Un troisième ours tué par balles dans les Pyrénées françaises

Le 10 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Il s'agit du troisième ours tué par balles dans les Pyrénées françaises depuis 1997.
Il s'agit du troisième ours tué par balles dans les Pyrénées françaises depuis 1997.
OFB

La macabre découverte ravive le conflit opposants anti et pro ours.

La guéguerre opposant les anti ours à l’Etat vient de connaître un nouveau et tragique épisode. Alors qu’ils effectuaient des constats de prédation à la demande d'éleveurs, des agents de l’Office français pour la biodiversité ont découvert, mardi 9 juin, le cadavre d’un mâle à Ustou, à proximité de la station de ski de Guzet (09).

Probablement âgé de 4 à 5 ans, l’ours abattu ne portait pas de collier de géolocalisation, contrairement aux ours slovènes relâchés, ces dernières années, dans le massif pyrénéen.

Décédé depuis plusieurs jours, l’ursidé porté des traces de tirs par balles, a indiqué le procureur de la république. La ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne, a indiqué, dans la soirée, que l’Etat allait porter plainte pour destruction d’espèce protégée. Cet acte est passible de 3 ans de prison et de 150.000 € d’amende, rappellent, dans un communiqué, 11 associations de protection de la nature, qui ont décidé d’ester en justice séparément. L’enquête a été confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Saint-Girons (09).

une pensée aux brebis

Du côté des anti-ours, on ne se réjouit pas ouvertement de la mort du plantigrade. Mais c’est tout comme. Dans un communiqué, l’Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège-Pyrénées adresse ses «pensées […] vers les centaines de brebis qui pâturaient paisiblement et qui ont été tuées par cet ours et ses congénères.» L’ASPAP fustige ensuite les ONG environnementales: «les coupables ne sont pas ceux que l’on croit : de l’autre côté du fusil, il y a d’abord les associations pro-ours incendiaires, manipulatrices de l’opinion publique. Adet, Férus, ce sont elles qui ont semé la guerre et la discorde dans les Pyrénées, aveuglées par leur mythe de nature sauvage incendiaires?» Un paragraphe vise enfin les services publics. «La technocratie de l’ours qui de Bruxelles en passant par Paris jusqu’à Foix a noirci des pages de théories fumeuses sur l’illusoire cohabitation entre des ours carnivores et des troupeaux.»

commando armé

Après Melba (en 1997) et Canelle (en 2004), il s’agit du troisième ours tué par balles depuis le début des réintroductions. Jusqu’à présent, un seul chasseur a été condamné pour de tels faits. En septembre 2017, un commando d’hommes masqués et armés avait annoncé, dans une vidéo, la réouverture de la chasse à l’ours en Ariège et son intention «de mener une résistance active face aux agents de l’État»

C'est le deuxième ours retrouvé mort dans les Pyrénées cette année. En avril, la dépouille de Cachou, un mâle de 5 ans, avait été découverte dans le Val d'Aran (Espagne), sans que les causes de sa mort n'aient été divulguées par les autorités espagnoles.

Ces incidents interviennent alors que l’Etat doit présenter, dans les prochaines semaines une nouvelle «feuille de route pastoralisme et ours». «Elle actera une augmentation des moyens financiers par rapport à 2019 de plus de 500 000 euros supplémentaires», a indiqué le ministère de la transition écologique.

Il y a deux ans, le tribunal administratif de Toulouse avait condamné l'Etat français pour l'insuffisance de sa protection de l'ours pyrénéen. Les juges avaient notamment déploré que les gouvernements n'aient pas honoré leur promesse de 2010 de procéder au remplacement systématique des individus décédés accidentellement.