Un prix fort du carbone, sinon rien

Le 03 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En fort développement, les énergies renouvelables resteront marginales à moyen terme.
En fort développement, les énergies renouvelables resteront marginales à moyen terme.
Statoil

Dans un rapport sur le futur des énergies, BP montre que sans une très forte taxation des émissions carbonées, il sera difficile de mener une transition énergétique susceptible de stabiliser le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle.

Voilà une petite étude que devrait conserver en permanence spécialistes et commentateurs des négociations climatiques. Publié ce mardi 3 novembre, le rapport de BP sur les technologies de l’énergie dessine un avenir énergétique mondial plausible. Une bonne façon (chiffres crédibles à l’appui) de se remémorer quelques fondamentaux.

20 fois la demande

L’énergéticien britannique commence par balayer toute crainte de pénurie, globale ou sectorielle. Selon ses calculs, BP estime ainsi que le volume de ressources énergétiques «techniquement récupérables» en 2050 atteint le chiffre faramineux de 455 milliards de tonnes équivalent pétrole (TEP) par an: plus de 20 fois la demande d’énergie primaire escomptée. Une petite moitié de cette énergie, potentiellement utilisable, est d’origine solaire. Viennent ensuite le nucléaire et les géothermies.

Est-ce la fin de l’ère pétrolière? Que nenni, répond évidemment le pétrogazier. Car si nous avons déjà extrait, dans l’histoire, 2.000 Md de TEP, les gisements d’hydrocarbures sont loin d’être à sec. Avec les technologies actuelles, 4.800 Md de barils équivalent pétrole (BEP) sont récupérables. Soit environ le double de ce que consommera l’humanité d’ici 2050.

Du pétrole toujours moins cher

Toutefois, avec les progrès attendus dans le numérique, l’imagerie sismique ou les technologies d’extraction d’huile et de gaz non conventionnels, les pétroliers disposent probablement de 7.500 Md de BEP de réserves récupérables durant les trois prochaines décennies. Sans pour autant craindre une inflation des coûts de production. A elles seules, avancées et ruptures technologiques devraient accroître d’un tiers le volume d’hydrocarbures récupérables, tout en abaissant d’un quart les coûts d’extraction, souligne le rapport.

Pas étonnant, dès lors, que l’Humanité accroisse sa consommation d’énergie de près de 40% ces 20 prochaines années, en grande partie en brûlant du gaz et du pétrole[1]. Bien sûr les renouvelables seront aussi de la partie. Hors grande hydraulique (honnie par les environnementalistes) et l’utilisation de la biomasse, les renouvelables contribuent pour 3%[2] de l’énergie primaire mondiale. Avec leur rythme de développement effréné, ce taux pourrait atteindre 8% en 2035. Impressionnant, mais toujours marginal.

L’exemple suédois

La solution viendra-t-elle de la tarification du carbone? Tout dépend du niveau de cette contrainte. Selon BP, l’émission d’une tonne de CO2 devra coûter 80 dollars (73 €) pour totalement disqualifier le charbon[3]. A 40 $, la taxation du gaz carbonique reste insuffisante et le coût de production du mégawattheure électrique charbonnier reste comparable à celui de l’éolien terrestre, mais inférieur à celui du nucléaire.

Pour les carburants, c’est encore pire. Même avec la plus forte taxation (80 $/tCO2), l’essence et le gazole resteront compétitifs par rapport au gaz naturel pour véhicule, et à l’électricité.

Pour mémoire, sur la quinzaine de pays (ou régions) qui ont instauré une taxation du carbone, seule la Suède a nettement infléchi sa consommation d’énergies fossiles. Il est vrai que le niveau de taxation du carbone est particulièrement élevé: 168 €/tCO2. Inimaginable ailleurs.

 



[1] Dans le même temps, les émissions de CO2 devraient bondir de 25%.

[2] Mais 6% de l’électricité mondiale, soit deux fois moins que l’énergie nucléaire.

[3] La simulation a été faite sur le marché de l’électricité US.

 



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