Une diplomatie de l’eau, pour éviter la guerre

Le 26 mars 2013 par Marine Jobert
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L'Euphrate est un enjeu frontalier entre la Turquie, la Syrie et l'Irak.
L'Euphrate est un enjeu frontalier entre la Turquie, la Syrie et l'Irak.
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Après s’être emparé de la question des changements climatiques, le Conseil de sécurité de l’ONU va-t-il désormais considérer la «sécurité de l’eau» comme un enjeu de préservation de la paix et de la sécurité internationales? C’est la proposition que viennent de lui faire des experts internationaux, à l’occasion du 20e anniversaire de la Journée mondiale de l’eau et alors que 2013 a été proclamée «Année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau» par l’Assemblée générale des Nations unies. L’eau, problématique transversale s’il en est, pourrait-elle être le moteur des guerres de demain?

 

Le concept de «sécurité de l’eau», au centre de cette proposition, peut se définir comme «la capacité d’une population de préserver l’accès durable à des quantités adéquates et à une qualité acceptable d’eau pour les moyens de subsistance, le bien-être et le développement socio-économique, pour assurer la protection contre la pollution hydrique et les catastrophes liées à l’eau, et pour protéger des écosystèmes dans un climat de paix et de stabilité politique». La définition devrait être examinée par le groupe de travail de l’Assemblée générale chargé de jeter les bases des objectifs de développement durable post-2015, date-butoir pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces questions ont déjà été âprement discutées par des délégations du monde entier, invitées la semaine dernière par l’ONU à un dialogue par vidéo-conférence sur la coopération dans le domaine de l’eau.


Quelques chiffres donnent une idée de l’ampleur des problèmes, qui touchent à l’agriculture comme à la santé ou à la démographie, en passant par l’émancipation féminine et la stabilité politique. Aujourd’hui, une personne sur trois vit dans un pays où la pression hydrique est modérée; en 2030, près de la moitié de la population mondiale pourrait être confrontée à une pénurie en eau. Tant pour des raisons de changement climatique que de pression démographique, à cause d’aménagements de l’homme (mer d’Aral) ou de conflits frontaliers. Car plus de 90% de la population mondiale vit dans des pays qui doivent partager leurs ressources en eau avec leurs voisins. «La coopération dans le domaine de l’eau n’est plus un choix mais une nécessité», a souligné Irina Bokova, la directrice de l’Unesco. «Est-ce que nous allons, à l’avenir, nous battre pour l’eau ou allons-nous coopérer dans ce domaine?», a demandé le représentant de la Suisse. La «diplomatie de l’eau», qui encourage une gestion équitable de cette ressource, est devenue indispensable, notamment pour la région du Moyen-Orient et celle de l’Asie centrale, où le niveau de l’eau des grands fleuves a décliné de 50% entre 1960 et 2010. Le détournement du cours des fleuves Tigre et Euphrate et l’impact que cela avait eu sur son pays ont été rappelés par le représentant de l’Iraq, qui a appelé à l’élaboration d’un cadre juridique international pour gérer les cours d’eau internationaux dont l’ampleur et le débit, a-t-il expliqué, peuvent être gravement affectés par la construction de barrages en amont.


Autre point d’achoppement: l’accès aux services d’assainissement de base, dont 2,5 milliards de personnes dans le monde sont privées. «Cette situation a un coût humain. On compte 4.500 décès d’enfants par jour à cause de ce problème, ainsi qu’un coût en matière de productivité», a rappelé Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU. «Dans certains villages en Inde, des gens sont équipés d’IPad, alors qu’ils ne disposent pas des services d’assainissement de base», s’est indignée Julia Bucknall, la directrice de l’eau à la Banque mondiale. Le représentant de l’Inde a d’ailleurs attiré l’attention sur l’importance des fosses sceptiques: dans son pays, 80% de la pollution en surface est liée à des défaillances dans ce domaine. Qui est le plus à même de fournir l’eau –et ces services d’assainissement- aux populations? «L’exploitation capitaliste n’est pas compatible avec une gestion durable des ressources en eau», a expliqué José Zamora, le ministre de l’environnement et de l’eau de la Bolivie. «Si l’objectif est de garantir un développement durable», a-t-il fait observer, «toutes les expériences en matière de privatisation de l’eau ont échoué: au lieu d’assurer une bonne gestion de ces ressources, [les entreprises privées] se limitent à les fournir. C’est la société et l’Etat, et non pas les marchés, qui pourront garantir le droit fondamental à l’eau», a-t-il martelé.


La population mondiale devrait augmenter de 2 à 3 milliards de personnes au cours des 40 prochaines années, entraînant ainsi une importante augmentation des besoins alimentaires. Selon ONU-Eau –créée en 2003 pour promouvoir la cohérence et la coordination des initiatives du système des Nations unies dans le domaine de l’eau et qui plaide pour que la question de l’eau soit intégrée de manière prioritaire dans l’Agenda pour le développement post-2015- l’eau destinée à l’agriculture constitue la plus forte pression sur les ressources en eau douce de la planète. «Les méthodes traditionnelles utilisées par les populations autochtones en la matière sont très utiles pour parvenir aux solutions concernant la question de l’eau», a assuré Jeremy Bird, directeur général du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) et l’un des experts qui a interpellé le Conseil de sécurité. Et d’insister sur le fait que la définition de «sécurité de l’eau» va de pair avec la «qualité de l’eau», car des eaux contaminées peuvent compromettre la réalisation des objectifs de développement durable. Des enjeux de taille pour l’Inde et la Chine, qui ont fait remarquer qu’elles devaient, à elles deux, nourrir 38% de la population mondiale avec seulement 4% de ressources mondiales en eau douce, pour l’Inde, et 9% des terres arables mondiales pour la Chine.


L’accès à l’eau est également un élément-clé de l’émancipation féminine. «Ce sont les femmes et les filles qui passent, chaque jour, de nombreuses heures à procurer de l’eau à leurs familles», a rappelé la délégation finlandaise. En moyenne, de l’Afrique à l’Asie, les femmes doivent parcourir 6 kilomètres par jour pour approvisionner leur famille en eau. L’organisation NetWater a proposé que soit créée une «Journée internationale de la femme et de l’eau», entre la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, et celle de la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars.


Des discussions qui reprendront lors de la prochaine conférence internationale sur la coopération dans le domaine de l’eau. Elle aura lieu en août prochain au Tadjikistan, avant le Sommet sur l’eau qui se déroulera en Hongrie en octobre prochain.



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