Un peu de transparence dans la finance carbone

Le 14 décembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney milite pour une amélioration de l'information financière climatique.
Gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney milite pour une amélioration de l'information financière climatique.
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Un an après son lancement, le groupe de travail établi par le Conseil de stabilité financière (CSF) publie ses recommandations sur les informations financières des entreprises relatives au climat. Celles-ci pourraient être adoptées par les pays membres du G20, dès le mois de juillet prochain.

 

 

L’un des principaux leviers de la finance carbone va pouvoir enfin être actionné. Depuis des lustres, activistes, juristes, actionnaires, investisseurs, fonds souverains exercent un nouveau type de pression sur les grandes entreprises. Il ne s’agit plus, cette fois, de les contraindre à respecter les droits de l’homme, à éviter d’exploiter telle ou telle espèce ou de s’engager dans l’économie circulaire. Plus prosaïquement, ces parties prenantes cherchent à engager l’économie du monde sur la voie de la décarbonation. Et une partie du levier d’aiguillage se trouve dans l’information financière.

Acceptable par le Big Business

Portée par des coalitions d’investisseurs, comme le Ceres américain, l’idée est simple et acceptable par le Big Business: que les rapports annuels (rapports de gestion, documents de référence ou assimilés) publient une évaluation des risques liés au réchauffement climatique pour l’entreprise, son secteur d’activité, ses fournisseurs et ses clients. Comme cela se pratique déjà pour les risques économiques, juridiques, voire environnementaux.

Dans son rapport, le CSF[1] mentionne plusieurs types d’informations qu’il souhaiterait voir publier. Les membres du conseil d’administration devront être avertis, par exemple, des risques climatiques encourus par l’entreprise ainsi que des opportunités offertes par certaines conséquences du réchauffement.

Les administrateurs devront aussi être alertés de leurs responsabilités en la matière. Une précision qui n’est pas neutre dans certains pays. Aux Etats-Unis, certaines juridictions commencent à poursuivre des entreprises, comme ExxonMobil, dont l’information sur leur exposition climatique a été jugée insuffisante.

Faire réfléchir les entreprises

Aux investisseurs, les risques climatiques à court, moyen et long terme de l’entreprise. Il ne suffira plus d’être rentable, premier sur son marché ou propriétaire d’une technologie de rupture pour attirer les capitaux: il faudra aussi convaincre les financiers de la pertinence des réponses stratégiques aux conséquences du réchauffement. «Faire réfléchir les entreprises sur des analyses de scénario de changement climatique est sans doute l’une des mesures les plus audacieuses que nous préconisons. Il leur faudra mettre en place un groupe de réflexion qui puisse faire le lien entre les questions climatiques et financières», indique Eric Dugelay, en charge du développement durable chez Deloitte et seul membre tricolore du groupe de travail.

Les juristes décortiqueront avec délice les rouages du management des risques climatiques: cartographies des risques, organisations mises en œuvre, prise en compte du risque climatique par le management.

Last but not least, le FSB recommande la plus grande glasnost carbonique. Publication des émissions de gaz à effet de serre et des données servant à évaluer les risques. Indication enfin des objectifs de l’entreprise, tant en matière d’atténuation que d’adaptation.

transparence climatique

Cette transparence climatique est parée de multiples vertus. En organisant le reporting des émissions internes de gaz à effet de serre –et en comparant les données recueillies avec celles publiées par leurs concurrents– les dirigeants peuvent évaluer les ‘performances carbone’ de leur entreprise. Sur le modèle de l’étude que PWC réalise chaque année sur le facteur carbone des principaux électriciens européens. Un benchmark qui n’intéresse pour le moment que quelques centaines d’entreprises dans le monde.

Outil d’information des organes de gouvernance et du top management, ces informations financières relatives au climat doivent aussi servir à nourrir les scénarios économiques de l'entreprise à l’aune des projections régionales et sectorielles, comme celles produits par le Giec[2] ou, à une échelle plus hexagonale, par l’Observatoire français des effets des changements climatiques (Onerc).

Car nombreux sont les investisseurs, notamment ceux qui, comme le fonds pétrolier norvégien, privilégient les placements à long terme, qui veulent s’assurer que les entreprises dans lesquelles ils mettent de l’argent ont une stratégie ‘2°C compatible’. Ce qui, à leurs yeux, signifie que non seulement elles réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre (gage de performance énergétique) mais qu’elles anticipent aussi les conséquences du réchauffement: réduction de l’accès à l’eau, baisse des rendements agricoles, montée du niveau de la mer, etc.

 

Risques climatiques

Possibles conséquences financières

Accroissement prix quota d’émission

Accroissement des coûts opérationnels

Changement de comportement des consommateurs (boycott des voitures trop gourmandes, par exemple)

Baisse des ventes

Hausse des températures

Impacts sur la productivité de la main d’œuvre

Hausse du niveau de la mer

Dégradation de la valeur d’actifs à risques (près des côtes)

 

Opportunités climatiques

Bénéfices potentiels pour l’entreprise

Bâtiments labellisés NRJ ou EVT

Accroissement de la valeur d’un actif jugé résilient donc plus recherché sur le marché

Utilisation de process sobres

Accroissement de l’efficacité énergétique

Moindre réduction des consommations d’eau

Baisse des coûts opérationnels

Utilisation d’énergies renouvelables

Baisse des coûts opérationnels, moindre exposition aux évolutions de prix de l’énergie et des quotas d’émissions

 

Les recommandations du FSB ne devraient pas trop déboussoler les entreprises françaises soumises à l’article 173 de la loi sur la transition énergétique. Mais elles pourraient, si elles étaient mises en œuvre, considérablement faire évoluer la prise en compte du réchauffement par les financiers.

Le rapport du FSB est mis en consultation jusqu’au 12 février prochain. Ses conclusions devraient être validées lors du prochain sommet du G20, le 7 juillet prochain.

 



[1] Créé en 2009, le Conseil de stabilité financière regroupe 26 institutions financières nationales (banques centrales, ministères des finances). Son but est d’édicter des normes visant à réguler la finance internationale.

[2] Giec : Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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