Un «peak uranium», en 2015?

Le 02 juillet 2013 par Marine Jobert
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Une mine d'uranium à ciel ouvert, en Australie.
Une mine d'uranium à ciel ouvert, en Australie.
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En se basant sur «les données les plus précises sur l’extraction d’uranium (…) au Canada et en Australie, un modèle de déplétion pour les mines d’uranium» a été mis au point par Michael Dittmar, un physicien de l’institut des particules physiques, qui travaille à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern), à Genève (Suisse). Il publie dans le journal Science of the Total Environment un article intitulé «La fin de l’uranium bon marché.» Ou comment certains Etats, s’ils n’anticipent pas le renchérissement des prix du combustible nucléaire, vont devoir se préparer à faire face à des «sorties du nucléaire involontaires et peut-être chaotiques, avec des baisses de tension, des pannes d’électricité, voire pire encore.» Une théorie qu’il développait déjà dans une vidéo diffusée en 2009.

 

Entre 50 et 70% seulement des estimations initiales des ressources d’uranium pourront être extraits[1]. Dans un contexte où la demande mondiale en uranium est déjà très tendue –elle s’établirait autour de 68.000 tonnes d’équivalent uranium par an, pour une production de 54.000 T en 2010- Michael Dittmar estime que la production ne va cesser de décliner dans la prochaine décennie. D’autant que la demande devrait augmenter d’environ 1% par an. «Ce déclin ne pourra qu’être partiellement compensé par les ouvertures prévues de mines», estime-t-il. Si tous les projets en cours étaient toutefois menés à bien (notamment au Kazaksthan), il estime qu’en 2015, la production d’uranium s’établirait autour de 58.000T (± 4.000 T), avant de décliner de 5.000T jusqu’en 2025, puis plus rapidement au-delà (pour atteindre 41.000T en 2030). C’est la théorie du «peak uranium.»

 

L’industrie nucléaire n’a pas une vision très éloignée de celle du physicien suisse. Dans un article paru, en 2007, Georges Capus estimait que «faire l’hypothèse d’une tension sur l’uranium vers le milieu du siècle ne relève donc pas du pessimisme mais de la prudence.» Et l’ex-directeur marketing amont du cycle d’Areva d’ajouter : «il faudra dès 2015 recourir aux ressources dites inférieures » et, dès 2020, couvrir les besoins par de nouvelles découvertes.»

 

 

«Une façon de retarder ce moment critique dans l’approvisionnement en 2025 consisterait à ce que de nombreux pays [une trentaine de pays sont dotés de centrales nucléaires dans le monde, pour un total d’environ 440 installations] sortent volontairement du nucléaire», explique le physicien. Une hypothèse qui paraissait peu probable au début de l’année 2011, rappelle-t-il, mais que l‘accident à la centrale nucléaire de Fukushima a remise en selle. L’autre alternative consisterait à puiser dans les réserves d’uranium accumulées pendant la Guerre froide par les Etats-Unis et l’ex-URSS: 500.000 tonnes au bas mot. «Bien que de telles augmentations impliquent des problématiques politiques qui dépassent largement le cadre de notre analyse, cette source pourrait en principe retarder les pénuries d’uranium de quelques années, en fonction de l’augmentation de la demande. Néanmoins, il est évident que ces réserves stratégiques militaires sont elles-mêmes finies et il semble peu probable qu’elles seraient accessibles à la Chine ou l’Europe», admet le physicien.

 

Autre possibilité non évoquée par le chercheur : la valorisation de l’uranium appauvri. Les 200.000 tonnes de sesquioxyde d’uranium, stocké par Areva à Bessines-sur-Gartempe (87) pourraient, théoriquement, servir à la (re) fabrication d’une trentaine de milliers de tonnes de combustibles. Le chercheur n’évoque pas non plus la mise en œuvre (pas prévue avant 2040) de surgénérateurs, capables de générer plus de matière fissile qu’ils n’en consomment.

 

 



[1] 2,5 millions de tonnes ont déjà été exploitées depuis les débuts de l’usage du nucléaire, dont 2 millions pour la production d’électricité.

 



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