Une baisse de moitié de l’usage des pesticides est-elle possible?

Le 11 décembre 2007 par Victor Roux-Goeken
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La réduction de moitié de l’utilisation des pesticides d’ici 10 ans est l’une des mesures phares issues du Grenelle de l’environnement. Si toutes les parties sont d’accord sur le principe, la mise en œuvre de ce plan et son application sont loin d’être résolues.

En environnement aussi, chaque mot compte. Ainsi, le seul nom du comité sur les pesticides, lancé par Michel Barnier le 15 novembre dernier, préfigure une bataille sémantique. Car le comité veut orienter un plan de réduction de l'usage des pesticides. «La première tâche de ce comité sera de définir ce qu'on entend par ‘usages', explique Eric Thybaud, responsable de l'unité d'évaluation des risques écotoxicologiques à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris). Parle-t-on de tonnage, de nombre de traitements, de nombre de molécules retirées de la vente?»

Selon Jean-Claude Bevillard, secrétaire national chargé des questions agricoles chez France nature environnement (FNE), il ne sera pas facile de déterminer ces indicateurs: «Les seuls repères dont nous disposons en matière d'utilisation des pesticides sont les chiffres de l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), qui quantifie l'utilisation en tonnes.» Depuis 1970, cette utilisation a déjà baissé de 50%, explique Eric Thybaud. «Alors qu'il fallait utiliser plusieurs kilogrammes de DDT (1) à l'hectare, les pyréthrinoïdes de synthèse s'utilisent à faible dose, de l'ordre de quelques grammes par hectare. Le tonnage a certes baissé, mais les molécules sont de plus en plus actives et ont toujours un impact environnemental, qu'il s'agit justement de réduire.»

Alors que la Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles (FNSEA) veut un calcul par tonnage, le FNE milite pour un indicateur de fréquence de traitement même s'il admet qu'«on aura de la peine à donner des statistiques nationales, car cet indicateur est surtout intéressant à la parcelle.» L'ONG environnementale ne désespère pas de trouver un terrain d'entente, mais promet d'être «extrêmement vigilante sur l'objectif de 50%. Là où nous sommes inquiets, c'est quand la profession agricole dit qu'il faut produire plus car la quantité de nourriture disponible dans le monde baisse, ce qui n'encourage pas à réduire les usages.»

Autre point sur lequel le comité d'orientation travaille: le retrait de 53 substances actives, acté pour 40 d'entre elles, classées CMR 1 et 2 (2). Selon Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA et président de la commission environnement, «ces molécules devraient être remplacées par des alternatives moins dangereuses, mais il y a encore quelques obstacles sur 5 ou 6 molécules» de ce premier lot. «Quant aux 13 restantes, elles relèvent du ‘si possible'. En effet, certaines sont classées CMR3 et ne seront peut-être pas remplacées.»

La FNSEA n'acceptera pas que «l'interdiction de l'autorisation de mise sur le marché et l'interdiction de l'utilisation tombent en même temps. Il faut d'abord écluser les stocks achetés par les agriculteurs en toute bonne foi, ou alors, ce sera à l'Etat de prendre en charge les stocks restants.»

Le meilleur moyen de réduire l'usage des pesticides est encore de changer les pratiques. Eric Thybaud assure qu'il est possible de réduire cet usage sans baisser les rendements. «La simple modification des itinéraires techniques (3) permet de réduire les traitements. On peut passer de 6 traitements à 1 pour le colza par exemple.»

«Depuis 40 ans, on a oublié l'agronomie et on n'a fait que de la chimie et de la génétique» explique Jean-Claude Bevillard. Ce qui impose de renouer avec l'assolement tous les trois ans, réassocier élevage et culture, remettre des haies entre des parcelles plus petites… «Le problème, c'est qu'on voudrait que cela ne coûte pas alors que, quand on a voulu faire de l'agriculture intensive en 1970, on a accepté de dépenser de l'argent», constate Eric Thybaut.

Pour la FNSEA comme pour FNE, la réduction des usages des pesticides doit se faire dans toute l'Union européenne. «S'il y a interdiction de certaines substances en France, elle doit être reproduite partout dans l'Union, dans les mêmes délais, pour éviter une concurrence déloyale, préconise Pascal Ferey. Je ne veux pas revivre ce qui s'est passé avec les OGM, où l'on interdit d'un côté, mais autorise les importations de l'autre.»



(1) Le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) a été interdit en France en 1971

(2) Les produits cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques sont classés en 3 groupes. CMR 1: produits que l'on sait être CMR pour l'homme; CMR 2: produits pour lesquelles il existe une forte présomption que l'exposition de l'homme peut provoquer ou augmenter la fréquence d'apparition des effets CMR; CMR 3: produits préoccupants pour l'homme en raison d'effets CMR possibles mais pour lesquelles les informations disponibles sont insuffisantes pour classer ces substances et préparations dans la catégorie 2.

(3) Un itinéraire technique comprend toutes les étapes de la culture, du semis à la récolte





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