Une agriculture sous tensions

Le 24 juin 2018 par Marine Jobert
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Boira t-on encore du Bordeaux en 2050?
Boira t-on encore du Bordeaux en 2050?
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Présente sur la moitié du territoire, l’agriculture en Nouvelle-Aquitaine va devoir engager des transformations importantes, pour maintenir ses ressources en sol et en eau, pérenniser son élevage et ses cultures et amortir les risques sanitaires. La maïsiculture pourra-t-elle se maintenir? Le vin sera-t-il toujours aussi bon?

Le manque d’eau. Des sols fragilisés. Des cultures et des élevages perturbés. Les pathogènes dopés. Voici quelques-uns des défis auxquels l’agriculture de Nouvelle-Aquitaine va être confrontée, comme dans d’autres régions, selon le rapport AcclimaTerra publié le 1er juin. La question est de taille, puisque les activités agricoles, qui couvrent la moitié de la région, sont tout à la fois un enjeu économique majeur, d’aménagement du territoire et de maintien de la biodiversité. Et que le dérèglement climatique, qui les affecte déjà, sera particulièrement marqué.

Erosion des sols limoneux

Bien qu’ils soient caractérisés par une grande incertitude, les scénarios d’évolution du climat régional prévoient davantage de pluies pendant l’hiver et une fréquence accrue des événements extrêmes (fortes pluies, grêles). Ce sont les sols limoneux du sud de la région (Gironde, Lot-et-Garonne, Dordogne, sud des Landes et Pyrénées-Atlantiques), issus des terrasses anciennes des principaux fleuves, qui risquent le plus de subir une ablation accélérée. Mais des départements jusqu’ici épargnés risquent d’être bientôt concernés. Un phénomène d’autant plus puissant que les terres agricoles seront gagnées par le bitume et les pratiques agricoles «inadaptées». Les solutions sont connues: réduction de l’entretien du taux de matière organique des sols, présence d’un couvert végétal en permanence, en particulier en hiver, maintien des prairies et d’infrastructures écologiques (haies, bandes enherbées).

Tensions d’usage de l’eau

L’agriculture régionale est responsable de 37% de l’ensemble des prélèvements d’eau régionaux (contre 40% pour l’eau potable et 23% pour l’industrie et l’énergie), une eau trustée essentiellement par la maïsiculture via l’aquifère. Les rivières sont également mises à contribution, ce qui ne pose pas de problème pour l’instant au sud de la région (1.400 millimètres de pluie par an dans le Pays Basque), ce qui est déjà loin d’être le cas dans le nord (600 mm de pluie par an dans le nord des Deux-Sèvres). «Les étiages seront plus précoces, plus sévères et plus longs, accroissant les tensions pour l’usage de l’eau agricole», anticipe le rapport. Que faire? Poursuivre les efforts pour économiser l’eau d’irrigation. Mettre en place des systèmes agroforestiers permettant de valoriser l’eau stockée en profondeur. Choisir des cultures moins consommatrices en eau ou plus tolérantes à la sécheresse. Et le rapport de suggérer le remplacement du maïs par du sorgho (voir encadré), mais aussi celui de certaines productions animales, dont les performances vacillent sous l’effet de la chaleur.

Maïs en danger. Si la productivité du blé et du tournesol devrait se maintenir en dépit de conditions météorologiques dégradées, celle du maïs baissera probablement d’environ 10 quintaux à l’hectare en 2050 et 15 q/ha à la fin du siècle malgré l’irrigation (à comparer avec une production de 90 q/ha en moyenne en 2015), surtout en raison d’une diminution du nombre de jours de remplissage des grains. Le blé devrait profiter de la concentration croissante en CO2, mais ce ne sera pas le cas du maïs, qui pourrait en outre avoir besoin d’un supplément d’irrigation (de l’ordre de 40 mm/an à l’horizon 2050), ce qui exacerberait la contrainte sur la ressource en eau. «Cette situation pose la question de la viabilité à moyen ou long terme de la production du maïs dans la région», en conclut l’équipe d’AcclimaTerra.

Les ravageurs à la fête

Le changement climatique et la globalisation (changement de pratiques, transport, modification des lois sur les pesticides…) va aussi augmenter le niveau de prédictibilité des interactions, spatiales et temporelles, entre les cultures et leur environnement. «Face à cet environnement changeant, il est très difficile, voire impossible, de prévoir quels seront parmi les ravageurs des cultures (au sens général agents pathogènes, insectes, adventices) ceux qui s’adapteront le mieux.» Tout en consacrant un paragraphe convenu aux vertus de l’agro-écologie et en rappelant bien que la virulence des invasions de prédateurs observée ces dernières années est la conséquence de «l’absence d’antagonistes» -c’est-à-dire d’une entomofaune et d’une population aviaire décimées par les pesticides-, les auteurs soulignent que «la réduction des pesticides instaurée par les différents plans nationaux et européens risque également de faire émerger ou réémerger des maladies disparues, auxquelles les acteurs devront être sensibilisés». Quelques jours après la publication d’AcclimaTerra, la région Nouvelle-Aquitaine a publié le premier volet d’une étude consacrée à l’état de sa biodiversité et de ses rôles dans les activités humaines, qui porte sur les effets de l’agriculture en plaine et en grandes cultures. En ligne de mire, l’usage des pesticides, qui déciment les pollinisateurs.           

Les fruits n’ont pas la pêche

Les productions fruitières passeront-elles le cap? Car à tous les stades de la maturation des fruits, c’est la débandade. Des dates de débourrement et de floraison précoces (jusqu’à 11 jours déjà) qui exposent pommes, poires et prunes au gel. Une désynchronisation de la floraison entre variétés productives et variétés pollinisatrices. Des températures trop élevées en été et en automne qui prolongent la dormance, que des hivers trop doux aggraveraient. «Les irrégularités de production naturellement présentes chez des espèces fruitières (on parle d’alternance) pourraient être exacerbées du fait du changement climatique», en conclut le rapport. Des travaux de recherche sont en cours pour sélectionner des fraises et des cerises qui ne souffriraient pas trop de températures élevées ou d’irrégularités pluviométriques.

Le vin évolue

La vigne, enfin, production régionale majeure (29% de la superficie viticole nationale, deuxième région viticole française avec 228.000 hectares de vignobles), pourrait connaître des bouleversements majeurs pour son développement, sa production, mais aussi et surtout la composition du produit final récolté (les raisins), certains cépages, comme le merlot, n’étant pas adapté au climat qui s’annonce. Augmentation de la teneur en sucre. Baisse d’acidité. Composés phénoliques altérés. Arômes affectés. Les effets du dérèglement climatique sont déjà à l’œuvre et les recherches pour les contrer fort nombreuses (sur les levures, les tailles, les cépages). L’eau ne devrait pas être un enjeu d’importance avant 2050 sur la façade atlantique, mais attention à veiller à maintenir une disponibilité en azote suffisante en sol sec.

 

 



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