Un piètre débat énergétique

Le 18 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La politique énergétique est-elle une affaire trop sérieuse pour être confiée à des… politiques? Probablement pas. Toutefois, le colloque organisé le 17 janvier par le député François-Michel Gonnot (par ailleurs président de l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs, Andra) montre la difficulté d’aborder sereinement cette question d’intérêt majeur.


Intitulée «le bouquet énergétique dans tous ses débats», cette réunion était l’occasion de débattre de l’évolution du mix énergétique hexagonal «avec tous les acteurs importants du secteur». Or nombre de ces acteurs brillaient par leur absence à la tribune de la Maison de la chimie, à Paris. Aucun élu local, représentant de banque ou d’institution financière, expert de l’autorité de sûreté nucléaire n’avaient été conviés dans l’une des 6 tables rondes de la journée.
 

La société civile? Elle aussi était invitée à s’exprimer… dehors. Manifestement affolés par la tenue, à quelques centaines de mètres de là, d’un contre-colloque sur les gaz de schiste, les organisateurs avaient obtenu la présence d’un imposant dispositif policier pour protéger la quiétude de leur manifestation. Ce qui a d’ailleurs valu à quelques journalistes d’être refoulés par les policiers et empêchés de «couvrir» les débats. Passons.
 

Le programme de la réunion était, il est vrai, alléchant: énergie nucléaire, efficacité énergétique, hydrocarbures de schiste, concessions hydrauliques, énergie solaire et énergies marines.
Dans les faits, les débats ont été surtout réduits à la présentation de leurs activités industrielles par la trentaine de mécènes de la manifestation.
 

Fort heureusement, une poignée d’économistes, de députés, de hauts fonctionnaires de la Direction générale de l’énergie et du climat et de membres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE, le régulateur des marchés français de l’énergie) ont élevé le niveau du «débat». Et délivré quelques informations de choix.
 

Premier orateur, Jean-Marie Chevalier (université de Paris-Dauphine) a rappelé que les tendances actuelles sont incompatibles avec le but fixé à l’humanité par la convention de l’ONU sur les changements climatiques. «L’objectif des 450 parties pour million (ppm), on l’oublie. Nous suivons des trajectoires, que l’on ne peut encore quantifier, mais qui nous emmènent bien au-delà de cet objectif de stabilisation du climat», a résumé l’économiste de l’énergie.
 

Spécialiste du sujet au PS, François Brottes a esquissé, quant à lui, le programme énergétique du candidat Hollande. Malgré les ellipses, on devine qu’il comprendra des mesures sur la rénovation de l’habitat, la lutte contre la précarité énergétique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la modernisation des réseaux de distribution d’électricité, le renforcement des outils économiques vertueux (certificats d’économie d’énergie, quotas d’émission de gaz à effet de serre). Autant d’initiatives «qui permettront, a souligné le député de l’Isère, de réussir la transition énergétique».
 

Président de l’Union française de l’électricité, Robert Durdilly a voulu tempérer les ardeurs des promoteurs de la réduction à sa portion congrue du parc nucléaire français. Soulignant que «jamais les économies d’énergie ne permettraient de compenser la hausse continue de la consommation d’électricité», l’ancien patron d’Electricité de Strasbourg (une filiale d’EDF) a indiqué que toute diminution de la part de l’énergie nucléaire dans le mix national de production électrique génèrerait des coûts insupportables pour la société et «rendrait difficile l’atteinte des objectifs du Grenelle».


Ce plaidoyer pro domo a quelque peu agacé Philippe de Ladoucette. Le président de la CRE s’est étonné de ce que l’étude présentée par le patron du lobby électrique tricolore ne regarde pas au-delà des frontières. «Faire des scénarios hexagonaux, comme l’a fait l’UFE, est surprenant car, aujourd’hui, on travaille à l’intégration des marchés énergétiques européens. Quand la France exporte de l’électricité en Allemagne, le courant passe effectivement par l’Italie, la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas. Et c’est la même chose en sens inverse. Toute décision prise dans un pays a des conséquences pour ses voisins. On ne peut donc raisonner sur un seul mix national, car tout est interconnecté», martèle l’ancien patron des Charbonnages de France.


Philippe de Ladoucette a, lui aussi, voulu appeler ses auditeurs à un certain réalisme économique. En respectant la réglementation existante (développement des énergies renouvelables, des compteurs communicants, modernisation des réseaux et vente à prix coûtant du quart de l’électricité nucléaire aux concurrents d’EDF) et en appliquant les recommandations de l’Autorité de sûreté nucléaire, le président de la CRE estime que les tarifs de l’électricité devront mécaniquement progresser de 30% d’ici 2016.


Cet appel aux politiques a été repris à la volée par Dominique Maillard. Le président du Réseau de transport de l’électricité (RTE, le gestionnaire des réseaux de transports) a indiqué que le développement nécessaire des interconnexions avec les pays voisins allait coûter environ 3,5 milliards d’euros en 20 ans. «Ce n’est pas un problème économique, mais d’acceptabilité sociale», a-t-il rappelé. Regrettant que ces dernières décennies, le gestionnaire des lignes à très haute tension n’ait bénéficié d’aucun soutien politique pour sécuriser ainsi l’approvisionnement en électrons du pays.
 

Agacé aussi, Pierre-Franck Chevet. On ne doit pas considérer, a rappelé le directeur général de l’énergie et du climat (DGEC), qu’un débat sur l’électricité vaut pour tout le système énergétique. «80% de l’énergie consommée en France provient des hydrocarbures. Si vous réglez 100% des problèmes du secteur électrique, vous ne réglez que 100% de 20% du problème», souligne l’ancien directeur de l’Ecole des mines de Douai.
 

En clôture, Nathalie Kosciusko-Morizet a donné sa définition du mix énergétique idéal: «Il doit respecter les exigences économiques, environnementales et sociétales». A l’évidence, nous n’en sommes pas encore là.

 



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