Un vaste complexe aquacole suscite l’inquiétude en Polynésie

Le 29 mai 2018 par Stéphanie Senet
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L'exploitant compte produire 50.000 tonnes de poissons par an
L'exploitant compte produire 50.000 tonnes de poissons par an

L’atoll polynésien de Hao, qui a servi de base militaire pendant les essais nucléaires français, doit désormais accueillir une gigantesque ferme aquacole dont les effets sur l’environnement restent incertains.

 

Situé à 900 kilomètres de Tahiti, l’atoll de Hao porte encore les stigmates des PCB[1] et des métaux lourds[2] hérités de son passé de base avancée aux essais nucléaires menés de 1966 à 1996. N’empêche. Le gouvernement polynésien a mis les bouchées doubles pour accueillir le faramineux projet aquacole porté par la société chinoise Tahiti Nui Ocean Food. Le cadeau comprend en particulier une exemption des taxes à l’importation et de l’impôt foncier pendant 30 ans[3].

 

50.000 tonnes de poissons par an

La ferme vise une production annuelle de 50.000 t de poissons tropicaux selon Tahiti Infos, principalement le mara ou Napoléon (Cheilinus undulatus), le tonu (Plectropomus laevis) et le hapu’u ou kito (Epinephelus polyphekadion). Avec un investissement de 268 millions d’euros, elle doit accueillir des unités d’écloserie et de pré-grossissement (environ 48.000 mètres carrés de bassins), des parcs à poissons pour élevage, une usine de découpe et de conditionnement, et 132 bateaux (125 navires pour le nourrissage en lagon, 2 transporteurs frigorifiques pour le fret entre Papeete et Hao, 5 bateaux-plateformes pour les cages et l’approvisionnement en nourriture). Sans oublier le centre d’hébergement du personnel, la centrale électrique, la station d’épuration et de désalinisation, et le centre de recherche.

 

Etude d’impact partielle

Si le projet a été officiellement autorisé par un arrêté du conseil des ministres polynésien publié le 6 avril au Journal officiel, l’étude d’impact ne précise pas ses conséquences sur le milieu lagunaire. Ses 394 pages ne visent que les installations terrestres, au motif que le grossissement des espèces sera confié, dans un deuxième temps, à des aquaculteurs polynésiens...

 

Du nano-argent pour le nettoyage

Pourtant, la croissance de 90 t de poissons installés dans une centaine d’écloseries et de nurseries nécessite le renouvellement quotidien de l’eau de mer[4] chargée en effluents organiques (aliments non ingérés, excrétions métaboliques, matières fécales, voire des poissons morts).

Par ailleurs, si le rapport présenté par Tahiti Nui Ocean Food indique qu’aucun antibiotique ni antifongique ne sera utilisé, la désinfection sera réalisée avec des nanoparticules d’argent à la place de produits phytosanitaires. Problème: aucune étude n’est disponible sur les effets du nano-argent sur l’environnement marin, et plusieurs experts appellent à la vigilance, la toxicité du composé sur plusieurs types de cellules, notamment du foie, ayant été démontrée in vitro.

 

Quid de la ciguatera?

Autre point d’interrogation: la ciguatera. La plus fréquente des intoxications alimentaires dues aux produits de la mer touche, au minimum, entre 50.000 et 100.000 personnes par an en Polynésie française. 125 cas ont été identifiés depuis 2007 sur le seul atoll d’Hao, à cause de l’ingestion de poissons empoisonnés par cette toxine.

 



[1] polychlorobiphényles

[2] Selon une étude du ministère de la défense polynésien publié le 25 juin 2012

[3] Ces exonérations sont étendues aux constructions préfabriquées et au gazole

[4] environ 10% de chaque bassin

 



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