Un verre d’eau, combien de pesticides?

Le 05 septembre 2013 par Marine Jobert
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Peu de pesticides sont effectivement mesurés dans l'eau potable, en France.
Peu de pesticides sont effectivement mesurés dans l'eau potable, en France.
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Parce que nous avons besoin de boire tous les jours, nous ingérons quotidiennement quantité de pesticides. L’information n’est pas nouvelle, mais l’Anses s’est demandée dans quelle proportion l’eau du robinet nous exposait et si l’exposition variait selon le lieu. Au plan réglementaire, RAS. Mais de nombreuses zones d’ombre demeurent.

Les autorités sanitaires recommanderont-elles bientôt aux publics sensibles –notamment les femmes enceintes et les enfants- de «boire bio»? L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de publier un rapport d’expertise consacré à «l’évaluation des risques liés aux résidus de pesticides dans l’eau de distribution - Contribution à l’exposition alimentaire totale», qui intéressera tous ceux que la question des pesticides dans l’alimentation inquiète. Trois questions charpentent la démarche: quelle est la contribution de l’eau du robinet à l’exposition alimentaire totale aux résidus de pesticides? observe-t-on une variabilité régionale? quels sont les risques liés à la consommation d’eau du robinet? Des réponses rassurantes, au plan règlementaire, mais qui n'empêchent pas l'Anses de recommander de pousser plus loin les investigations.

106 pesticides retenus sur 501

Conduite dans le cadre de l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) et financée par l’Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) au titre du plan Ecophyto, cette étude était importante puisque, chaque jour, les Français boivent des quantités d’eau du robinet qui représentent entre un quart et un tiers de la quantité totale d’aliments ingérés. Or les pesticides sont présents quasiment dans toutes les masses d’eau, leur concentration variant fortement en fonction des pratiques agricoles. Pour la période 2007-2009, l’Anses a fait remonter plus de 21.000 stations de prélèvement du réseau de contrôle sanitaire du ministère chargé de la santé, représentant environ 80.000 prélèvements et 5,7 millions d’analyses. Pour les petites unités de distribution -les plus fréquemment concernées par des détections de résidus de pesticides dans l’eau- 3.000 stations de prélèvement ont été considérées, correspondant à environ 14.000 prélèvements et 860.000 analyses. Près de 500 substances ont été recherchées au total (mais pas dans tous les prélèvements), allant des pesticides utilisés en agriculture aux biocides et jusqu’à certains médicaments antiparasitaires humains ou vétérinaires. 106 pesticides ont pu être retenus pour l’évaluation des expositions chroniques en population générale et 70 pour les expositions aigües.

 

Conformité réglementaire

Premier constat: c’est l’alimentation solide qui reste la grande voie d’entrée des pesticides, l’eau du robinet contribuant à l’exposition alimentaire totale à hauteur de moins de 5% (sauf pour 8 pesticides[1] et leurs métabolites). La contribution moyenne
de l’eau de distribution à la dose journalière admissible[2] est inférieure à 1%, quels que soient les pesticides, les sous-populations (adultes et enfants de 3 à 18 ans) ou les régions. Aucune valeur d’exposition hydrique individuelle ne dépasse la valeur toxicologique de référence[3], quelle que soit la substance considérée et quelle que soit l’hypothèse sur le niveau résiduel de contamination.

 

Deuxième constat: pour 82% des stations de prélèvement considérées dans cette étude, le niveau de contamination est nul ou inférieur aux normes de qualité réglementaires. Les dépassements observés dépendent toutefois des substances observées, mais aussi du lieu de résidence. «On observe une variabilité régionale importante de l’exposition hydrique. Celle-ci s’explique en partie par la diversité des pratiques culturales à l’intérieur des régions étudiées», écrit l'Anses.

 

Troisième constat: les valeurs maximales sanitaires calculées à partir des données d’exposition observées «sont supérieures à celles recommandées par l’Anses, en considérant une contribution théorique de 10% à la DJA attribuable à l’eau de distribution». Il n’est donc pas nécessaire, estime l’Anses, de procéder à des modifications des modalités de fixation des valeurs sanitaires maximales.

80% des substances écartées

Au final, si l’Anses préconise de ne rien changer dans la façon de fixer les valeurs sanitaires maximales (qu’elle a elle-même fixées précédemment), elle recommande de maintenir, voire de renforcer, l’effort de surveillance de l’eau du robinet «dans les unités de distribution de petites tailles et pour les substances pour lesquelles il n’a pas été possible de conclure dans la présente étude», c’est-à-dire 80% des substances. Elle encourage le lancement de travaux de recherche supplémentaires «pour mieux connaître les effets sur la santé de certains pesticides», et pour «estimer les effets cumulés et les effets aux faibles doses pour les pesticides de type perturbateurs endocriniens».



[1] Atrazine, simazine, oxadixyl, propoxur, benalaxyl, métolachlore, diuron, hexaflumuron.

[2] La DJA est définie par l’OMS comme la dose qui peut être ingérée tous les jours pendant toute la vie, sans risque appréciable pour la santé du consommateur.

[3] Les VTR permettent de calculer, en fonction des concentrations auxquelles sont exposées les personnes, si les niveaux de risque sont supérieurs à la limite d'acceptabilité.

 



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