Un riz GM sans méthane

Le 22 juillet 2015 par Romain Loury
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De 7% à 17% des émissions de méthane
De 7% à 17% des émissions de méthane
IRRI

Une équipe chinoise a mis au point un riz génétiquement modifié qui a le double avantage d’émettre moins de méthane tout en étant plus nutritif. Des résultats prometteurs, mais qui soulèvent bien des questions éthiques et environnementales.

Les OGM seraient-ils en train de s’acheter une bonne conduite? Bêtes noires des écologistes, voici que certains d’entre eux sont développés pour lutter contre le réchauffement climatique. Ils constituent d’ailleurs l’un des outils proposés par certains tenants de l’agriculture climato-intelligente («Climate-Smart Agriculture»), nouveau concept qui suscite autant d’espoir que de méfiance (voir le JDLE).

Dans son édition de mercredi 22 juillet, la revue Nature en offre un nouvel exemple, avec la description par une équipe chinoise d’une variété GM de riz dans laquelle a été introduit un gène issu de l’orge, SUSIBA2 (Sugar Signalling in Barley 2). Ce gène a pour effet de favoriser la production d’amidon dans le grain et la tige, au détriment des racines.

Or plusieurs études l’ont montré: les variétés naturelles de riz qui produisent des grains plus amidonnés, donc plus nourrissants, émettent moins de méthane. La raison en est que les sucres, produits par photosynthèse au niveau des feuilles, y sont acheminés en plus grande quantité vers la tige et le grain, au détriment des racines.

Plus d’amidon, moins de GES

Baignant dans l’eau, les racines nourrissent une large population de bactéries méthanogènes, par les éléments carbonés qu’elles libèrent. Et l’effet est loin d’être marginal: avec 7% à 17% des émissions mondiales de méthane, la riziculture est considérée comme la première source anthropique de ce puissant gaz à effet de serre.

Pari réussi pour les chercheurs chinois, le riz SUSIBA2 est non seulement plus nutritif qu’une variété non-GM, avec 86,9% d’amidon au niveau du grain (en poids sec) contre 76,7% pour un riz non modifié, mais il dégage aussi moins de méthane: -90% juste avant la floraison, et même -99,7% après!

Selon l’équipe, «le riz SUSIBA2 constitue un moyen durable de fournir des quantités accrues d’amidon pour la production alimentaire, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre issues de la riziculture. Cette approche pourrait être particulièrement intéressante face au réchauffement, qui va accroître les émissions de méthane dans les rizières».

Vraiment plus écologique?

Tout en saluant cette découverte, Paul Bodelier, microbiologiste à l’Institut néerlandais d’écologie de Wageningen, s’interroge sur ses diverses conséquences. Qu’elles soient d’ordre éthique (effets sanitaires des OGM, propriété industrielle, etc.) ou biologique: disposant d’un moindre réseau racinaire, cet OGM pourrait radicalement modifier l’écosystème des rizières.

Outre les méthanogènes, il pourrait bouleverser l’ensemble de la population microbienne, parmi lesquelles figurent aussi bien des bactéries pathogènes que bénéfiques pour la plante. Chez ces dernières, certaines transforment la matière organique issue des racines en éléments nutritifs. Si ceux-ci venaient à manquer, le riz GM pourrait nécessiter plus d’engrais, conduisant à d’autres dommages environnementaux.

«Le fait d’acheminer plus de carbone vers les tiges et les grains de riz permettrait certes de court-circuiter le cycle du méthane, mais cela pourrait affecter de nombreux processus impliquant le carbone présent dans le sol, les nutriments et l’activité microbienne, avec des effets inconnus sur les effets environnementaux de la riziculture», conclut Paul Bodelier.



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