Une étude révèle les dangers d’un maïs génétiquement modifié

Le 19 septembre 2012 par Stéphanie Senet et Romain Loury
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Des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong ont été observées sur les rats
Des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong ont été observées sur les rats
Criigen

Une étude scientifique, publiée ce 19 septembre dans la très sérieuse revue américaine Food and Chemical Toxicology, montre les effets désastreux d’un maïs génétiquement modifié sur des rats. C’est la première fois dans le monde qu’une étude aussi longue a été réalisée.

Gilles-Eric Séralini vient de lancer un pavé dans la mare des organismes génétiquement modifiés. Ce professeur de biologie moléculaire de l’université de Caen a en effet piloté l’étude «In vivo», montrant que des rats nourris aux OGM déclenchaient 2 à 3 fois plus de tumeurs que les autres, quel que soit leur sexe. Une mortalité de 2 à 3 fois supérieure a même été constatée chez les femelles traitées par rapport aux autres.

Cette étude ambitieuse –la première du genre dans le monde- a été secrètement réalisée pendant deux ans sur 200 rats, répartis en trois groupes différents: l’un nourri avec le seul maïs OGM NK603 (produit par Monsanto), le deuxième avec ce maïs traité au Round-up (l’herbicide auquel il est censé résister), et le troisième avec une alimentation uniquement imprégnée de Round-up.   

Testées à trois doses différentes, les deux substances (OGM et Round-up) étaient introduites dans des proportions représentatives d’un régime alimentaire américain. Ces animaux ont été comparés à un groupe contrôle de rats nourris avec un maïs non GM, proche du NK603, et sans traitement au Round-up.

Mortalité précoce, tumeurs volumineuses, anomalies sévères au niveau des organes dépurateurs (foie, reins)… Les conclusions sont sans appel. L’équipe de scientifiques a constaté qu’un mâle nourri avec l’OGM mourait un an plus tôt, et une femelle 8 mois avant l’animal-témoin. Au 17ème mois, les résultats montrent une mortalité 5 fois supérieure chez les mâles nourris avec 11% de maïs génétiquement modifié -la plus faible dose d’OGM étudiée.

Les mâles sont atteints de tumeurs 20 mois avant les autres. Les femelles en présentent 3 mois avant les autres, principalement au niveau des glandes mammaires. Autre facteur de mortalité, principalement chez les mâles, les atteintes rénales sont jusqu’à 2,3 fois plus fréquentes, les anomalies hépatiques jusqu’à 5,5 fois plus.

Les auteurs notent que les effets constatés ne sont pas proportionnels aux doses d’OGM ou d’herbicides introduites. Pour le Round-up, ils évoquent un possible effet perturbateur endocrinien, à savoir une activité à de très faibles doses. Bien moins compris, l’effet délétère de l’OGM pourrait s’expliquer par le transgène lui-même, l’ESPS synthase. Cette enzyme de synthèse des acides aminés aromatiques perturberait certaines voies métaboliques, notamment celle des œstrogènes, avec un effet sur la cancérogénèse.

Ces travaux, qui ont coûté 3,2 millions d’euros, ont été financés par la fondation Charles-Leopold Meyer et la fondation Ceres, qui regroupe des enseignes de la grande distribution comme Carrefour et Auchan. Ces fonds sont gérés par le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), dont le professeur Séralini préside le Conseil scientifique et Corinne Lepage est la présidente d’honneur.

Aucune étude aussi longue, et avec autant de paramètres, n’avait été menée jusqu’à présent. Les travaux financés par les industriels s’étaient en effet limités à des observations pendant 3 mois.

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Les ministres de l’agriculture, de l’écologie et de la santé ont immédiatement saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), et soumis les conclusions de cette étude, pour analyse, au Haut Conseil des biotechnologies. En fonction de l’avis de l’Anses, le gouvernement a ajouté qu’il demanderait aux autorités européennes de prendre les mesures nécessaires, «pouvant aller jusqu’à suspendre en urgence l’autorisation d’importer dans l’UE du maïs NK603», précise un communiqué.

L’eurodéputé José Bové s’est aussitôt adressé au commissaire européen John Dalli, en charge de la protection des consommateurs, pour demander la suspension immédiate des autorisations de mise en culture des deux OGM autorisés en Europe, le maïs MON810 (Monsanto) et de la pomme de terre Amflora (BASF). Il faut préciser que des clauses de sauvegarde ont déjà été décrétées dans 10 Etats membres sur 27.

«Nous avons demandé à l’Agence européenne de sécurité des aliments de se saisir du dossier. Si des faits scientifiques nouveaux sont démontrés, nous en tirerons les conséquences», a répondu John Dalli. Une conséquence a déjà été tirée puisque Bruxelles gèle l’examen de la demande de renouvellement de Monsanto pour la mise en culture du MON810.

Premier intéressé, le géant américain de l’agroalimentaire n’a toujours pas réagi, estimant simplement «qu’il était trop tôt pour faire un commentaire sérieux sur l’étude française».

«Le crime, c'est que ça n'ait pas été testé avant, que les autorités sanitaires n'aient pas exigé des tests plus longs alors qu'on en est à 15 ans de commercialisation des OGM dans le monde », a conclu Gilles-Eric Séralini.

«Les producteurs d’OGM mènent une bagarre pour qu’il n’y ait pas d’études sur les éventuels effets de leurs produits sur la santé», a précisé Corinne Lepage.

Les agences nationales et européennes de sécurité alimentaire sont désormais au pied du mur. Elles n’ont plus d’autre choix que de lancer, en urgence, des études approfondies.

http://www.criigen.org/SiteFr/index.php?option=com_content&task=view&id=414&Itemid=1



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