mais peu de mesures

Pour maîtriser la demande? Rien, à l’exception de guides méthodologiques pour l’élaboration de plans de déplacement ou d’espaces de travail partagés. Des politiques visant à densifier les centres urbains pour réduire la demande de mobilité motorisée? Néant. Limitation de vitesse sur la route? Vous n’y pensez pas. Augmentation du prix des carburants routiers, fin des subventionnées données à la consommation de gazole marin (pour les pêcheurs), routier (pour les routiers et les taxis), et au kérosène? Même pas évoquées. Ecotaxe poids lourds: laissée aux conseils régionaux; lesquels s’en saisissent parfois.

Inciter les usagers à passer de la voiture à des modes de transport plus doux? Là aussi, on cherche. Et on trouve: permettre les réservations en ligne pour les cyclistes et leur vélo dans les TGV, agir sur les leviers d’information incitant à la pratique de la marche et du vélo, fixer pour 2020 des objectifs de places de stationnement sécurisé pour chaque gare, «agir sur la cohabitation cyclistes/véhicules lourds». Du lourd.

Lorsqu’il s’agit d’inciter les chargeurs à utiliser plus fréquemment le train ou la voie d’eau, on peine aussi à dégoter les mesures d’ampleur. Dans le premier cas, l’Etat s’engage à «poursuivre les conférences fret ferroviaire». Pour le second, rien n’est prévu pour accélérer la réalisation du canal Seine-Nord. Mais les services de Ségolène Royal l’affirment: «Le plan d’action pour le fret fluvial visera à optimiser et renouveler l’existant». La batellerie appréciera.

Les grands objectifs de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte sont: baisser de 40% des émissions de GES entre 1990 et 2030, 32% d’énergie renouvelable dans la consommation d’énergie finale en 2030, diminuer d’un tiers la consommation finale d’énergie fossile en 2030, diviser par deux la consommation énergétique finale en 2050.

Le texte s’étend, en revanche, bien davantage sur le développement de véhicules réputés propres et de carburants à moindre émission. Durant le vote de sa loi, la ministre en charge des transports a, à plusieurs reprises, dit tout le bien qu’elle pensait du véhicule électrique: l’héritière de la Jamais Contente bénéficie d’ailleurs, depuis octobre, d’un super bonus de 10.000 €, en contrepartie de l’abandon d’un vieux véhicule diesel.

Mais l’électrique ne sera pas l’alpha et l’omega de la mobilité 2030[2]. La stratégie nationale mise beaucoup sur le développement de la voiture thermique consommant 2 l/100, le déploiement des véhicules au gaz (voitures, camions, cargos). Sans réelle cohérence (ni budget), on entend aussi développer les lignes ferroviaires à grande vitesse, les trains intercités (modernisés), les autocars «Macron» et des transports collectifs en site propre. Malgré les crises financière et climatique, l’Etat semble vouloir, 34 ans après, écrire la version 2 de la loi d'orientation des transports intérieurs. L’audace en moins.

 

 

 

 




[1] La page dédiée au développement du GNL marin est blanche, la stratégie du transport fluvial s’étend sur une page et demi: trois fois plus long que pour le fret ferroviaire.

[2] Les véhicules électriques et véhicules hybrides rechargeables devraient représenter 20% du parc

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus