Un prix Nobel appelle à boycotter les revues scientifiques

Le 13 décembre 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Randy Schekman, chercheur américain.
Randy Schekman, chercheur américain.
DR

Il en a profité, mais maintenant, c’est fini: le prix Nobel 2013 de physiologie ou de médecine, l’américain Randy Schekman (récompensé avec deux autres chercheurs pour leurs découvertes sur le système de transport à l'intérieur de la cellule) refusera désormais de passer sous les fourches caudines des revues scientifiques. Il annonce qu’il renonce à faire paraître la moindre découverte dans tous les Nature, Cell et autres Science qui font et défont les carrières et la recherche mondiales. Selon lui, la pression exercée pour publier dans ces «luxueuses» revues entraîne les chercheurs à prendre des raccourcis intellectuels et à s’investir dans des sujets «dans le vent», au détriment de recherches plus nécessaires. Un phénomène exacerbé par des rédacteurs en chef qui ne sont pas des scientifiques en exercice, mais des professionnels du secteur; lesquels mettent en avant les études qui ont le plus de chance de faire le «buzz».

 

Dans une tribune publiée dans le quotidien britannique The Guardian, il brocarde ces revues censées être la «quintessence de la qualité». «Mais une part seulement de leur réputation est méritée. Alors qu’elles publient beaucoup d’articles remarquables, elles ne publient pas uniquement des articles remarquables (…) De la même façon que les designers de mode qui créent des sacs à main ou des costumes en édition limitée, ils savent que la rareté nourrit la demande, alors ils limitent artificiellement le nombre de papiers acceptés.» Un système également gangréné par la course à la citation: plus un article est cité, plus la revue est valorisée et plus le chercheur en récolte les fruits en termes de bourses ou de promotion. Et peu importe la qualité scientifique de la recherche ainsi valorisée. «Un article peut être copieusement cité parce qu’il s’agit de bonne science, ou parce qu’il attire l’œil, est provocateur ou erroné. Les rédacteurs en chef le savent, qui acceptent des articles qui feront des vagues parce qu’ils touchent à des sujets sexy.»

 

Le grand perdant de ce système vicié, c’est la science, déplore Randy Schekman. Car non seulement cela oriente les recherches, mais cela limite la publication des études qui répliquent des recherches antérieures, indispensables. «De la même façon que Wall Street a besoin de rompre avec la culture du bonus, qui conduit à des prises de risque, rationnelles pour les individus mais dangereuses pour le système financier, la science doit rompre avec la tyrannie des revues luxueuses. Le résultat en sera une meilleure recherche pour servir mieux la science et la société», conclut le prix Nobel.

 

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus