Une eau radioactive bien embarrassante

Le 08 avril 2011 par Geneviève De Lacour
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Il faudra envisager le stockage, le traitement et la solidification eds éléments hautement radioactifs
Il faudra envisager le stockage, le traitement et la solidification eds éléments hautement radioactifs
Julien Rousset

Personne ne sait quoi faire de cette eau radioactive, employée depuis près de quatre semaines pour le refroidissement des réacteurs de la centrale de Fukushima.

Une eau qui suinte à travers les nombreuses fissures de la centrale endommagée, traverse les parois des tunnels et des passages vers les points les plus bas, et s’accumule dans la mer. Personne ne sait véritablement comment s’en débarrasser en toute sécurité.

«Nous n’avons jamais rencontré une telle situation et surtout pas à cette échelle», déclare Robert Alvarez, ancien assistant du secrétaire au département américain de l’énergie.

 
Les responsables japonais estiment qu’ils ont déjà accumulés 60.000 mètres cubes d’eau fortement radioactive. Et le volume augmente chaque jour puisque le refroidissement du réacteur continue.
 
Mais il faudra bien envisager, un jour, le stockage, le traitement et la solidification des éléments hautement radioactifs du liquide. Un travail que les spécialistes devront réaliser au niveau d’un complexe industriel spécialement construit pour ce genre de transformation.
Le problème le plus urgent pour les Japonais est de trouver comment stocker toute cette eau en attendant que le réacteur soit à nouveau maitrisé. Les réservoirs de la centrale sont presque pleins. Pour faire de la place, Tepco a commencé en début de semaine à rejeter l’eau contaminée dans la mer, en espérant que le panache radioactif se diluerait dans le Pacifique.
 
Les règlementations internationales interdisent au Japon de tels rejets en mer s’il existe d’autres solutions techniques disponibles.
 
Ainsi, selon un article publié le 7 avril dans le Los Angeles Times, Tepco envisagerait d’employer des barges et des tankers et notamment une méga flotte pouvant contenir jusqu’à 10.000 m3 d’eau. Le Japon aurait également demandé à la Russie d’envoyer une unité de traitement des radiations appelée Suzuran et utilisé par les Russes pour démanteler les sous-marins nucléaires du port de Vladivostok sur la côte Pacifique russe. Le Suzuran a été construit au Japon il y a maintenant une dizaine d’années.
 
Mais utiliser des barges et des tankers pour stocker même temporairement l’eau contaminée devrait aussi engendrer des problèmes de décontamination des navires.
 
Les experts japonais et américains estiment que la clé du problème réside dans la réduction des volumes d’eau en concentrant les éléments radioactifs par solidification. Transformer la contamination diluée en une forme sèche plus sûre. Cependant, les experts en matière de déchets ne sont pas d’accord sur la méthode à employer.
 
La difficulté à concentrer, puis solidifier, les contaminants dépend du degré de radioactivité de l’eau, le type d’isotopes présents et si le travail peut être réalisé sur le site de Fukushima.
Edward Morse, ingénieur nucléaire professeur à l’université de Berkeley, estime que l’eau doit être rapidement orientée vers des bassins de rétention en béton où elle commencera à s’évaporer de manière naturelle, ce qui aidera à réduire son volume.
 
«Nous devons concentrer le liquide», a déclaré Youichi Enokida, un spécialiste de chimie nucléaire à l’université de Nagoya au Japon. Il est aussi d’avis de stocker l’eau contaminée pour qu’elle se concentre par évaporation, et les experts japonais parlent d’un besoin d’un bassin étanche.
 
«Même avec un bassin de rétention, il faudrait plus de 10 ans pour que la radioactivité décroisse suffisamment pour pouvoir manipuler les matériaux», complète Edward Morse.
Mais d’autres experts considèrent qu’exposer le liquide à l’air libre faciliterait la dispersion dans l’atmosphère de l’iode radioactive et d’autres éléments radioactifs volatiles.
 
Autre facteur aggravant la complexité des opérations de traitement: la présence de tritium ou d’eau lourde, produit pendant la fission. Le tritium ne peut pas être filtré et nécessite un traitement extrêmement coûteux. Les centrales nucléaires possèdent normalement un système de traitement du tritium. Mais les capacités de traitement à Fukushima ne sont pas connues.
 
Youichi Enokida et Edward Morse considèrent que si l’eau peut être concentrée, la contamination pourra être transformée sous forme sèche et même vitrifiée comme prévu à Hanford, Etats-Unis, et sur d’autres sites dans le monde.
Dans le cas contraire, l’alternative serait de traiter l’eau ailleurs dans le pays. Une solution susceptible de déclencher la polémique.
 
Selon Edward Morse, en guise de bilan, le site de Fukushima devra faire face à 6 mois de stabilisation de la crise, 2 années de traitement temporaire, et entre 2 et 30 ans de totale décontamination. Il évoque aussi le problème de la radioactivité des sols limitant la possibilité pour les ouvriers de travailler sur le site pendant des dizaines d’années.
 
Enfin, le Japon devra envisager le stockage définitif du matériel radioactif vitrifié ou transformé en matière sèche. Et pour l’instant, l’Etat nippon commence à peine à s’en préoccuper.
 
 


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