Un seul gaz de houille et deux réalités géologiques

Le 10 septembre 2013 par Marine Jobert
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Le site de Gazonor, à Avion, dans le Nord-Pas-de-Calais.
Le site de Gazonor, à Avion, dans le Nord-Pas-de-Calais.

Le ministère de l’écologie entretient-il volontairement le flou en ne distinguant pas entre le gaz de couche et le gaz de mines? Généralement désignées sous le vocable de gaz de houille, ces deux réalités géologiques ne requièrent pourtant pas les mêmes techniques pour en extraire le méthane. Les opposants au gaz de schiste s’inquiètent de cette confusion.

Le diable est dans les détails… Il y a un an, Hervé Féron, député socialiste, interrogeait Delphine Batho «sur les dangers liés à l'exploitation du gaz de houille (…) qui, au même titre que le gaz de schiste, fait partie des gaz non conventionnels. L'exploitation de ces gaz, qui se fait selon la méthode de la fracturation hydraulique, s'avère gravement nuisible pour l'environnement et la population», estimait l’élu de Meurthe-et-Moselle. Il soumettait alors l’idée «d'étendre le moratoire sur le gaz de schiste à l'ensemble des gaz dits ‘non conventionnels’, dont le gaz de houille». Un an plus tard, voici venue la réponse de l’hôtel de Roquelaure, alors que le gaz de houille va faire officiellement l’objet d’un tarif d'achat spécifique pour permettre la production d'électricité à partir de gaz de houille ou grisou extrait d'anciennes mines de charbon dans le Nord-Pas-de-Calais par la société Gazonor.

 

Pas de fracturation hydraulique

Après un rappel fort général («le gaz de houille, appelé encore gaz de charbon ou grisou, est un gaz (…) contenu dans les veines du charbon») le ministère de l’écologie indique que «l'extraction de ce gaz nécessite le recours à la technique du forage horizontal, identique à celle employée pour la production de pétrole ou de gaz conventionnels (…) L'exploitation du gaz de houille ne nécessite pas de forage suivi d'opérations de fracturation hydraulique de la roche».

 

Flou sémantique

Problème: sous le vocable «gaz de houille», il y a deux réalités géologiques et technologiques différentes, comme l’avait rappelé le pré-rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) consacré aux techniques alternatives à la fracturation hydraulique. Le document distinguait entre deux types de ressource: le gaz de mines et le gaz de couche. Le premier est «issu de mines de charbon (…) et récupéré par pompage depuis 1975, par exemple dans les mines désaffectées du Nord-Pas-de-Calais». Le second, «produit à partir de couches de charbon n’ayant pas donné lieu à exploitation minière classique, en raison de leur profondeur ou de leur mauvaise qualité», est souvent qualifié de ‘coalbed methane’: sa récupération nécessite le recours à la fracturation hydraulique, comme le confirme l’Institut français du pétrole-Energies nouvelles dans un document édité en 2011. Alors, de quel gaz est-il question, sous la plume du ministère de l’écologie?

 

Le BRGM et l’Ineris sur le pont

«En ce qui concerne spécifiquement le gaz de houille, le gaz de mines est exploité depuis 1992 dans le Nord-Pas-de-Calais et, depuis les années 2000, un certain nombre de permis de recherche ont été déposés, notamment en région Lorraine. Leur renouvellement est en cours d'instruction», indique-t-il dans sa réponse. De quoi intéresser les collectifs français opposés au gaz de schiste, réunis récemment à Lille à l’initiative du «Collectif Houille-ouille-ouille 59/62», qui craignent que des permis aient été octroyés «pour l’exploration des gaz de couche (…), entre autres dans le Nord-Pas-de-Calais (Permis «Sud-Midi» et «Valenciennois»)». Ils s’inquiètent également de certaines demandes de permis, notamment le permis «Nord-Cambrai», «dont l’instruction vient d’être réactivée par un avis de mise en concurrence européenne» et du permis «Bleue-Lorraine Sud» en Moselle, «qui a été prolongé». Pour éclaircir la situation, un état complet des connaissances scientifiques sur l'impact environnemental des techniques d'extraction du gaz de houille a été commandé par le ministère de l’écologie au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris). Les deux organismes devraient rendre prochainement leur rapport sur le sujet.

 

 



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