Une coopérative ferroviaire qui va là où les autres ne sont plus

Le 30 avril 2020 par Victor Miget
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Nicolas Debaisieux
Nicolas Debaisieux
RailCoop

Le 30 novembre 2019, à Cajarc dans le Lot, était créé RailCoop, le premier opérateur ferroviaire tricolore sous statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Objectif : reconnecter des territoires par le rail. Nicolas Debaisieux, son Directeur Général, nous en dit plus.

 

Comment est née l’idée de RailCoop ?

Je suis parti m’installer dans le Lot il y a deux ans. J’ai constaté que pour s’y déplacer, la voiture était reine. Le service ferroviaire était quasi inexistant malgré la présence de lignes. Sur place, j’ai rencontré d’autres citoyens qui ont fait le même constat. Et notamment Dominique Guerrée, vice-président de la SCIC CéléWatt, une coopérative de production d’énergie photovoltaïque. De fil en aiguilles, nous nous sommes demandés pourquoi ne pas transposer le modèle de la coopérative dans le transport ferroviaire. Et ce afin de se réapproprier ces lignes, reconnecter des territoires et offrir une alternative à la route.

Quelle a été la première étape avant de créer la coopérative RailCoop ?   

Nous avons d’abord vérifié s’il était possible, d’un point de vue réglementaire, d’installer un opérateur sous le format de la coopérative. Ensuite, s’il existait des lignes inexploitées mais économiquement viables, sans recourir à des subventions publiques. Notre objectif n’étant pas de prendre des parts de marché à la SNCF sur des délégations de service public, ni de se positionner sur le marché libre. Notre but, c’est d’aller là, où le service revêt un enjeu territorial, mais n’est pas couvert faute de rentabilité suffisante.

Où souhaitez-vous vous implanter dans un premier temps ?

Sur la ligne Bordeaux - Lyon en passant par Limoges (démarrage prévu pour 2022 ndlr). Nous échangeons aussi avec le syndicat ferroviaire du Livradois-Forez. Propriétaire de 150km de voies ferrées, il regroupe plusieurs collectivités entre Clermont-Ferrand et Saint-Etienne. Nous réflechissons à une offre de service (pour 2023 au plus tôt ndlr) sur ces territoires peu-denses. Nous discutons aussi avec des chargeurs afin de développer une ligne de fret Figeac-Toulouse qui démarrerait en 2021.  

Quel est selon vous l’intérêt de votre structure coopérative dans le ferroviaire ?

Nous estimons qu’il est important de développer une intelligence collective autour du rail. Il est intéressant d’associer les collectivités, car elles ont une compétence dans l’aménagement du territoire. Mais aussi les bénéficiaires, usagers comme entreprises, car ils ont un intérêt directe à ce que le territoire soit bien desservi. Viennent ensuite les partenaires techniques et financiers qui apportent des capitaux. Et enfin, les cheminots. Tous, au sein de notre gouvernance, ont un poids strictement égal.

Serez-vous propriétaire de l’infrastructure et du matériel roulant ?

Non, nous utiliserons des voies exploitables et nous paieront une redevance à SNCF Réseau. Concernant le matériel roulant (Regiolis d’Alstom ndlr), nous passerons par un loueur de matériel. 

Quels sont vos besoins financiers immédiats ?

Nous souhaitons obtenir la licence voyageurs et fret début 2021. Pour l'obtenir, n'autre capital social (ou garanties équivalentes ndlr) doit être de 1,5 millions d’euros et pour le moment, nous avons réuni environ 110.000 euros. Nous sommes 210 sociétaires et avons pour ambition d’être 3000 à la fin de l’année. En parallèle des discussions sont en court avec des financeurs institutionnels comme des banques et des fonds d’investissements.

Si l’objectif n’est pas rempli fin 2020, nous démarrons quand même notre activité fret qui ne nécessite que 50.000 euros de capital social. Mais nous espérons pouvoir faire d’une pierre deux coups. Vient ensuite un besoin en fonds de roulement pour le démarrage de l’activité. Il faudra embaucher des conducteurs homologués, déposer des garantis de matériel, réaliser des aménagements en gares etc. Un besoin estimé à 4,6 millions d’euros.