Une COP toujours à la recherche d’un leader

Le 15 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Contraintes par les négociations pour la formation de son gouvernement, Angela Merkel n'a fait aucune annonce.
Contraintes par les négociations pour la formation de son gouvernement, Angela Merkel n'a fait aucune annonce.
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Après l’abandon du navire climatique mondial par les Etats-Unis, les piètres performances carboniques chinoises, le monde se cherche un pays pour entretenir la dynamique engendrée par la COP 21. Mauvaise nouvelle: il ne se trouve pas en Europe.

 

La présidence fidjienne du sommet climatique de Bonn ne cesse de surprendre. Avec une équipe extrêmement réduite, certes épaulée par la diplomatie marocaine, le plus petit pays à avoir jamais présidé une COP amasse les succès. De l’avis des négociateurs, les discussions se passent bien. Et certains sujets négligés depuis des décennies, à l’instar de la place des femmes ou de l’océan, commencent à aboutir.

 

Malheureusement, devant l’ampleur des défis à relever, Suva (la capitale des Fidji) n’est pas en mesure d’entretenir durablement la dynamique climatique planétaire. Durant les années de préparation de la COP 21, le feu a été entretenu par les chancelleries: française, mais surtout américaine et chinoise.

Tireur de ficelles

Avec le retrait annoncé des Etats-Unis, mais non encore officialisé auprès de l’ONU, nombre d’observateurs ont parié sur une prise de pouvoir de Pékin. Hélas, la Chine n’entend pas se départir de son rôle de tireur de ficelles du groupe des 77. De plus, ses récentes contreperformances climatiques n’en font plus un candidat très crédible. L’an passé, ses émissions carbonées ont bondi de plus de 3%, en partie pour des questions climatiques.

En début de quinzaine, nombre d’observateurs pariaient sur l’annonce de la création du marché unique du carbone de Chine. Las, les officiels ont confirmé en début de semaine que l’unification des marchés régionaux prendrait plus de temps que prévu. Exit, pour le moment, le plus grand marché de quotas de GES de la planète.

Couple franco-allemand

Dans ces conditions, qui donc pour prendre le leadership des négociations climatiques? Le couple franco-allemand? C’est l’illusion qu’entretiennent les deux gouvernements. Cet après-midi, Angela Merkel et Emmanuel Macrin sont intervenus, l’un après l’autre, au mépris de l’ordre protocolaire.

Les discours de la chancelière d’Allemagne et du président français sont-ils complémentaires? Interpellée ce matin par des militants associatifs lui enjoignant de laisser les énergies fossiles dans le sol (en Allemagne, c’est essentiellement de lignite et de charbon que l’on parle), Angela Merkel s’est contentée d’un discours relativement évasif. Les négociations en cours pour la formation d’une coalition de gouvernement restreignent sérieusement sa liberté de parole.

Le lignite aussi

Pour autant, la dirigeante conservatrice a rappelé les engagements climatiques de l’Allemagne, soufflant juste que «le lignite aussi devrait faire des efforts». Une référence à peine voilée aux tractations en cours à Berlin: ses partenaires verts et libéraux s’étripant actuellement sur le nombre de centrales au charbon et au lignite qui devront être fermées durant la prochaine mandature.

Pour sa première COP, Emmanuel Macron n’a pas défailli. Se félicitant d’avoir abandonné des «fétiches irréalistes» (comprendre la fermeture de 17 réacteurs nucléaires d’ici 2025), le président français s’est souvent contenté de formules choc mais creuses. A propos des objectifs de l’Accord de Paris, le locataire de l’Elysée a assuré à la planète que «nous ne lâcherons rien». Emmanuel Macron a enjoint l’Europe de se substituer aux Etats-Unis défaillants pour pérenniser le budget du Giec[1], qui doit produire plusieurs rapports spéciaux (sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C, par exemple). Reste à savoir si les 28 seront d’accord pour réunir quelques millions de dollars par an pour financer le réseau mondial de climatologues. En pleine tractation sur le renforcement du paquet Energie Climat 2030, ce n’est pas acquis.

European first

S’adressant plus aux Européens qu’au reste de la planète, le leader français s’est engagé à financer, en partie, toutes les interconnexions électriques actuellement en projet. Une façon d’utiliser plus efficacement l’énergie produite par les éoliennes et les parcs solaires, a-t-il précisé. En complément, il annonce le lancement d’un programme européen de recherche sur les moyens de stockage de l’électricité.

Plus symbolique, la France rappelle son engagement à fermer toutes ses centrales au charbon d’ici 2023 et à ne pas mettre en service de nouvelles capacités de production au gaz. Facile en période de surcapacité électrique.

Bref, aucun des responsables allemand et français n’a posé un pied sur la plus haute marche du podium climatique onusien. Une façon de céder la place à la Commission européenne? Peu probable.

Interrogé dans la matinée sur l’ambition plutôt décevante de l’UE sur le long terme, le commissaire espagnol s’est employé à se cacher derrière le Parlement européen. «Nous attendons de savoir quelle sera la position du Parlement européen, et si on nous demande de rehausser l’ambition, nous ferons une proposition en ce sens en 2018», a sobrement commenté Miguel Arias Cañete.

 

Planète en surchauffe cherche nouveau leader désespérément.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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