Un premier moustique GM autorisé, au Brésil

Le 15 avril 2014 par Romain Loury
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Une femelle Aedes aegypti en pleine action
Une femelle Aedes aegypti en pleine action
DR

Afin de lutter contre la dengue, le Brésil vient d’autoriser un moustique génétiquement modifié, l’OX513A, qui devient ainsi le premier animal transgénique libéré à grande échelle dans l’environnement.

Mis au point par la société britannique Oxitec [1], ce moustique de l’espèce Aedes aegypti, vecteur de la dengue ainsi que du chikungunya, a été modifié par insertion de deux gènes. Lorsqu’elle est fécondée par un mâle OX513A, une femelle sauvage donne lieu à une progéniture peu viable (taux de survie de 3%), avec pour effet une réduction de la population.

Après plusieurs tests pratiqués dans le pays, la Commission technique nationale de biosécurité du Brésil (CTNBio) a autorisé jeudi 10 avril la commercialisation de cet insecte. Il a déjà fait l’objet d’études dans d’autres pays (îles Caïman, Malaisie, bientôt à Panama), mais le Brésil devient le premier pays à franchir le pas de l’autorisation.

La CTNBio doit désormais publier cet avis au Journal officiel. Au bout de 30 jours de consultation, le moustique GM devra encore être enregistré par l’Agence nationale de surveillance sanitaire (Anvisa), une simple formalité selon l’association française Inf’OGM. Après cela, l’OX513A «pourra être utilisé dans des campagnes de santé publique», explique la CTNBio.

En matière de dengue, «le Brésil comporte 321 villes à risque et 725 en conditions d'alerte vis-à-vis de l'épidémie. En 2013, il y avait environ 1,5 million de cas probables de dengue dans le pays. Comme il n'existe pas de vaccin efficace, l'action la plus simple pour éviter la contamination est de contrôler la population de moustiques», estime la CTNBio.

Des doutes sur l’efficacité

Pourtant rien ne prouve que l’OX513A soit efficace, déplorent plusieurs associations [2]. Oxitec n’a ainsi publié aucun résultat concluant quant aux essais menés depuis 2011 au Brésil; quant aux études menées aux îles Caïman, elles montrent qu’il faudrait pas moins de 7 millions de moustiques GM par semaine pour supprimer 20.000 moustiques sauvages, puis 2,8 millions par semaine à long terme.

Au-delà d’un effet sur les populations d’Aedes aegypti, rien n’est prouvé quant à un effet préventif sur la dengue. Or la réduction de l’Aedes aegypti pourrait avoir un effet collatéral, celui de favoriser un moustique concurrent. En occurrence l’Aedes albopictus, le fameux moustique tigre également vecteur de la dengue et du chikungunya (voir le JDLE). Ce risque, la CTNBio semble l’avoir perçu, mais sans trop savoir comment le prévenir.

«En plus de ce lancement commercial, [la commission] a identifié la nécessité de surveiller les populations sauvages du moustique Aedes albopictus, un autre vecteur du virus de la dengue, en raison du risque que cette espèce vienne à occuper la niche écologique laissée par l'élimination de Aedes aegypti», reconnaît la commission.

Inf’OGM recense deux autres animaux transgéniques autorisés, mais en milieu confiné, le GloFish et le Night Pearl, deux poissons d’aquarium luminescents. Moins décoratif, le saumon AquAdvantage, à la croissance accélérée, est en cours d’évaluation aux Etats-Unis: surnommé «Frankenfish», il est en passe de devenir le premier animal GM autorisé pour l’alimentation humaine.

[1] Plusieurs ONG soulignent les liens étroits entre Oxitec et Syngenta: dans le conseil d’administration de la première figurent en effet plusieurs anciens de la seconde.

[2] Third World Network, GeneWatch UK, Red Por una América Latina Libre de Transgénicos et AS-PTA (Assistance et services à des projets d’agriculture alternative).



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