Un premier plan Chlordécone aux résultats mitigés

Le 21 mars 2012 par Romain Loury
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Le chlordécone a été utilisé dans les champs de banane
Le chlordécone a été utilisé dans les champs de banane

Le bilan du premier plan Chlordécone, mené en 2008-2010 dans les Antilles françaises, est «globalement mitigé», malgré «de réelles avancées», selon un rapport (http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/007645-01_rapport-et-annexes_cle5b2599.pdf) du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), publié le 6 mars.

Interdit en 1993 en Martinique et Guadeloupe (en 1990 en métropole), ce pesticide utilisé contre le charançon du bananier a été au centre d’une vive polémique en septembre 2007, avec la publication d’un rapport de Dominique Belpomme [1] faisant état d’une possible «catastrophe sanitaire» (cancer de la prostate, malformations congénitales, etc.).

Ce qui a poussé le gouvernement à lancer un plan d’action 2008-2010, puis un deuxième l’an dernier, pour la période 2011-2013. C’est ce premier plan dont le bilan vient d’être publié par le CGEDD. Entre autres critiques, «l’absence de stratégie et un pilotage inefficient», notamment en raison de «modes de financement fragiles et complexes».

Au lieu d’une stratégie à moyen et long terme de réduction de l’exposition, «l’ambition implicite du plan était de rassurer à court terme», souligne le rapport. Un objectif a posteriori bien dépassé, alors que l’étude Karuprostate, publiée en 2010, a confirmé le risque accru de cancer de la prostate chez les hommes les plus exposés.

Le CGEDD regrette par ailleurs la restriction du plan à une seule molécule -alors que d’autres comme la dieldrine continuent à imprégner les sols antillais-, ainsi que l’insuffisance «manifeste» du suivi des travailleurs agricoles de la banane. Sur d’autres points, le plan obtient grâce auprès du conseil général, malgré quelques «insuffisances».

Action 1 du premier plan, la cartographie des sols contaminés a certes progressé, mais à un rythme insuffisant: le CGEDD estime à 40.000 le nombre d’échantillons à analyser, contre 2.000 par an à l’heure actuelle. A ce rythme, il faudra donc 20 ans pour obtenir une carte complète. De plus, «les multiples transports de terre contaminée, par exemple à l’occasion de travaux publics ou de construction, n’ont semble-t-il pas été suffisamment pris en compte».

Le CGEDD accorde un bon point à l’analyse des eaux terrestres et littorales, qui a permis de «prendre la mesure de l’étendue de la contamination»: 80% des échantillons de la faune des rivières dépassent la limite maximale de 20 microgrammes par kilogramme (µg/kg). Ce volet a été renforcé dans le nouveau plan Chlordécone.

«Malgré une faible coordination», le bilan est globalement positif pour les aspects recherche. Si un registre des cancers existait déjà en Martinique [2], le plan a permis d’en créer un autre en Guadeloupe. Dommage que «les rivalités et les susceptibilités qui poussent aux dés-économies» n’aient pas permis leur fusion.

Quant au programme «Jardins familiaux» (Jafa), dont le but était de réduire l’exposition à la chlordécone chez les personnes consommant des légumes-racines cultivés dans leur potager, le CGEDD doute qu’il soit allé assez loin. Avec seulement 509 foyers identifiés à risque (ceux implantés dans les anciennes soles bananières) [3], le programme a probablement négligé le transfert de terres imprégnées et la contamination des eaux; quant à l’élevage familial sur les sols touchés, il n’a tout simplement pas été pris en compte.

Bien que «toutes les leçons n’aient pas été tirées» du premier plan lors de l’élaboration du deuxième, celui-ci contient «quelques améliorations»: la chlordécone n’y est plus le seul pesticide organochloré à être ciblé, et l’accent est mis sur le domaine mer et littoral.

Pour le CGEDD, «le débouché naturel de tout plan d’action à court terme n’est pas d’être reconduit indéfiniment, mais de replacer l’action publique dans les politiques et les programmes nationaux». Parmi lesquels Ecophyto 2018 et le plan national Santé-environnement, seul le premier disposant d’un volet DOM-TOM.

[1] Dominique Belpomme, cancérologue, fondateur de l’Association française pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac)

[2] Selon des données 1990-2005 du registre martiniquais, il n’y a pas d’épidémie liée à la présence de chlordécone. Seul le myélome multiple semble corrélé à l’exposition potentielle aux pesticides organochlorés.

[3] Le programme Jafa est également critiqué pour son coût, dont la moyenne est de 26.236 euros sur trois ans pour chacun des 245 foyers accompagnés.

 

 



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