Un premier bilan du sommet Biodiversité

Le 23 octobre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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50 milliards de dollars sont investis dans la protection de la biodiversité, chaque année.
50 milliards de dollars sont investis dans la protection de la biodiversité, chaque année.
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Les résultats du sommet sur la biodiversité de Pyeongchang sont modestes. A court terme, du moins.

Il n’y a pas que le climat dans la vie des diplomates de l’environnement. Tous les deux ans, les 194 pays parties à la convention de l’ONU sur la diversité biologique (CDB) se réunissent pour tenter de faire avancer la lutte contre l’érosion de la diversité du vivant. La dernière conférence des parties de la CDB s’est tenue du 6 au 17 octobre à Pyeongchang, en Corée du Sud.

Cette 12e COP, comme l’on dit en jargon onusien, était importante à plusieurs titres. Symbolique, tout d’abord. Les négociateurs et diplomates ont pu y célébrer l’entrée en vigueur du protocole de Nagoya (accord qui encadre le partage des bénéfices issus de l’utilisation des ressources naturelles et des savoirs traditionnels).

Point d’étape

Ecologique, aussi. Le sommet de Pyeongchang a été l’occasion de faire un point d’étape, à mi-chemin du plan stratégique pour la diversité biologique 2010-2020. Les experts se sont surtout focalisés sur les objectifs d’Aichi, adoptés en 2010 lors de la COP de Nagoya. Des objectifs qui ne seront pas tous tenus, loin s’en faut.

Les objectifs d’Aichi
Réduire de moitié au moins le rythme d'appauvrissement des habitats naturels
Protéger 17% des zones terrestres et d'eaux intérieures et 10% des zones marines et côtières
Restaurer au moins 15% des zones dégradées grâce aux mesures de conservation
Réduire les pressions exercées sur les récifs coralliens

Publié pendant la COP, le 4e rapport sur les perspectives mondiales de la diversité biologique a marqué l’opinion. Malgré plusieurs progrès, le bilan est loin d’être reluisant: sur les 56 indicateurs retenus (pour 20 objectifs d’Aichi), seuls 5 devraient être atteints, 10 stagnent, 5 se dégradent et 33 progressent à un rythme insuffisant; 3 n’ont pu être évalués. Parmi les mieux engagés, la protection d’au moins 17% des zones terrestres d’ici 2020 devrait être atteinte, et c’est déjà chose faite dans un quart des pays. Bémol, «la biodiversité ne peut pas être sauvegardée simplement en créant de nouvelles aires protégées».

Discussions serrées

Politiquement, les discussions ont été serrées. L’essentiel des tractations a porté sur des questions… d’argent. Certains pays en développement demandaient un quadruplement de l’aide des pays les plus riches. La plupart de ces derniers ont confirmé leur engagement, pris il y a deux ans à Hyderabad, de doubler l’aide aux pays en développement en 2015 par rapport à la période 2006-2010. Une unité de façade troublée par quelques-uns, comme le Canada, le Japon ou la Suisse qui, sans remettre en question l’engagement, ont souligné qu’il serait difficile à tenir. Une façon inélégante de se donner une marge de négociation.

Investissements insuffisants

Au soulagement de tous les délégués, l’accord financier a été trouvé, le 16 octobre. Pas de surprise: il est conforme aux engagements d’Hyderabad. On en restera au doublement du montant de l’aide. «Ce n’est pas négligeable, rappelle un diplomate tricolore. Pour la France, cela représente 227 millions d’euros d’aides publiques par bn ?, auxquels il faut ajouter 400 M€ en provenance des entreprises.» Largement majoritaire dans les budgets «biodiversité» des pays riches, l’argent privé reste mal vu par certains bénéficiaires. «Les pays du G77 continuent d’être réticents à l’utilisation de mécanismes de financement innovants, comme la rémunération de services environnementaux, car ils considèrent que cela ouvre la voie à la marchandisation de la nature», souligne Renaud Lapeyre, économiste à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Une marchandisation qui reste encore une vue de l’esprit. Chaque année, la collectivité mondiale consacre une cinquantaine de milliards de dollars à la préservation de la biodiversité. «Or, selon les estimations, il faudrait investir entre 150 et 400 milliards par an pour être efficace», rappelle Renaud Lapeyre.

Toutes les parties

Petite révolution: le communiqué final du sommet sud-coréen «invite» les parties, les autres gouvernements, les organisations internationales et les parties prenantes à agir. «Cela n’a l’air de rien, mais cela doit inciter tous les pays et plus seulement les plus développés, comme c’était le cas jusqu’à présent, à s’engager à accroître leurs efforts en faveur de la biodiversité. C’est un tabou qui tombe», se réjouit Claudio Chiarolla.

Bien sûr, l’engagement n’est pas contraignant. Toutefois, comme le note le chercheur en gouvernance de la biodiversité à l’Iddri, de plus en plus de financiers internationaux n’accordent plus leur soutien aux pays en développement sans la moindre contrepartie. «On ne peut pas encore appeler cela de l’éco-conditionnalité, mais cela s’en rapproche», confirme Renaud Lapeyre.



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