Une maternité porcine fait des vagues en Vendée

Le 08 février 2016 par Yves Leers
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Chaque truie devra "produire" une vingtaine de porcelets par an.
Chaque truie devra "produire" une vingtaine de porcelets par an.
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Officiellement, il s’agit d’un «centre de naissage». Projeté en Vendée, à Poiroux, un tel centre destiné à ‘produire’ 23.000 porcelets par an grâce à 900 truies n’est pas du goût de tout le monde, d’autant qu’il se situe à seulement une quinzaine de kilomètres de l’océan et des Sables d’Olonne. Cependant, malgré une série d’actions judiciaires dont certaines toujours en cours, l’installation a été construite et 890 truies sont attendues d’un jour à l’autre.

Depuis plusieurs années, ce projet de maternité porcine -où chaque truie doit mettre bas une vingtaine de porcelets tous les ans– a mobilisé contre lui un collectif d’associations, dont Terres et rivières et l’Association de vigilance environnementale (Avigen), qui ne veut pas que la Vendée devienne «une Bretagne bis». Les opposants craignent toujours que «5.000 mètres cubes de lisier de cette ‘usine à cochons’ ne viennent polluer la Vertonne et dégradent la qualité de 7 cours d’eau qui prennent leur source près de l’usine». Ce petit fleuve côtier se jette dans l’océan aux Sables d’Olonne. Selon eux, la porcherie constitue aussi «une menace pour l’activité touristique et l’ostréiculture». Enfin, le collectif craint l’installation ultérieure de 5 porcheries d’engraissement dans la région, qui totaliseraient 3.500 porcs.

VALSE DES AUTORISATIONS PREFECTORALES

En 2010, le préfet de Vendée avait refusé le projet qui a été autorisé en 2013 par le nouveau préfet, arrêté d’autorisation annulé par le tribunal administratif de Nantes, suivi d’une nouvelle autorisation préfectorale fin 2013. En novembre 2014, le collectif a saisi à nouveau le tribunal sur le fond pour abus de pouvoir et contre l’autorisation d’exploitation. L’affaire est toujours à l’instruction. Parallèlement, une action a aussi été lancée au niveau européen pour non-respect de la directive Nitrates. Ces différentes actions en justice n’ayant pas de caractère suspensif, la maternité porcine a pu achever ses travaux sans problème.

Conscient qu’il sera désormais impossible de revenir en arrière, Jacques Jutel, qui préside l’association Terres et rivières, est aujourd’hui dans une logique de dénonciation de «ce type d’élevage qui pose de nombreux problèmes» et du «déni de justice» soulevé par des jugements qui ne sont pas exécutés ou contournés.

PAS D’USINE A COCHONS!

Aux cris de «pas d’usine à cochons, ni à Poiroux ni ailleurs», une manifestation s’était déroulée l’an passé aux Sables d’Olonne à l’initiative du collectif d’associations environnementales pour protester contre cette porcherie industrielle. «Après avoir saturé et pollué la Bretagne, l'agriculture industrielle porcine cherche à tout prix à s'installer en Vendée, deuxième département touristique français; nous ne nous laisserons pas faire. Comment l'Etat et madame Royal peuvent-ils laisser reproduire le dramatique exemple breton?», s’était alors interrogé le député (LR) de Vendée Yannick Moreau.

Pour la Confédération paysanne, cette installation «inepte du point de vue environnemental et sanitaire, est la très probable tête de pont des futures usines d’engraissement de porcs qui s’installeront autour de la maternité». «La Vendée est aujourd’hui la cible du développement d’un modèle agro-industriel, qui a fait des dégâts en Bretagne de la part de groupes financiers qui y trouvent un terrain politique et syndical favorable», ajoute la Confédération, qui soutient les actions en justice.

A TREBRIVAN AUSSI

Une autre «porcherie des 1.000 truies», cette fois en Bretagne, à Trébrivan, est contestée depuis des années. En octobre dernier, Eau et rivières de Bretagne a déposé un recours en annulation auprès du tribunal administratif de Rennes contre l'arrêté préfectoral du 7 octobre 2014, autorisant l'exploitation de cette maternité porcine. Délivrée en avril 2010 par le préfet des Côtes-d'Armor, la première autorisation avait été annulée par le tribunal administratif en juillet 2012. Une annulation confirmée en septembre 2014 par la cour d'appel de Nantes, puis au niveau européen. Pour contourner tous ces jugements, la maternité a fait une nouvelle demande d’exploitation, appuyée sur un nouveau plan d'épandage des lisiers répartis entre 4 communes, à nouveau autorisée par le préfet. Eau et rivières conteste le choix d’«un plan d'épandage gigantesque dans un secteur où se trouvent des sources et ruisseaux, tout comme l'insuffisance de traitement des rejets d'ammoniac dans l'atmosphère».

Il est possible de sortir d’un modèle d’élevage industriel dépassé, qui explique en partie la crise actuelle. Mais il faudrait investir entre 2,6 et 2,9 milliards d'euros (dont plus de 500 millions pour les maternités) pour moderniser et mettre aux normes les exploitations, selon la profession. Pourtant, il n’y a pas de fatalité: une maternité d’un nouveau type a été inaugurée il y a quelques mois dans le Finistère, à Saint-Goazec. Elle se veut ‘modèle’ sur le plan énergétique et écologique, mais aussi pour les conditions de travail et de bien-être animal, avec pour objectif la relance de la filière. Mais il n’y a que 180 truies et pas un millier comme à Poiroux ou à Trébrivan.



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