Une loi pour endiguer l’ambroisie, espèce allergène et envahissante

Le 04 décembre 2013 par Marine Jobert
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Eradiquer l'ambroisie.
Eradiquer l'ambroisie.
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Elle n’a rien pour elle. Pas spécialement jolie, allergène et envahissante, elle prolifère à vitesse grand V dans les interstices de terre à nu. En bord de route, en contrebas des voies de chemin de fer, le long des cours d’eau et jusque dans les champs avant les semences, l’ambroisie s’épanouit.

Une bonne santé qui fait le malheur des personnes allergiques à son pollen hérissé de petites pointes, qui provoque asthmes et bronchites en pagaille. En région Rhône-Alpes, entre 10% et 20% de la population serait allergique au pollen d’ambroisie, ce qui aurait entraîné des dépenses de santé à hauteur de 20 millions d’euros en 2011, d’après les comptes de l’Observatoire régional de santé (sécurité sociale, médication, arrêts de travail, etc.). La plante, venue d’Amérique dans les années 1880, a déjà colonisé deux tiers du territoire métropolitain. Une vingtaine de députés ont fait de son éradication leur cheval de bataille: une proposition de loi sera débattue le 5 décembre, afin de classer le végétal dans la liste des organismes nuisibles, soumis à des mesures de lutte obligatoire permanente sur tout le territoire métropolitain.

 

Aucun prédateur indigène

C’est que la demoiselle a des ressources. «L’ambroisie a une capacité germinative exceptionnelle, proche de 100%, détaille Olivier Escuder, botaniste spécialiste de la flore de la France métropolitaine et corse au Muséum national d’histoire naturelle. Elle est résistante au gel, elle n’a aucun prédateur connu, tant chez les animaux que chez les autres plantes, elle n’est sensible à aucune maladie présente sur notre territoire. Elle a quasiment un blanc-seing pour s’installer durablement!» En outre, aucun insecte ne la butine, elle n’est pas un support de ponte et ne semble d’aucune utilité pour les espèces indigènes, selon les observations réalisées sur le terrain. Le seul obstacle à sa propagation, ce sont les autres espèces végétales: quand un espace est déjà occupé, elle n’insiste pas et va germer ailleurs.

 

Travaux et agriculture sans effet

D’ailleurs, l’homme l’aide beaucoup dans son entreprise d’envahissement, en déplaçant les graines sous ses semelles ou sous les roues des engins agricoles, ou en remuant la terre lors de travaux de terrassement, ce qui a pour effet de faire remonter des graines enfouies. «Elle apprécie les milieux ouverts et perturbés», confirme Olivier Escuder au Journal de l’Environnement. Sachant que les graines ont un temps de latence d’une dizaine d’années, voire 40 en laboratoire (!), les activités humaines participent activement à sa propagation. L’agriculture, aussi, a à se plaindre de l’ambroisie. «Elle se développe particulièrement dans les cultures de printemps dont les tournesols. Les pertes pour les agriculteurs peuvent atteindre les deux tiers des récoltes sans désherbage et un tiers en cas de désherbage mal maîtrisé, selon une étude d’impact du Centre technique interprofessionnel des oléagineux et du chanvre», précisent les élus dans leur proposition de loi. Et de plaider pour le recours à des organismes génétiquement modifiés -«des variétés de tournesols résistant à une molécule herbicide permettraient de réduire considérablement le fléau»- et à des herbicides aujourd’hui supprimés. Des parcelles de tournesols dits «mutés», pour contrer la progression de l'ambroisie, ont d’ailleurs été fauchées en 2011 dans le Rhône et la Drôme par des opposants aux OGM. Pour traiter ce problème, les auteurs des fauchages estimaient alors qu’il faudrait revoir les solutions agronomiques, et non passer par les OGM et les pesticides. 

 

Trop tard pour la combattre?

Mais existe-t-il des parades à sa propagation, quand les deux tiers du territoire sont touchés et que l’arrachage, déjà obligatoire dans quantité de départements, a fait la démonstration de son inefficacité? «Il est un peu trop tard», craint effectivement Olivier Escuder. Pour être efficaces, les campagnes d’arrachage devraient être massives, renouvelées et donc coûteuses. Introduire des prédateurs naturels? L’épisode des coccinelles asiatiques, introduites dans les années 1980 pour lutter conte les pucerons et qui dévorent les coccinelles indigènes, a vacciné les écologues contre ce genre de préconisation. Les OGM? Le botaniste n’a pas d’avis particulier sur la nécessité de les employer ou non, mais il note que les nuisances en zones cultivées ne sont aujourd’hui pas très importantes, ainsi que l’illustre une étude menée dans le monde agricole (en 2004) par l’Inra de Dijon. «Mais cela peut devenir grave dans 10 ans…»

 

Règlementation communautaire

Un règlement communautaire relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes est en cours d’élaboration, qui décidera d’une stratégie européenne contre ces quelque 12.000 végétaux et ces animaux «qui coûtent au moins 12 Md€ par an à l'Union». Une réglementation rendue nécessaire, selon Bruxelles, par le fait que «si les Etats membres prennent un certain nombre de mesures pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes, il s'agit essentiellement de mesures réactives visant à réduire au minimum les dommages déjà causés et qui n'accordent pas une attention suffisante à la prévention ou à la détection». En attendant, conclut Isabelle Mandon, écologue à la fédération des conservatoires botaniques nationaux, la nouvelle loi française pourrait avoir pour effet que «la situation inextricable dans laquelle se trouve la région Rhône-Alpes ne se déplace pas dans le sud et l’ouest du pays, qui pourraient rester sans ambroisie si on y mettait les moyens».

 

 



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