Un potager sur un toit fertile

Le 02 janvier 2018 par Marine Jobert
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Un potager sur le toit d'AgroParisTech.
Un potager sur le toit d'AgroParisTech.

L’institut national pour la recherche agronomique a évalué la productivité d’un potager installé sur un toit parisien, les teneurs en métaux lourds des végétaux récoltés, sa capacité à recycler des déchets et à stocker les eaux de pluie. L’essai, s’il demande à être approfondi, est prometteur.

Foin des ceintures vertes, vivent les toits potagers! L’agriculture urbaine cherche son avenir dans des villes de plus en plus peuplées, avec un foncier onéreux et des sols souvent pollués, saisies par les rudesses du changement climatique et bousculées par le désir de ses habitants de relocaliser leur alimentation. Mais du rêve d’une ville aux toits nourriciers à la réalité d’une production vivrière efficiente, il y a un monde, que l’institut national pour la recherche agronomique (Inra) est en train d’explorer. Ainsi avec l’étude publiée le 19 décembre dernier dans le journal Agronomy for Sustainable Development, qui entend démontrer que les potagers sur les toits constituent un dispositif d’intérêt pour recycler les déchets urbains, produire des denrées alimentaires et retenir les eaux de pluies. «On parle beaucoup en ce moment des circuits courts, l’agriculture urbaine est une opportunité de transcrire cette logique au cœur des mégapoles en y apportant une valeur sociétale et environnementale», explique Christine Aubry, co-auteure de cette étude.

Fin novembre, une truffe sauvage a été découverte sur une terrasse située aux pieds de la Tour Eiffel. Comestible –quoique peu consommée- «Tuber brumale pousse d’ordinaire dans les mêmes régions que la truffe noire du Périgord et dans les mêmes sols secs et calcaires», indique Marc-André Selosse, professeur d’écologie microbienne au Muséum national d’Histoire naturelle dans La Croix. C’est un écologue –et cofondateur d’une start-up en agro-écologie urbaine Topager- qui a su identifier le champignon, enfoui au pied d’arbres plantés depuis plusieurs décennies en plein Paris. De quoi nourrir les interrogations sur les écosystèmes urbains, encore mal connus.

Trois substrats testés

Pour cette évaluation quantitative –une première, selon ses auteurs-, les scientifiques ont investi les toits de l’Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement (AgroParisTech), sur lesquels ils ont installé des bacs en bois (90 cm x 90 cm x 40 cm) espacés de 50 cm. Pendant deux ans, ils y ont cultivé des salades (Lactuca sativa), des tomates cerise (Lycopersicum esculentum var. cherry) et des engrais verts (Trifolium incarnatum et Secale cereale). Trois ‘Technosols’ -c’est-à-dire des sols constitués de matériaux apportés par l’homme- ont été comparés. Les deux premiers composés pour moitié de compost de déchets verts et de bois broyé issus de l’entretien d’espaces verts urbains, avec l’un inoculé avec des vers de terre et l’autre pas. Le troisième constitué d’un terreau d’origine commerciale, utilisé comme témoin au cours de l’expérimentation. Aucun apport de fertilisants minéraux n’a été réalisé: seule la biodégradation des déchets organiques a fourni les nutriments aux plantes. Une fois leur dispositif installé, les chercheurs se sont intéressés à quatre services écosystémiques: l’approvisionnement alimentaire (quantité et qualité des récoltes), le recyclage de déchets, la régulation des eaux de pluies (quantité d’eau de pluie retenue et qualité des eaux de drainage) et le stockage de carbone potentiel de ces systèmes.

Bon rendement

Et les résultats sont prometteurs! Les scientifiques ont mis en évidence que les niveaux de production des bacs sont comparables, voire supérieurs, à ceux de jardins familiaux en pleine terre (entre 4,4 et 6,1 kg/m² par saison de culture) et proches de ceux des maraîchers professionnels en agriculture biologique de la région francilienne. Les rendements sont peu différents d’un Technosol à l’autre, ceux constitués de déchets urbains étant aussi (voire plus) productifs que le terreau.

Teneurs en métaux lourds acceptables

Côté substrats, les trois combinaisons testées retiennent plus des 3/4 des eaux de pluie incidentes, contrairement à des toits nus. Quel que soit le Technosol, les teneurs en métaux lourds (Cd, Cu, Pb, Zn et Hg) des légumes sont largement inférieures aux normes en vigueur. Enfin, les déchets organiques utilisés se dégradent et libèrent progressivement leurs éléments constitutifs. En faisant un bilan des éléments entrant (eau de pluie et d’arrosage) et sortant du système (eau de drainage), les chercheurs ont observé que les Technosols retiennent plus de nitrate qu’ils n’en rejettent. Par contre, ils libèrent plus de carbone dissous dans les eaux de drainage que le terreau.

Toitures ‘low-tech’

Les scientifiques en concluent que «des toitures potagères low-tech, simples à conduire, permettent de recycler des déchets organiques et de produire des légumes sans recours à l’utilisation de fertilisants chimiques tout en captant des eaux de pluies. Intégrer des toitures productives constitue une réelle opportunité pour concevoir des villes à haut niveau de service écosystémique même s’il parait nécessaire d’explorer plus avant la nature des sols utilisés.»



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