Un premier pas vers l’injection de biogaz dans le réseau

Le 04 novembre 2008 par Victor Roux-Goeken
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En répondant par la négative à la question des risques sanitaires liés à l’injection de biogaz épuré dans le réseau, l’Afsset permet de faire avancer ce dossier. Mais les modalités d’injection, et le coût de ce gaz, restent à définir.

Pas de risques sanitaires liés à l’injection de biogaz épuré dans le réseau de gaz naturel. Telle est la conclusion de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) rendue mercredi 29 octobre. Celle-ci avait été saisie en septembre 2006 par les ministères chargés de la santé, de l’écologie et de l’énergie afin d’évaluer les risques liés à l’utilisation, par les usagers, de biogaz à leur domicile (1).

Composé à plus de 95% de méthane (CH4), le biogaz épuré est issu de la dégradation, en l’absence d’oxygène, de déchets organiques non dangereux (2). «Ce que nous avons étudié, ce sont les 5% restants, qui varient selon la matière organique», explique Carole Leroux, de l’unité toxicologie de l’Afsset. Environ 50 autres composés (3) sont susceptibles d’être présents dans les différents biogaz.

Deux scénarios ont été retenus pour évaluer les risques liés à l’exposition d’une personne au biogaz: «La libération, pendant 5 secondes, d’un gaz issu à 100% de déchets organiques avant sa combustion; l’exposition aux résidus de combustion du biogaz» à raison de 2 heures par jour, décrit Christophe Rousselle, chef de l’unité toxicologie de l’Afsset. «Nous sommes sur des concentrations très faibles, par rapport à la contamination générale de l’air.» Christophe Rousselle rappelle que l’avis porte seulement sur le biogaz épuré, seul à «répondre aux spécifications de GDF».

En l’absence de données suffisantes, l’existence d’un risque sanitaire n’a pas été écartée pour les déchets industriels et les boues de stations d’épuration. Un manque, selon José Cambou, pilote du réseau Santé-environnement de la fédération France nature environnement (FNE), pour qui le «gisement [de ces dernières] est beaucoup plus important que celui des installations d’élimination de déchets non dangereux». Elle constate que l’argument sanitaire bloque l’injection de biogaz dans le réseau français depuis 10 ans, alors qu’il n’a pas été soulevé dans d’autres pays de l’UE. «Pourquoi ne se pose-t-on pas la même question pour le gaz de ville et le gaz en bouteille? Dans le cadre du Grenelle, nous voulions aussi une évaluation environnementale ET sanitaire des agrocarburants, mais nous n’avons pas obtenu que celle-ci figure dans les conclusions…»

L’avis de l’Afsset lève une première barrière, mais pour Christian Couturier, responsable du pôle Déchets et énergie de l’association Solagro, deux questions restent en suspens. «Dans quelles conditions GrDF, qui gère le réseau de distribution du gaz naturel, va-t-il s’occuper de l’injection dans le réseau? Et à quels clients vendre ce biogaz?» A moyen terme, Christian Couturier préconise de créer un tarif d’achat pour le biogaz similaire à celui de l’électricité renouvelable et financé par la charge de service public de l’électricité (CSPE) -qui pourrait varier entre 50 et 100 euros par mégawattheure (MWh). Et à court terme, un système de certificat vert, pour que les collectivités puissent réclamer aux gaziers une part de biogaz.

(1) La directive européenne 2003/55/CE concernant des règles communes pour le marché intérieur du gaz naturel autorise l’injection de gaz autre que naturel dans les réseaux de distribution. En France, le décret n° 2004-555 du 15 juin 2004 relatif aux prescriptions techniques applicables aux canalisations et raccordements des installations de transport, de distribution et de stockage de gaz prévoit, entre autres, une expertise sanitaire pour le consommateur de l’injection d’un tel gaz.
(2) Voir l’article du JDLE «Méthanisation: encore trop de barrières»
(3) Tels que composés organohalogénés, hydrocarbures aromatiques polycycliques et monocycliques, métaux, aldéhydes, alcanes, alcools, cétones, esters, alcènes, composés soufrés et éthers


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