Un plan d’urgence pour les énergies renouvelables

Le 17 septembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le SER demande un choc de simplification
Le SER demande un choc de simplification

Réforme annoncée des modes de financement, offensive des grands énergéticiens européens, débats sur la fiscalité verte, report de la loi sur la transition énergétique: les énergies renouvelables sont sur la sellette. Rebondissant sur la présentation par le président de la République du plan de soutien aux industries d’avenir, Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER) propose son propre plan de relance. Une batterie de mesures destinées à donner un coup de fouet immédiat à un secteur industriel menacé.

GDF Suez veut une pause dans le déploiement des ENR en Europe, car cela coûte cher. L’Allemagne —et sans doute la France— veut réformer son soutien aux renouvelables. L’appel d’offres éolien en mer, le projet de loi sur la transition énergétique prennent du retard. Vous sentez-vous soutenus?

Prenons les choses dans l’ordre. Les énergéticiens accusent l’éolien et le photovoltaïque de perturber le marché de l’électricité. Cela peut être vrai, dans certaines conditions, en Allemagne, où la production d’électricité d’origine renouvelable atteint les 100 térawattheures par an. Ce n’est pas le cas, en France, où cette production flirte avec les 20 TWh/an. Les électriciens ont raison quand ils disent que les prix de gros ont fortement baissé, depuis 2008, sur les marchés spot. Mais ils oublient de rappeler que la demande de courant stagne, voire baisse, du fait de la crise. Ils oublient aussi de rappeler que les gaz de schiste américains provoquent un afflux de charbon pas cher en Europe, sur lequel se ruent certains électriciens européens. Alors, bien sûr, ceux qui ont investi dans des centrales au gaz ont des difficultés. Ils oublient enfin de rappeler que la baisse des prix spot a profité aux gros consommateurs d’électricité et aux courtiers. Nous ne sommes pas responsables de tous les maux des grands énergéticiens.

 

Craignez-vous l’évolution des modes de soutien aux renouvelables?

Ce changement est annoncé. Le 11 juillet dernier, l’avocat général de la Cour européenne de justice a considéré que les tarifs d’achat français étaient une aide d’Etat. Ses conclusions seront probablement reprises par la Cour et de facto par le Conseil d’état qui annulera probablement ce dispositif. Nous réfléchissons à l’évolution du système de soutien aux renouvelables. Mais cela mettra du temps à se mettre en place. Or notre secteur connaît une crise grave qui a des conséquences immédiates.

 

Les derniers chiffres ne sont pas bons…

C’est un désastre. Moins de 200 mégawatts éoliens ont été raccordés durant le premier semestre. Si cette tendance n’évolue pas, la France consommera 17% d’énergies renouvelables en 2020, soit 6 points de moins que ce que nous assigne la directive énergies renouvelables. La situation est encore pire dans les départements d’Outre-mer, où tout est à l’arrêt. Or ces collectivités ont l’obligation d’assurer la moitié de leur consommation par les renouvelables d’ici 2020. Nous avons donc besoin d’un plan de relance, pour tenir nos engagements nationaux et internationaux et ne plus détruire d’emplois.

 

Vous présentez, aujourd’hui, une batterie de mesures dont l’application permettrait aux entreprises du secteur de sortir la tête de l’eau.

C’est un plan en deux temps. Dans l’immédiat, l’état et les parlementaires (via les lois «simplification» et de finances en discussion) peuvent ouvrir de nombreux verrous. Ils peuvent, par exemple, améliorer le pilotage des ENR au niveau national et régional, en fixant des objectifs à chaque région, ou en fixant des objectifs aux filières cohérents avec la situation actuelle, le photovoltaïque notamment, et en intégrant de nouvelles filières, comme les énergies marines. Nous devons créer un choc de simplification.

 

En réduisant les délais d’instruction des demandes d’autorisation?

Bien sûr, mais pas seulement. Nous pourrions aussi créer une procédure d’autorisation unique pour toutes les énergies renouvelables. Pourquoi ne pas limiter à deux mois le délai de recours? On peut aussi faciliter, comme en Allemagne, le financement participatif. Les banques sont de plus en plus rétives à financer les projets d’énergie renouvelable. Nous devons sécuriser les dispositifs d’aides, en assurant un partage des coûts d’adaptation aux réseaux entre producteurs et ERDF et RTE. Il n’est pas normal que les coûts de raccordement aient doublé en quelques années. Nous devons aussi pérenniser les filières en lançant les appels d’offres prévus, sur le solaire, l’éolien en mer. Je n’oublie pas l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour les fermes-pilotes d’hydroliennes, lequel doit porter sur 3.000 MW.

 

Voilà un sacré programme.

Certes, mais vous remarquerez qu’à l’exception du doublement du fonds Chaleur que nous réclamons aussi, il peut être mis en œuvre en quelques semaines et qu’il ne coûte rien. Cela étant, nous avons besoin de mesures plus structurelles, dont la mise en œuvre demande plus de temps. Nous l’avons dit, nous devons faire évoluer les mécanismes de soutien, en tenant compte de l’amélioration de la compétitivité de chaque filière. Nous souhaitons aussi faciliter l’accès aux crédits de la BPI. Dans le passé, Oséo, qui est l’une des constituantes de cette nouvelle banque publique, a financé de très nombreuses installations photovoltaïques et éoliennes.

 

Nombre d’observateurs reprochent souvent aux industriels des renouvelables de trop compter sur les subventions.

Il faut accompagner le développement de cette industrie, en publiant la prochaine programmation pluriannuelle des investissements électriques qui devra fixer des objectifs à chaque filière. L’état, via les AMI et les Investissements d’avenir, doit relancer la recherche sur les solutions de stockage, le solaire thermique, les pompes à chaleur et les systèmes de valorisation énergétique du bois.

 

Vos détracteurs reprochent aux renouvelables de coûter cher et indirectement d’être, en partie, à l’origine de l’inflation des prix de l’énergie.

Je note que la fiscalité sur le bois-énergie a été doublée. Or ce sont souvent des personnes à revenus modestes qui se chauffent au bois. En ramenant à 5% la fiscalité sur le bois-énergie, on lutte aussi contre la précarité énergétique.

 

http://www.journaldelenvironnement.net/article/l-environnement-au-coeur-de-l-industrie-du-futur,36433

http://www.journaldelenvironnement.net/article/les-energeticiens-de-la-reforme,36390

http://www.journaldelenvironnement.net/article/renouvelables-vers-une-annulation-des-tarifs-d-achat-francais,35587

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus